Youssef Charifi : « Je suis un artisan-créateur »

Les fabricant-e-s de films

Ils ou elles sont accessoiriste, chef costumière, maquilleuse, réalisateur, scripte, ingénieur du son, comédien : Lokko publie chaque semaine l’un des 33 portraits réalisés par Languedoc-Roussillon-Cinéma de ces fabricants et fabricantes d’images. Cette semaine : Youssef Charifi, producteur franco-afghan de la société montpelliéraine Pages & Images.

Photo : Cécile Mella. Texte : Marina Roche Lecca.

Dirigée par Karim Ghiyati,Languedoc-Roussillon Cinéma est une structure de promotion du cinéma en région financée par la Région Occitanie, de la DRAC (Ministère de la Culture), la Ville de Montpellier et l’Europe. Le projet Fabricants de film a bénéficié spécifiquement d’un soutien financier de la DRAC.

Copyright © 2018 LRC

Adolescent à Kaboul

Youssef Charifi est fan des westerns de John Ford ou Cléo de 5 à 7 d’Agnès Varda qu’il découvre au Centre culturel français. Dans les années soixante, il arrive à Montpellier et envisage des études d’agronomie avant de retourner à son rêve d’enfance : le cinéma.
Après un passage à l’Université Paul Valéry de Montpellier, convaincu que les métiers de cinéma se forgent en pratiquant, il intègre le VAL (Vidéo Animation Languedoc) dès 1979. Dans ce lieu chargé de la promotion du département de l’Hérault et à une époque d’effervescence technique, il réalise ses premières vidéos et commence à tisser un réseau professionnel. Il se consacre ensuite au montage et devient formateur au Centre de formation professionnelle des journalistes à Paris et à Montpellier. Avec Benoît Califano, Marguerite Rabier-Cros et d’autres, il participe à un premier projet d’envergure : la série Kilomètre delta pour France 5 dont il a la responsabilité de la production exécutive et du montage.
Cette première expérience de documentaire est fondatrice. Il crée Pages & Images à Montpellier sous forme associative dans un premier temps avant de devenir une SARL. Monteur, Youssef Charifi travaillait sur la phase finale d’un film. En tant que producteur, il porte l’ensemble d’un projet, sa responsabilité est juridique, financière et artistique. Il souhaite que Pages & Images soit un outil d’agitation dans une trajectoire où l’éthique reste le moteur.

C’est le début d’une belle aventure.

« Entouré d’une équipe, nous allons produire plus de 25 documentaires de création pour la télévision et le cinéma, sans compter de nombreux courts-métrages de fiction et d’animation.» Pages & Images devient alors un lieu d’échange, de transmission, de réflexion sur les métiers du cinéma. En 2006, aux côtés du réalisateur Séverin Blanchet, il a initié les ateliers Varan à Kaboul et la formation de trente réalisateurs afghans entre 2005 et 2012.
Le métier de producteur consiste à élaborer des projets, réunir talents et moyens techniques, convaincre les diffuseurs et garantir la bonne fin des films. La phase de développement est particulièrement exaltante c’est à cet endroit que le travail avec les auteurs et concepteurs pose les bases d’un film réussi. Youssef Charifi participe très souvent au montage qui se déroule dans les studios de Pages & Images. Le mixage et l’étalonnage des films se font à l’extérieur.
Motivé par l’innovation digitale, Youssef Charifi a toujours été passionné par les nouveaux médias qui permettent des modes d’expression inédits. Cela engendre une collaboration avec les métiers du numérique comme des concepteurs, architectes web ou webdesigners. Il a produit, avec l’écrivain François Bon, le film Chant acier qui raconte la sidérurgie en s’appuyant sur les nouvelles formes narratives.
Le quotidien de cet homme rempli d’énergie est organisé autour de lectures de projets, de rencontres avec les diffuseurs, de suivi des productions, d’élaboration et de finalisation de budgets. En tant que fondateur de Pages & Images, Youssef a toujours été guidé par des choix éditoriaux forts et le souhait de témoigner du fait social. C’est en s’engageant que les documentaires disent quelque chose de notre monde.

5 dates

Qui ont marqué le parcours de Youssef Charifi

Année de naissance : 1948
Rencontre la plus significative : 2000 – rencontre avec Pierre Bourdieu lors de son déplacement à Millau pour participer à une manifestation en soutien à la Confédération paysanne, cela se passe pendant le montage de La Sociologie est un sport de combat, un film de Pierre Carles. Sur le chemin du retour, alors que Youssef Charifi raccompagne Pierre Bourdieu à la gare de Montpellier, la voiture tombe en panne et un automobiliste prend en charge Pierre Bourdieu qui lui enverra des livres. Ce conducteur enchanté raconte les faits à un journaliste et l’histoire est relayée dans le journal Le Monde ; l’anecdote signe cette rencontre.
Arrivée en région : 1967
Premier film sur lequel tu as travaillé pour le cinéma : 2000 – La Sociologie est un sport de combat – documentaire réalisé par Pierre Carles, sortie en salles en 2001.
Date de ton choix par rapport à un événement intéressant qui te tient à cœur : mai 68 – moins d’un an après mon arrivée d’Afghanistan.

5 films qui ont marqué Youssef Charifi

La Sociologie est un sport de combat, Pierre Carles, 2001
Le Bois des enfants morts, Christophe Naigeon, 2002, tourné en partie à Montlobre près de Montpellier
Regard sur Edgar, Samuel Thomas, 2004
Un chat sur l’épaule, Julie Conte, 2013
En quête de justice Laure Pradal, 2014, tourné à Lunel dans l’Hérault et à Nîmes dans le Gard

Son dernier film produit: : Mimi de Laure Pradal

Son actualité 

Un projet sur  l’auteur américain Lovecraft avec François Bon. En partie en réalité virtuelle.

Un projet en 8 épisodes sur le vigilantisme pour France Télévision.

En tournage : « Les étrangères de nos vieux jours » sur les auxiliaires de vie pour France 3.

Son mot

« L’intention. Sans intention forte, pas de film. C’est aussi pourquoi nous nous appelons Pages & Images. Le travail d’écriture est essentiel ».

Son objet

« Le post-it. A côté de mon ordinateur, je note absolument tout sur ces bouts de papier jaune. Mon bureau en est jonché ».

Son rêve

« Je voudrais raconter mon pays d’origine, il y a cinquante ans, tel que je l’ai connu. J’ai vécu plus en France qu’en Afghanistan. Je suis arrivé à Montpellier, à 18 ans ».

Son geste

« Ouvrir mon ordinateur. C’est mon compagnon du matin au soir. C’est le premier geste que je fais pour regarder mes mails ».

Chant Acier

Une expérience documentaire et littéraire avec les salariés d’ArcelorMittal. Ils sont sidérurgistes et disent de l’intérieur l’un des derniers grands sites sidérurgiques français – l’usine, leur usine. En collaboration avec l’écrivain François Bon.

Au sein du Service Pénitencière d’Insertion et de Probation de Montpellier, Joffrey, 24 ans suit un parcours de libération sous contrainte avec trois ex-détenus. Un dispositif innovant pour éviter la récidive. Après une enfance entre foyers et placements, deux ans d’enfermement, la liberté pour Joffrey est fragile, chaque jour est un combat personnel pour la conserver.
A travers le chemin de Joffrey, le film de la montpelliéraine Laure Pradal nous montre de l’intérieur toute la complexité de la réinsertion à la sortie de prison ainsi que le travail peu connu du SPIP en milieu ouvert.

- Hors les murs de Laure Pradal. -

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *