Quelle justice pour Cesare Battisti ?

Il y a une quinzaine d’années, j’ai pris une part active au soutien de Cesare Battisti pour le maintien de son statut de « réfugié politique » en France, accordé par le Président de la République François Mitterrand.
Nous étions nombreux dans ce soutien, à cette époque : des politiques, comme M. Hollande qui lui rendit une visite de soutien à la prison de la Santé (1), des citoyens, de nombreux collègues auteurs, Fred Vargas en tête, qui avons créé, dans notre région comme dans toute la France, un vaste mouvement de soutien.

Il ne s’agissait en rien d’une revendication politique, mais une simple demande de justice.
Car les fait reprochés à M. Battisti n’ont jamais été suffisamment établis, comme l’a montré le travail d’historienne que Fred Vargas a mené à l’époque, mettant en lumière différentes irrégularités (2) dans le processus juridique qui l’a condamné (3).
Condamné en son absence, dans un procès sans avocat choisi par lui, par une procédure mettant en œuvre falsification de document et irrégularités comme ses avocats l’ont démontré par la suite, sans preuve ni témoin, et sur la seule foi du témoignage d’un « repenti », c’est à dire un condamné qui échangeait des réductions de sa propre peine contre des dénonciations, même sans lien avec son affaire.

Ainsi, tous les arguments de celles et ceux qui organisèrent son soutien en 2004 étaient juridiques, et non politiques. Aujourd’hui, rien n’a changé dans la problématique juridique de l’affaire Cesare Battisti. Rien, si ce n’est que la défense a encore versé de nouveaux arguments en faveur de M. Battisti au dossier. Pourtant, les efforts politiques conjugués des nouveaux gouvernements italiens et brésiliens ont fini par le mener en prison.
Le visage de la politique a bien changé, lui.
En Italie, bien entendu, et au Brésil de même, on le sait bien, mais en France aussi, comme dans de nombreux pays occidentaux.
Le Brésil –comme la France avant lui– a foulé aux pieds les engagements de son propre président qui, sur la foi des arguments accumulés par la défense, avait pourtant refusé d’extrader M. Battisti, lui accordant asile à titre définitif.
Le sort réservé à Cesare Battisti n’est le fruit d’une volonté de justice, mais d’une volonté politique dont je ne qualifierai pas les relents, laissant à chacun le soin de le faire à sa manière.
Ce sort, c’est la réclusion à perpétuité, avec six mois d’isolement total pour commencer. Sans droit à un nouveau procès, et sur seule la foi des irrégularités d’un procès vieux de trente ans, qui l’a condamné sans preuve. (La justice italienne est, il faut le savoir, la seule d’Europe à ne pas rejuger les condamnés par contumace, même dans ces conditions particulières.)

Cesare Battisti au Festival international du roman noir à Frontignan en 1998 qui l'a fait "citoyen d'honneur".
En discussion par skype avec Fred Vargas depuis le Brésil, en 2012.

Le fait reste que M. Battisti m’a jamais cessé de clamer son innocence dans les crimes dont on l’accuse.
Le fait reste aussi que le procès qui l’a condamné en son absence l’a fait sans avocat choisi par lui, dans une procédure utilisant des faux et entachée d’irrégularités, sans preuve ni témoin, sur la seule foi du témoignage d’un « repenti ». Est-ce réellement sur ces bases que l’on peut condamner un homme ?

Même en mettant de côté les nombreux arguments de décryptage politique, même en ignorant tous les arguments humains, dont je ne parlerai pas ici, la moindre des choses, la plus petite étincelle de justice demanderait, a minima, qu’un nouveau procès offrant toutes les garanties d’impartialité, dans le respect des droits de la défense, puisse lever les doutes et rendre justice, autant qu’un procès peut le faire.

(1) Article libération

(2) Fred Vargas résume les points clés de son livre « La vérité sur Cesare Battisti » sur le plateau de Thierry Ardison

(3) Article récapitulatif de « L’Autre Quotidien »

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