Tristan et Isolde, 5 heures, un triomphe

Marathon wagnérien, le dimanche 20 janvier, à l’Opéra Berlioz. Public nombreux, pas du tout découragé par les 5 heures de concert, ovationnant une superbe version concertante de « Tristan et Isolde », l’opéra de Wagner, avec une grande Katherine Broderick.

Un philtre d’amour au centre de l’intrigue
Isolde aime Tristan. Déçue par la distance qu’il paraît lui opposer, elle décide d’organiser un cocktail funeste et de boire avec lui un poison définitif. Sa fidèle servante remplace ce breuvage par un puissant philtre d’amour qui va les conduire sur les chemins de l’adultère puisque Isolde est promise en mariage au roi Marke qui n’est autre que l’oncle de Tristan… Une version hautement romantique d’un mythe celte daté du XIIème siècle , qui a évolué au fil des siècles.

Qui l’a bu ?
La première histoire d’amour qui saute aux yeux (et aux oreilles ) réunit le maestro Schønwandt et l’Orchestre montpelliérain. Un lien quasi magique, présent dès les premières mesures et jamais démenti. Les choix musicaux sont élégants et subtils à l’image du chef, les envolées sont lyriques, ambitieuses et jamais prétentieuses : tous les pupitres très sollicités sont d’une égale force. Une véritable réussite !

Une forte présence sans décor ni artifices
Cet opéra ne perd rien à l’absence de décor ou de mise en scène , pour peu que les solistes soient à la hauteur de l’enjeu musical. Dans le rôle titre, Katherine Broderick est époustouflante. Toute petite, pieds nus, un minois de gamine, elle emporte tout sur son passage ! Cette chanteuse a tout les atouts : une voix claire, large au timbre lumineux et une endurance aussi tangible que sa fibre dramatique. Elle s’empare de ce rôle avec une aisance déconcertante, alternant des forte brillants et clairs avec des piani célestes. Une perfection saluée par une standing ovation.
Pas facile de se hisser à sa hauteur, pourtant la mezzo-soprano Karen Cargill incarne une Brangäne au timbre large et même somptueux parfois avec un relief extraordinaire. Son aria « je veille seule dans la nuit  » offre des piani qui passent au delà de l’orchestre et se rient de la distance.
En revanche, Stefan Vinke sans doute en petite forme, fait un piètre Tristan. D’emblée, la voix est forcée, l’articulation floue. Il peine à se faire entendre et à concurrencer la brillance de la soprano Katherine Broderick. Sa raideur faiblira au dernier acte où il retrouve un semblant de vigueur et rassemble ses forces pour accéder aux aigus sans toutefois parvenir à convaincre.

Viking ou Game of thrones ?
Un géant débonnaire au pommettes saillantes, le danois Stephen Milling déploie sa voix de basse pour envoûter le public. Ce roi Marke est tour à tour grondant comme le dieu Thor, énigmatique comme un fjord ou généreux comme une rasade d’aquavit : le temps est suspendu à ses lèvres par une incroyable alchimie qui ne laissera personne insensible.

Dandy ou chevalier ?
Le jeune baryton allemand Jochen Kupfer impose sa présence aristocratique avec une nonchalance amicale. Sa voix est superbe, ample et riche. Avec une grande aisance, il colore la palette des sentiments, de la bienveillante amitié à l’inquiétude puis au désespoir et offre au personnage de Kurwenal un éclairage réussi.

Un chœur à l’unisson
A la hauteur de l’enjeu , le chœur d’hommes dirigés par Noëlle Gény apporte une contribution enthousiaste à l’orchestre.

Un marathon très digeste
Les quatre heures en position assise n’y sont pour rien : quand le public se lève pour applaudir longuement les solistes et l’orchestre, c’est de triomphe dont il s’agit. Des acclamations justifiées à l’aune de ce bouleversant tourbillon musical.

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