MONTPELLIER DANSE, L’EDITION AMERICAINE

Montpellier Danse, c’est un peu Chanel. Ce qui défile à l’heure de découvrir la programmation 2019, c’est un certain classicisme chic, des valeurs sûres, de la flamboyance et des ombres, et quelques touches d’une avant-garde iconoclaste et colorée. Autre signature, autre récurrence : la reformation d’une même tribu avec des stars venus souvent en 39 ans. Comme la flamande Anne Teresa De Keersmaeker, qu’on ne se lasse pas de voir. C’est assez somptueux sur le papier. On s’y sent en confiance.

Comme souvent aussi, ce festival fondateur de l’ADN culturel montpelliérain a une forte dimension politique. Jean-Paul Montanari a négocié le principe avec Philippe Saurel -à moins que ce ne soit l’inverse- d’un appel à projets international pour lui succéder. Cette succession -longtemps un impensé, longtemps impossible- deviendrait-elle une réalité ?

Cunningham, 1919-2009

Le centenaire de la naissance de Merce Cunningham est le fil rouge de cette édition. La mémoire comme source vive d’inspiration. Il y a plus festif comme parti-pris mais l’Américain qui adorait Montpellier -quelques-unes de ses cendres ont été dispersées dans l’Agora- a tant innové, influençant une bonne partie des artistes présents. Le 26 juin lui est consacré à travers conférences, films et ateliers. Le brillant ballet de l’Opéra de Lyon reprend deux pièces de 1958 et 1978. Reprise également du patrimoine cunninghamien par son compatriote Stephen Petronio. On y verra Trevor Carlson, qui a été le numéro 2, amant et assistant du maître. Et un de ses anciens danseurs : Ashley Chen dans une relecture sans déférence.
L’autre grand américain, l’autre « vertige » majeur pour Montanari, présent dans cette édition : c’est William Forsythe, fidèle compagnon de route du festival, pour un retour au geste classique après des années de propositions radicales suivant son prestigieux mandat au ballet de Frankfurt.

Les découvertes

Une des plus excitantes propositions du festival est portée par l’artiste d’origine colombienne, Miguel Gutierrez, qui incarne la scène new-yorkaise -un épicentre mondial de la danse aujourd’hui déchu- pour une chorégraphie sur l’assignation des corps noirs en danse. Egalement : Jefta van Dinther, fer de lance de la nouvelle chorégraphie nordique. Ou encore la canadienne, très en vue, Dana Michel.

Du côté français

Encore un fidèle du festival, champion de l’exportation de la danse hexagonale : Angelin Preljocaj. On attend beaucoup de la présentation de son travail avec des détenues de la prison des Baumettes. Boris Charmatz est également à l’affiche. Son nom a beaucoup circulé, à une époque, comme successeur de Jean-Paul Montanari.
Très attendue aussi : « une maison », la création de Christian Rizzo, le directeur du Centre chorégraphique national de Montpellier qui ouvre le festival au théâtre Jean-Claude Carrière. Traduction concrète du transfert de la partie nord du Domaine d’O, autrefois sous l’autorité départementale, à la Métropole.

Pour présenter les programmes culturels ; il faut désormais réapprendre à compter avec ses doigts. A la suite de la pétition « La Gueulante », initiée dans LOKKO, sur la demande de parité au Printemps des Comédiens (qui a recueilli à ce jour 300 signatures), comptons les chorégraphes féminins et masculins, à nos risques et périls. 8 femmes et 15 hommes. Mais où placer Miguel Gutierrez, l’artiste queer new-yorkais et ses danseurs en rose pétard ?

Montpellier Danse, du 22 juin au 6 juillet 2019, 0800 600 740, www.montpellierdanse.com

 

De gauche à droite ou de haut en bas sur les smartphones : Miguel Gutierrez : « This-Bridge-Called-My-Ass », @Ian Douglas, Christian Rizzo : « une-maison », ©Christian Rizzo, Jefta van Dinther : « The-Quiet », ©Ninja Hanna, Angelin Preljocaj : « Winterrese », @Brescia-e-Amisano, Teatro alla Scala, Anne Teresa de Keersmaeker : « Les six concertos brandebourgeois », ©Anne Van Aerschot, Merce Cunningham, @MC Brogden, Ballet de l’Opéra de Lyon : « Summerspace », @Michel Cavalca