De Sète à Ushuaïa : notre escale à Paraty au Brésil

De Sète à Ushuaïa. 13 500 km, 84 jours de navigation, 16 escales. Navigateurs et parents d’un petit garçon de 6 ans, les Montpelliérains Jean-Luc Tollemer et Sandrine Locci ont décidé de témoigner de la richesse de la planète et de ses océans en allant, en voilier, à la rencontre de leurs habitants.
Le périple a commencé le 17 septembre 2018 à Sète. La famille navigue à bord du voilier Luna Blu, propriété de la société Carbone-free, partenaire de cette aventure initiée par Planète en commun à Montpellier. Le Luna Blu est actuellement à plus de la moitié de l’itinéraire avec 6 pays traversés, une vingtaine d’escales. Cette semaine, Sandrine Locci nous parle de l’ancienne cité coloniale brésilienne, Paraty.

Dimanche 31 mars 2019

Il pleut sur Paraty et même avec un nom pareil, l’ancienne ville coloniale de la Costa Verde n’a pas le même goût. Les larges pavés amenés d’Europe par les portugais sont plus glissants sous mes Havaiana (1), la mer qui monte dégage ses effluves dans les jolies ruelles et les indiens Guaranis ont perdu depuis longtemps leurs sourires devant leurs étals de souvenirs.

Il pleut et les façades des maisons bien restaurées paraissent moins colorées et je me demande ce que les murs pourraient me raconter. En savoir plus m’aurait rendu peut-être mon insouciance de touriste. Mais Paraty gardera ses secrets, bien gardés derrière les portails dorés de ses pousadas (2). On dit que les gens heureux n’ont pas d’histoire. Sans doute que Paraty a voulu oublier la sienne pour se fabriquer une nouvelle identité, plus propre, moins torturé comme ses pavés. Mais on échappe rarement à ce qu’on est.

Il pleut mais cette eau qui coule à flot c’est notre or à nous. Nos allers-retours à la source en libre service sur la plage sont désormais quotidiens. On y remplit nos bidons pour nos lessives, notre vaisselle et notre consommation. On y prend notre douche après la baignade. On y rencontre celles et ceux qui comme nous vivent ici sur leur bateau ; familles, jeunes et retraités, des brésiliens en grande majorité avec lesquels Jean-Luc parvient toujours à échanger dans une langue dont lui lui a le secret, un mélange de français, d’anglais et d’espagnol qui ne se transforme jamais en portugais mais qui a le mérite d’exister.

Durant 10 jours, cette source, nous aura suffisamment attirés pour que nous repoussions ces derniers temps notre départ. Elle nous aura rendu joyeux en fait, tels des enfants qui jouent dans le ruisseau ou au bord de la rivière. Un plaisir simple ici, impossible dans le Saloum (3), différent sous ma douche à Bouzigues parce que c’est la nature sans la découverte et sans la nature aussi, comme un CD des bruits de la forêt, sans la forêt. En même temps, trouver une source tous les matins avant de partir au boulot pour prendre sa douche, laver son bol et sa culotte, c’est compliqué.

>C’est bien pour ça qu’on est parti. Et la source nous a généreusement donné raison. Il y a autant de voyages que de voyageurs. A Paraty, c’est notre paradis intérieur que nous, nous sommes allés chercher. Le Luna Blu a donné la main à dame nature pour nous y aider. Et puis comme il n’était pas prévu que l’aventure se termine là, on est reparti en écoutant Véro (4) : « rien que de l’eau, de l’eau de pluie, de l’eau de la-haut« …

Nous sommes dimanche 31 mars et il est 18h00, heure locale. Nous sommes au mouillage à Angra dos Reis où nous allons faire demain les formalités de sortie du Brésil. Et tout va bien à bord.

Sandrine Locci

(1) Tongues brésiliennes fabriquées en caoutchouc, fait à partir de la sève de l’hévéa. (2) La pousada désigne au Brésil toute forme d’hébergement. (3) Fleuve sénégalais dans lequel le Luna Blu et son équipage ont passé 15 jours en novembre 2018. (4) Véronique Sanson.

 

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