ACCUSATIONS DE HARCÈLEMENT : LE DOMAINE D’O SOUS TENSION

Ancienne syndicaliste CGT, Valérie Daveneau, la directrice de l’établissement public du domaine d’O est contestée par une partie des salariés. Ce vendredi, une salariée est en audience aux Prud’hommes pour « licenciement abusif dans un contexte de harcèlement moral ».

C’est une lettre écrite par « plusieurs salariés » datée du 4 juin, et adressée à Philippe Saurel, président de l’EPIC (Etablissement public à caractère industriel et commercial) du Domaine d’O. Ses termes sont forts : « Nous sommes touchés de près ou de loin par l’opacité et l’iniquité managériales de la directrice, qui plonge une majeure partie de l’équipe dans la crainte et l’anxiété« . Combien sont-ils ces salariés « inquiets » qui demandent le remplacement de Valérie Daveneau par une « personne compétente » ? La lettre est anonyme et très vague. Mais, selon nos calculs, c’est environ le tiers de l’effectif qui a été renouvelé à la suite de conflits avec la direction. « 7 départs en 4 ans » avance le courrier à Philippe Saurel.

Quand on enquête un peu, un fait attire vite l’attention : c’est la valse des cadres. Les départs concernent en grande partie des dirigeants de la structure : la directrice administrative et financière, la directrice de la communication et des relations extérieures, la responsable des ressources humaines, le directeur technique, la responsable des relations publiques, la responsable de la billetterie.

4 procès ont été intentés aux Prud’hommes, dont l’un a été évité par un départ négocié. Ce vendredi, une salariée y sera entendue, se disant victime d’un « licenciement abusif dans un contexte de harcèlement moral ». Une autre salariée a gagné son procès, en appel, pour harcèlement moral. LOKKO a pu s’entretenir avec quelques-uns sous couvert d’anonymat. Plusieurs décrivent « une personnalité autoritaire ». « Une caricature d’organisation du travail », dit une autre, dans une maison devenue « irrespirable ». Courriels de recadrement, accrochages verbaux seraient devenus le quotidien de salariés qui se disent « marqués ». Une personne a obtenu un licenciement pour inaptitude à la suite d’un burn-out.

C’est une des figures les plus méconnues du monde culturel montpelliérain qui se trouve ainsi mise en lumière. Une excellente gestionnaire, autodidacte dans le domaine culturel, devenue la patronne d’une structure où elle travaille depuis dix ans. Elle y a démarré modestement comme assistante à l’administration et aux relations humaines, puis responsable des achats et des marchés publics, ensuite directrice adjointe à l’administration et aux finances, puis directrice générale adjointe, directrice générale par intérim et enfin directrice générale.

Une circonstance lui a largement été favorable : l’appel à candidatures de la Métropole visant à installer une « pointure » à la tête de l’établissement public du domaine d’O, autrefois joyau départemental. C’est un épisode peu connu. Une fois acté le transfert de compétence entre Département et Métropole, qui s’est soldé par un Yalta -le nord du domaine à la Métropole, le sud au Département-, Philippe Saurel a voulu nommer une personnalité nationale de la culture. Mais ce recrutement s’est soldé par un cafouillage et aucun gros poisson attiré dans les filets montpelliérains. C’est là que l’impeccable progression de Valérie Daveneau, qui assurait alors l’intérim, trouve son acmé : elle en devient, en décembre 2018, la directrice générale.

La voilà, non sans aisance, à la tête d’un mastodonte, disposant d’un budget annuel de 3 millions d’euros pour la gestion d’un site qui englobe des équipements comme l’amphi d’O (1800 places) et le théâtre en bois Jean-Claude Carrière. L’établissement public gère la saison de mars à octobre, ainsi que des festivals-maison comme Saperlipopette auxquels s’ajoutent les festivals de l’été (Printemps des Comédiens, Folies d’O, Radio-France, Arabesques), eux, en gestion autonome. Les activités relevant de son autorité directe concernent 100 000 spectateurs. Pas rien.

Comment des faits aussi sérieux au sein de cette structure majeure ont-ils pu rester longtemps aussi inaudibles ?

Ce qui s’y passe devrait légitimement interpeller au moins à un titre : la structure aurait provisionné des sommes importantes (et donc de l’argent public) pour « risques prud’hommaux ». Mais pas un geste du côté de la CGT, visiblement embarrassée dans un dossier visant une militante. Madame Daveneau a été longtemps déléguée CGT au sein de l’établissement. Pas une seule réaction officielle des membres du conseil d’administration. Nous avons pris connaissance d’une lettre d’une salariée, qui a aujourd’hui quitté son poste. Particulièrement poignante, elle supplie les membres du CA de se saisir de cette situation : « J’en appelle à votre vigilance pour éviter que l’un d’eux ne commette l’irréparable« . Aucune question posée, lundi, à Valérie Daveneau, lors de la conférence de presse des Nuits d’O, un festival qui se trouve directement sous sa coupe et dont la coordinatrice est partie dans des conditions difficiles. Sur le Domaine d’O, c’est rideau.

Les recours pour harcèlement tétanisent. Ils sont complexes et délicats. Leur issue incertaine. On l’a vu avec l’affaire Scarpitta, l’ancien directeur de l’Opéra et Orchestre national de Montpellier. De nombreux salariés de l’OONM ont été particulièrement amers, estimant que les condamnations n’avaient pas été à la hauteur des souffrances endurées.

C’est dans un tel contexte que « La Gazette » a reçu la lettre destinée en premier lieu à Philippe Saurel. L’hebdomadaire en a fait état dans son numéro du 27 juin. Malgré une mention prudente dans la page « Rumeurs », la tension au Domaine d’O est montée d’un cran. Quelques jours après cette publication, une réunion des délégués du personnel -dit « Comité social et économique »- a eu lieu sur l’air de « on trouvera les coupables ». Il y a été question d’un « contre-courrier » favorable à la directrice, laquelle garde pour l’instant le silence. Mais s’est montré avenante avec LOKKO dont elle apprécie les combats féministes.  » Que vous dire ? Je ressens de la désolation après des propos calomnieux et non signés. Difficile quand on se bat depuis des années, quand on a de tels résultats dans un établissement novateur, avec des directions confiées à des femmes, et offrant une vraie horizontalité dans le management. Cela m’attriste profondément. Mais je ne peux pas m’exprimer au delà de ce que mes avocats permettent « .