Fervaal : quand le maestro Schønwandt gagne à domicile

Le jeu en valait la chandelle : l’opéra fleuve de Vincent D’Indy a tenu en haleine pendant plus de trois heures le public du festival Radio France. Une prouesse des chanteurs et un pari tenu pour le chef montpelliérain et les musiciens de l’Opéra Orchestre Montpellier Occitanie.

L’écriture de cet opéra au héros wagnérien est un foisonnement musical. Les influences y sont nombreuses et les références aussi : Bartok , Stravinsky et toute la musique de l’Europe de l’est dont l’influence à la jonction du 19ème et du 20ème siècle est énorme. Une écriture riche aux accents parfois proches de la musique modale et empreinte de romantisme. Pour les chanteurs, c’est un véritable marathon digne des opéras de Wagner, une prouesse au vu de la difficulté d’écriture et de la durée d’interprétation.

Une distribution à la hauteur de l’œuvre

17 chanteurs de grand talent : Michael Spyres dans le rôle titre, élégant en kilt donne un Fervaal chaleureux et puissant. Sa technique infaillible lui permet de surmonter la fatigue vocale qui arrive à la fin de ce troisième acte redoutable confirmant cette confidence :  » Il s’agit d’un des rôles les plus difficiles à chanter de toute la musique d’opéra ».
Face à lui deux énormes talents, la somptueuse Gaëlle Arquez est impressionante : les graves sont amples et les aigus d’une pureté limpide; on la sent faite pour le jeu de scène ce que ne permet pas la statique d’une version concertante mais cette Guilhen a séduit le public. Le baryton Jean Sébastien Bou dans le rôle d’Arfagard est la révélation de la soirée : une voix solide et puissante, irréprochable de technicité pour un rôle long et périlleux, auquel il donne une profondeur dramatique très convaincante.

La classe et l’élégance

Michael Schønwandt possède toutes les qualités qui révèlent une direction époustouflante : l’intelligence, la finesse et la clarté. Jamais un geste inutile, jamais de grandiloquence adressée au public : le maestro fait de la musique pas du spectacle. L’Orchestre national de Montpellier est à la hauteur de la demande : quel bonheur de savourer toutes ces nuances ! Tout est là : des cordes graves magnifiques , des piani qu’on écoute bouche bée et une maîtrise qui place cet orchestre dans la cour des grands. Les chœurs letton et montpelliérain apportent une belle couleur et des dialogues superbes avec les solistes.

Un public enthousiaste

C’est une longue ovation qui récompense le maestro et ses musiciens. Le public debout a visiblement su reconnaître le talent des interprètes de cette soirée qui, semble-t-il, sera la plus exceptionnelle du cru 2019 du festival de Radio France.

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