Jean-Paul Dubois : « Il y a une infinité de façons de gâcher sa vie »

Les Toulousains se demandent s’il aura le Goncourt. Jean-Paul Dubois était le 12 septembre dernier à la librairie Ombres blanches pour parler de « Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon » aux éditions de L’Olivier.

Dans son vingt deuxième roman « Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon », Jean-Paul Dubois s’intéresse au milieu carcéral et aux accidents de la vie. Il dresse le portrait d’un homme pris dans la tourmente des jeux qui le dépassent. Ce roman explore les thèmes du destin et de l’injustice.
Jean-Paul Dubois est un écrivain étonnant. Il avoue qu’il y a « une infinité de façons de gâcher sa vie ». Cette pudeur l’incite à demeurer toujours sur la réserve, avare d’entretiens dans lesquels il fait pourtant mine de se livrer, tout en restant au fond insaisissable. Dans ce nouveau roman, Jean-Paul Dubois offre au lecteur une plume subtile, fluide et directe qui oscille entre humour et mélancolie. On y retrouve la folie capable d’habiter chacun de nous mais aussi la tolérance, la bienveillance dans un monde en déclin.

Quand l’existence de Paul Hansen bascule 

On voudrait que cela ne s’arrête jamais. Emprisonné depuis deux ans à la prison de Montréal, Paul Hansen y partage sa cellule avec un terrifiant « Hells Angel » incarcéré pour meurtre que, doué pour écouter, il a fini par apprivoiser. Chaque nuit ses morts bien aimés le visitent et l’aident à démêler les fils embrouillés de sa vie. Né à Toulouse, d’un père danois, doux pasteur ayant perdu la foi et d’une mère gauchiste, suprêmement belle, exploitant un cinéma d’avant-garde, Paul Hansen a fait sa vie au Canada où il est devenu gardien et homme à tout faire de l’Excelsior, une résidence dont il entretient la machinerie complexe et où il prend également soin des résidents vieillissants. Sa compagne, Winona, indienne algonquine, pilote d’un petit hydravion, lui a fait aimer les paysages glacés du grand Nord.

Au fil des pages, on comprend que toute cette vie de bonheur et de joie simples part en fumée le fameux jour où tout a basculé… En refermant « Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon », on a découvert le récit d’hommes de bonne volonté qui finissent par tout perdre, leurs proches, la foi, la liberté, l’honneur, un métier, leur rôle dans la société.

Toutefois, le lecteur demeurera convaincu du contraire : l’échec de ces hommes les rend plus forts, désespérés mais remarquables, tout comme le sont les autres romans de Jean Paul Dubois. La facilité apparente de ce roman soulève des questions essentielles comme : qu’est-ce qui peut amener un être normal et serviable à commettre l’irréparable ? Fante ou Kérouac, Bukowski ou Selby, on placera tout de suite cet écrivain français parmi les grandes plumes américaines.

« Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon », Jean-Paul Dubois, L’Olivier, 19 euros.

Sur la route du Goncourt ?
Né en 1950 à Toulouse, et apprécié des circuits littéraires, Jean-Paul Dubois est toujours demeuré très discret. Il a reçu le prix Femina et le prix du roman Fnac en 2004 pour « Une vie française » (205 000 exemplaires chez l’Olivier). C’est la deuxième fois qu’il figure dans la première sélection du Goncourt. En 2016, le jury avait finalement écarté son roman « La succession » (l’Olivier) lors du second tour.

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