Costa-Gavras triomphe à Cinemed avec un film anti-européen

 

Le festival du cinéma méditerranéen a ouvert, ce vendredi, sa 41ème édition avec « Adults in the room », le dernier film de Costa-Gavras inspiré du livre du même nom de Yanis Varoufakis, l’ancien ministre grec des finances qui raconte les dessous de la négociation du gouvernement Tsipras avec l’Europe. Un thriller anti-européen dans une soirée forte marquée par l’acte de foi méditerranéen de Leoluca Orlando, le maire de Palerme et nouveau président de Cinemed.

De gauche à droite, ou de haut en bas, Leoluca Orlando, président de Cinemed, Christophe Leparc, directeur, et le cinéaste Constantin Costa-Gavras.

Photos : Jérémy Aliot pour LOKKO sauf celles du film (Jessica Forde)

 

Un Corum sold out pour l’ouverture de Cinemed. Une folle soirée à vrai dire, électrisée par la présence de deux monstres sacrés : le grec Costa-Gavras, le sicilien Leoluca Orlando. Celui-ci répand à Montpellier la bonne parole d’un « continent d’eau » : la Méditerranée comme espace d’une humanité recomposée. On connaît ses démêlés avec Matteo Salvini alors ministre de l’intérieur sur la question des migrants. Homme de courage et de faconde, acteur (il a fait une apparition dans un film de Wenders), il a charmé le public montpelliérain. Puis ce fut une longue ovation pour le cinéaste grec après la projection de son brûlot anti-européen « Adults in the room ». Particulièrement ému…

« La crise grecque m’a interpellé. Des amis m’appelaient et me racontaient ce qui se passait dans ce pays que j’ai quitté en 1955 pour la France. Ils me racontaient des choses horribles ». Le cinéaste n’avait plus parlé de la Grèce depuis « Z », le film qui l’a rendu célèbre en 1969 [sur la dictature des Colonels]. Pour ce film, comme il l’a expliqué dans une rencontre du lendemain avec le public, il a travaillé à partir du livre de l’économiste Yanis Varoufakis, ministre éphémère et bouc émissaire des âpres négociations sur la dette grecque.

« Yanis Varoufakis a pleuré sur mon épaule en voyant le film »

Entre les deux hommes, une osmose parfaite : « Yanis a pleuré sur mon épaule en voyant le film » a confié son épouse et productrice Michèle Ray-Gavras. Les scènes au domicile du ministre rebelle ont vraiment été tournées chez lui. Tout Costa-Gavras qu’il est, il ne lui a pas été facile de trouver de l’argent. Des acteurs inconnus, un petit budget : pour son premier film en grec, le très célébré « Costa » a même échoué à convaincre Arte, la chaîne franco-allemande à le financer. On comprend pourquoi. S’intéressant aux premières négociations entre le gouvernement Tsipras, une fois élu, il révèle les coulisses peu fameuses d’un piège. Yanis Varoufakis, superbement interprété par Christos Loulis, va faire face à « l’intergroupe » : un cénacle, un Minotaure technocratique, sans statuts établis qui travaille sans procès-verbal à dominer une délégation gauchiste emmenée par le brillant et coriace ministre en jean et sac à dos. On pense à « Borgen », la série danoise : « Adults in the room » -titre ironique pour un film qui insiste sur l’immaturité des protagonistes- rend palpitants des pourparlers ardus. Des voix se sont élévées en Grèce, notamment parmi les anciens camarades de Varoufakis pour stigmatiser son « irresponsabilité » dans la crise selon le mot de l’ancienne présidente du Parlement grec, dans Médiapart.

Grinçant et radical, le thriller politique change de registre à plusieurs reprises avec une surprenante scène chorégraphiée inspirée de la tragédie grecque et un délégué allemand en fauteuil roulant qui fait penser au docteur Folamour de Kubrick. On connaît la triste issue…

En salle le 6 novembre

Le maire de Palerme, Leoluca Orlando, nouveau président de Cinemed pendant sa conférence inaugurale, vendredi après-midi aux côtés de Philippe Saurel.

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