Koa Jazz Festival : le jazz à l’échelle

C’est l’heure de la 12e édition du festival Koa Jazz, orchestré par la solide équipe du collectif éponyme. A travers la structure toute l’année et grâce à ce rendez-vous annuel, ils remplissent une mission complexe mais rondement menée : rendre le jazz et les musiques improvisées accessibles à tous. Prenons la chose par le menu pour rendre honneur aux grandes heures de concerts qui se profilent.

Il faut avant tout poser un constat : le jazz et ses multiples ramifications peuvent parfois sembler opaques pour le commun des mortels (dont je suis, assurément). Un mélomane aguerri sait déjà que le jazz est une source inépuisable d’inspirations comme berceau de l’histoire de la musique. Quand j’ai débarqué à Montpellier (une décennie et des brouettes plus tôt), je n’y connaissais rien, ou très peu. Plutôt branchée musiques actuelles, c’est en découvrant le Collectif Koa que j’ai ouvert petit à petit mes perspectives sonores. Concerts après concerts, j’ai vu la vivacité d’un genre musical qui fusionne, s’étend et s’éprouve en live. J’ai constaté le ballet des musiciens, évoluant de groupes en formations différentes, toujours copines ou voisines. Une belle synergie, en somme.

Un festival accessible et ouvert

Même si je ne sais toujours pas vraiment à quel moment il faut applaudir, je suis désormais capable de me laisser aller aux ambiances musicales feutrées, électriques, monastiques ou effrénées. Tout ce que le jazz improvisé est capable de provoquer à travers une catharsis lumineuse. Non, le jazz n’est pas réservé qu’aux initiés : la preuve avec cette 12e édition du festival Koa résolument tournée vers des formes variées. Elle met aussi à l’honneur les talents qui composent le tissu régional. Dans l’ordre chronologique, c’est d’abord le trio Jovial Guinguiche (issu du verbe guincher, emprunté au vocabulaire occitan qui signifie danser), qui fera vibrer la gare Saint-Roch au son des ses morceaux anciens revisités au rythme de leurs multiples influences (rock, valses, tango, klezmer, cumbia, musiques des Balkans…) (05/11). C’est aussi Sandra Cipolat Trio, fraîchement diplômée du Conservatoire de Montpellier qui revisite les bandes originales de films, au Dôme, avant la traditionnelle jam session (05/11). Quant à Olivier Roman Garcia (en trio), chantre d’un jazz métissé et perfusé aux voyages, il officie pour une autre tradition chère au festival Koa, le brunch musical, organisé à la Tendresse (10/11). C’est aussi l’occasion de découvrir ou redécouvrir le GROô. C’est le nom du Grand Orchestre Jazz Régional d’Occitanie, « nouveau projet qui rassemble, sur une durée limitée, 15 jeunes musiciens issus des classes de jazz de la région Occitanie, sous la houlette éclairée du chef d’orchestre et arrangeur Fred Pallem » (11/11).

Olivier Roman Garcia Trio

Des concerts d’exception

D’ailleurs, au sujet de Fred Pallem, il est un invité précieux de cette programmation. Avec son fameux projet Fred Pallem et le Sacre du Tympan qui met les deux pieds dans la vulgarisation d’un jazz partageur, rieur et jovial. Un véritable joyau qui vient d’être récompensé aux Victoires de la musique cette année. Avec « L’Odyssée », la nouvelle mouture de cette singulière caravane (après avoir bousculé Neil Young ou les cartoons américains), il s’attaque à la fusion entre « entre musique de films et musique contemporaine, mêlées à l’énergie du rock et du funk ». La balance idéale entre références populaires et musiques improvisées de haut vol. Très rapidement, on se met à remuer, sans même s’en rendre compte, sur des airs familiers. Sans conteste, Victoire 2 en sera un écrin privilégié (07/11). Dans cette même veine des rendez-vous remarquables, on compte aussi sur l’Electric Pop Art Ensemble issu d’un échange soutenu et incessant entre les États-Unis, l’Europe et les musiques électroniques. Une performance musicale et sensorielle à expérimenter au Chai du Terral (08/11).

Fred Pallem & Le Sacre du Tympan

Une plongée dans les musiques traditionnelles

Dans la catégorie de ceux qui fusionnent jazz et musiques traditionnelles, le Funambule Trio et Alaoua Idir font office d’alchimistes. Toute la profondeur et la poésie du oud d’Alaoua Idir se confronte à l’énergie du jazz contemporain. Deux cultures, deux façons de faire différentes, deux trajectoires se rencontrent ici dans un moment suspendu dans le temps et l’Histoire (09/11). C’est à Saussan que ce concert aura lieu, à tout petit prix (5€), là encore dans un souci de s’adresser à tous les publics. De son côté, au Chai du Terral encore, Tigran Hamasyan puise dans ses influences arméniennes natales sondées par une formation jazz classique (12/11). Entre histoires, influences et évolutions du jazz, le festival Koa propose un panorama vigoureux et expressif des musiques improvisées et bien actuelles elles aussi, loin du cliché d’une discipline perchée et imperméable. Au contraire, c’est une opportunité fascinante d’ouvrir encore plus grand sa curiosité musicale et d’entrer dans la belle famille du jazz par une porte à dimension humaine.


Funambule Trio et Alaoua Idir

Ci-dessous, la playlist du festival !

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