Printemps des Comédiens : la révolution chinoise

C’est une certaine révolution culturelle qu’opère le festival de théâtre montpelliérain en s’alliant avec le géant de l’industrie culturelle chinoise Poly Theater Management. Cette collaboration unique en France va entraîner des financements à l’échelle de la Chine sur des productions et des tournées.

En photo ci-dessus : l’un des fleurons du groupe Poly à Pékin.

Début novembre, en marge de la visite du Président Emmanuel Macron en Chine, plusieurs accords de coopération ont été signés entre les institutions culturelles des deux pays. Entre l’Orchestre Philharmonique de Radio France et le China Philharmonic Orchestra, entre la fondation Giacometti, le Musée Picasso et le Musée chinois The Cube à Pékin qui ouvre ses portes en juin 2020, entre le Château de Versailles et le musée du Palais de la Cité Interdite.

Le Magnificient Culture, nouvel ami du festival

C’est dans ce cadre que Jean Varela a formalisé un accord avec le Magnificient Culture -son directeur Wang Keran est à droite sur la photo- en présence du Ministre français de la culture Franck Riester. Jean Varela est au centre. Cette signature a eu lieu au Consulat de France à Shangaï. Elle scelle une coopération qui s’est nouée en dehors de la diplomatie française. « Il y a 3 ans au festival d’Avignon, le metteur en scène David Lescot m’a suggéré de rencontrer l’organisme chinois avec lequel il avait déjà travaillé. Comme Caroline Guiela Nguyen, il fait partie des artistes qui font des tournées en Chine ». Un déjeuner a lieu durant lequel Jean Varela découvre les activités du Magnificent Culture qui est « le bras séculier » pour le théâtre du Poly Theater Management.

La plus grande chaîne de théâtre au monde

Le Poly Theater Management ? Du lourd. Dans un pays contrasté où un Prix Nobel est mort en prison et où se développe une surveillance massive des citoyens via la reconnaissance faciale, la culture est une affaire sérieuse et rentable. La société est la filiale de Poly Culture, elle-même filiale de China Poly Group, un géant appartenant à l’État et doté d’actifs d’une valeur de plus de cent milliards de dollars américains… En gros, un conglomérat public qui active et nourrit un considérable marché des arts de la scène. Notamment un réseau leader de cinémas Poly. « PTM qui exploite 64 théâtres dans 56 villes de Chine, et réalise plus de 9 000 représentations par an, se proclame comme la plus grande chaîne de théâtre et la plus grande agence d’arts du spectacle au monde » analyse Tan Shuo sur le site artsmanagement.net.

Le théâtre Poly : l’oeuf géant de Pékin

Le géant Poly a couvert le territoire de théâtres luxueux comme le Centre national des arts de la scène à Beijing. En 2008, son architecture controversée connue sous le nom « d’œuf géant » au cœur de la capitale a poussé de nombreuses autres villes de Chine à prendre le train en marche. Notamment à Shangaï. « Au milieu de la vague de construction de théâtre, le PTM, propriété de l’État et privilégié par les plus hautes autorités, est naturellement devenu la solution fiable des gouvernements locaux -sinon le seul choix- de partenaire » poursuit la journaliste chinoise.

Bras armé de l’état en matière de culture, il en est aussi le « propagandiste » souligne-t-elle. « Les opéras modèles produits pendant la Révolution culturelle, tels que « La légende de la lanterne rouge », « Taking Tiger Mountain by Strategy » et « Le Détachement rouge des femmes », sont toujours joués dans de nombreux théâtres polytechniques« .

« Un autre monde et de grandes opportunités »

Pour le Printemps des Comédiens, c’est « la rencontre d’une autre monde et de grandes opportunités. Le Magnificient Culture se montre très curieux, très ambitieux. Il y a un public à former et un potentiel énorme ». L’aspect financier n’est pas négligeable. Cet accord va engranger des recettes à deux niveaux : de l’argent pour produire les spectacles sous la forme de productions et de co-productions et des recettes des tournées. Après plusieurs voyages en Chine, la collaboration sino-montpelliéraine prend forme. Une délégation du Magnificient Culture est venue lors des deux dernières éditions du festival. Deux spectacles de l’édition 2019 vont partir en tournée, en 2020 : « Le Bourgeois Gentilhomme » mis en scène par Jérôme Deschamps et « Un instant » de Jean Bellorini -inspiré de Proust- va faire l’objet d’une adaptation avec deux acteurs chinois. Eric Lacascade va mettre en scène « L’orage », un tube du théâtre populaire chinois. Oriol Broggi, un artiste catalan, prendra aussi l’avion pour Pékin. Enfin, le Magnificient Culture va aider à financer l’un des spectacles-phare du festival en 2020 : « En attendant Godot » de Beckett mis en scène par Alain Françon… avec un acteur chinois. L’édition 2021 devrait encore accentuer la présence chinoise.

Une tête de pont pour l’Europe

On est à l’aube d’une opération d’ampleur. Le printemps des Comédiens est la première institution théâtrale française à initier un tel partenariat avec le mastodonte chinois qui veut en faire « sa tête de pont pour l’Europe ». Dans quelques jours, Jean Varela part en Chine avec une délégation d’universitaires montpelliérains pour un rendez-vous à l’université de Pékin. Des artistes régionaux devraient être embarqués dans cette aventure qui engage le festival dans un certain changement d’échelle…

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2 commentaires sur “Printemps des Comédiens : la révolution chinoise”

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    • Valérie Hernandez, directrice de publication LOKKO -journaliste-