Montpellier : « métropole barbare »

Géographe radical, Guillaume Faburel, professeur à l’Université Lyon 2 et à l’IEP de Lyon porte sur les métropoles un regard sans concession. Son livre « Les Métropoles barbares » -qui a reçu le prix de l’écologie politique- analyse comment ces fers de lance de la start-up nation concentrent tous les pouvoirs et provoquent de la souffrance sociale.

Prestance intellectuelle, discours roboratif. La librairie « La Cavale » était pleine, le 22 novembre, pour accueillir l’enseignant et chercheur lyonnais qui avait fait le déplacement à Montpellier [« un chantier à ciel ouvert, un ville qui mute en permanence »] pour présenter son livre. Fruit de vingt-cinq ans de recherche et d’engagement sur le terrain, il montre comment les métropoles provoquent exclusion économique, ségrégation spatiale et souffrance sociale, tout en alimentant la crise écologique. Un sacré pavé dans la mare.

Un paradis urbain imposé

Ces métropoles ne seraient-elles donc pas le paradis qu’on nous vend ? Ne sommes- nous pas si heureux dans ces « techno-cocons » dont parle l’écrivain Alain Damasio ? « Cette croyance repose au fond sur un imaginaire matriciel qui glorifie l’urbain, souligne le chercheur, alors que cette densité urbaine nous a été imposée par l’économie. On a vidé les campagnes ! »

Métropole : le diable !

Pour Guillaume Faburel, la métropole incarne et concentre les maux contemporains : « accélération du mouvement, du tourisme à chaque coin de rue, du divertissement permanent ». Elle est une forme ultime d’aliénation urbaine, le résultat d’un véritable « hold-up » d’élus déjà en place qui ne nous ont « pas conviés à leur construction ».
« Avec Lyon et Bordeaux, Montpellier fait partie du Triangle des Bermudes des métropoles barbares avec des expériences métropolitaines-phare. Elle ont toutes les trois connu une mutation sociologique fondamentale et asséché leur hinterland ».

Il faut réarmer le local

Quant on lui objecte qu’elles sont le point nodal de la décentralisation, et donc porteuses d’une émancipation des territoires, il répond du tac au tac : « Pas quand il s’agit de singer le modèle central à l’échelle locale. Il faut réarmer le local. Je ne suis d’ailleurs pas surpris par le retour du municipalisme, de la désobéissance civile ».

Des idiots utiles

Mais une contestation monte, selon lui, venues des catégories qui ne s’accordent pas bien au mythe : « pas les classes créatives, les jeunes bien formés, les élites internationales qui en sont le ciment sociologique, mais tous les autres qui s’en sentent exclus ». Il parle même d’une « violence psychique et sociale. Certains débranchent, font sécession, fatigués de jouer les idiots utiles des métropoles, les agents involontaires du capitalisme ».

Le numérique : l’aliénation ultime

Aux avant-postes de ces idiots utiles : les hyper connectés. « Le numérique, c’est l’opérateur anthropologique majeur. C’est l’aliénation ultime par son ambivalence même : il crée du lien et en même temps asservit ».

Une gauche productiviste

Pourquoi alors une telle sociologie de gauche dans ces métropoles avec les succès que l’on sait de la France Insoumise aux dernières élections présidentielles à Montpellier ? « Il s’agit d’une gauche productiviste, croissanciste. Elle a un logiciel intellectuel problématique avec un point du capitalisme qu’elle a du mal à franchir ».

Un écocide

Quelles sont les alternatives possibles ? Guillaume Faburel prône le retour à la nature mais pas question d’un retour de la nature au sein-même de ces villes qui « ont plongé l’humanité dans le trépas écologique ». La ville-forêt ? Un gadget ! « Le capital est agile pour se verdir ! Soyons sérieux, l’autonomie alimentaire des 22 métropoles, c’est 3 jours ! Nous n’avons plus le temps pour des solutions intermédiaires ! La métropolisation est un écocide ! »
L’auteur analyse l’émergence d’une nouvelle société hors des grandes villes. Un élan, un avenir est possible, qui passe par la décroissance. « Il donne à voir la multitude et la force des résistances et des expériences qui s’opposent à l’extension sans fin du capitalisme dans nos vies, loin des métropoles barbares ».
Il s’agirait de fonder des communautés dont la taille idéale varie, selon les critères, de 50 à 5000 habitants. Ce que le géographe appelle le « mini-local » sur le modèle de la Zad de Notre Dame des Landes.

Le modèle Gilets jaunes

Cet intellectuel qui se dit bien dans sa peau de géographe militant -« je ne crois pas à l’objectivité, à un savoir purifié, je suis un être de sentir »- ne cache pas son intérêt pour les Gilets Jaunes : « un mouvement né en dehors des métropoles« . Ses rond-points fascinent l’intellectuel bien plus que les happenings citadins de Nuit Debout.

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