Narimène Bey, première femme voilée de l’opéra

La montpelliéraine Narimène Bey a décidé de forcer le destin en provoquant les opportunités de carrière. Elle est l’héroïne d’un documentaire sur 7 femmes musulmanes de France à venir (*). Elle était récemment invitée à Bercy au concert du grand rappeur français, Kery James (photo ci-contre) et rêve de chanter à l’opéra de Montpellier. Le voile est-il un obstacle pour cette soprano colorature ? Elle répond dans cet entretien exclusif, à lire ci-dessous.

Prise de vue, montage et photos @Jérémy Aliot

Cette jeune femme en blanc sur la photo, portant un turban assorti à une robe quasi nuptiale aux côtés de Kery James : c’est Narimène. La chanteuse montpelliéraine avait déjà fait une apparition dans « Banlieusards », diffusé sur Netflix. Le rappeur avait été sensible au courriel que lui avait adressé Narimène Bey et l’avait engagée pour la scène finale de son film. Cette fois, elle s’est retrouvée sur la scène de l’Accor Arena de Bercy, le 2 décembre dernier, aux côtés du géant français du rap politique. « Il m’a fait l’honneur d’intervenir sur la chanson « Lettre à la République». A l’occasion, elle a posé avec Orelsan et Grand Corps malade. Toutefois, ce n’est pas dans le rap que la professeure de français au collège Rimbaud [à Celleneuve] rêve de briller mais comme chanteuse lyrique.

D’Épinal à Montpellier

Narimène Bey réside depuis peu à Montpellier. Elle a grandi à Épinal dans une famille franco-algérienne éclairée et bourgeoise [son père a fait fortune dans la philatélie]. Mère d’un enfant de un an, elle tente de s’y faire une place avec opiniâtreté tout en suivant des cours au conservatoire et tentant sa chance dans les grands concours de l’hexagone. On l’a remarquée récemment dans la boulangerie-salon littéraire de La Paillade, à l’invitation de Nourdine Bara. Solaire et déterminée, elle multiplie les prestations jusque dans les cafés musicaux, sans crispation de genre.

« Le voile relève de l’intime »

Le voile est-il un obstacle ? « Oui et non. OUI, quand on me voit avec mon turban, on se pose la question : qu’est-ce que c’est ? pourquoi ? Quelles sont mes aspirations ? On se sent agressée car ce sont des choses dont on n’a pas envie de parler. Cela relève de l’intime. NON. Parce que j’ai tellement rencontré de personnes qui ont été réceptives à ma musicalité, à ma voix, que je me dis que ce n’est pas vraiment un obstacle« , répond Narimène Bey dans cet entretien où la jeune femme paraît avoir fait la synthèse entre de multiples appartenances.

(*) « Marianne » (actuellement en pleine campagne de crowfunding) est un documentaire de Valentina Canavesio, qui suit sept femmes, françaises et musulmanes. « Quelles soient nées dans cette religion ou s’y sont converties, qu’elles portent le foulard ou pas, elles prennent la parole, défiant l’idée uniforme présentée par les médias et les politiciens de la femme musulmane « soumise”. Dans un contexte national où la laïcité est souvent manipulée comme un outil d’exclusion, elles poussent le public à questionner ses propres suppositions sur la liberté, le féminisme, l’identité nationale et la laïcité ».

Narimène Bey chante l’air de Cunegonde dans « Candide » de Bernstein, dans le cadre d’un concert humanitaire, à l’Hôtel de Ville de Paris, accompagnée par Thomas Tacquet/2018.

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