Valérie Chevalier, une diva gestionnaire

En pleine célébration des 40 ans de l’orchestre, la directrice de l’Opéra Orchestre de Montpellier a reçu LOKKO dans son lumineux bureau de l’Opéra Comédie. Elle est accessible, elle a le sourire, satisfaite de son bilan. Une diva gestionnaire qui savoure sa réussite.

 

 

 

Ce qui frappe d’abord  chez Valérie Chevalier, c’est une indéniable présence et la vivacité de son regard. Avec une  capacité d’agacement [l’article de LOKKO sur Narimène Bey l’a mise mal à l’aise/elle explique à l’occasion les difficultés qu’il y a, selon elle, à intégrer une femme voilée dans un chœur] mais vite disparu, chassé par une moue boudeuse (et un sourire ravageur). L’ancienne artiste lyrique a gardé un côté diva mais sa réussite relève de compétences longtemps attribuées au sexe masculin : pugnacité, courage, fermeté et vision à long terme. Pourtant l’histoire n’a pas commencé sous les meilleurs auspices…

Une nomination par défaut

Nommée en décembre 2013 par la ministre de la culture Aurélie Filippetti, après plusieurs défections, elle arrive de Nancy dans une  maison ravagée  par les années Scarpitta, minée par de fortes tensions salariales et une bataille politique entre les grandes institutions régionales. La maison d’opéra montpelliéraine fait peur. Un des candidats favoris avait déclaré forfait dans ces termes : « le calendrier, les feuilles de route et la situation financière m’ont convaincu que je n’y arriverai pas ».

Première femme à diriger une maison d’Opéra en France

Voilà donc Valérie Chevalier à la barre d’un bateau en perdition : des dettes, des subventions en baisse, un climat délétère voire explosif au sein du personnel (qui a voté à 83% une motion de défiance à l’égard de son prédecesseur) et cerise sur le gâteau  : la perspective d’un changement de statut  de l’institution en EPCC (Etablissement public de coopération culturelle) qui entraînerait la dénonciation de tous les accords d’entreprise.

Elle parle cash

L’horizon est bouché : une baisse des recettes, un public qui boude, des productions à la qualité musicale souvent décevante et des intrigues politiques que relaient des querelles intestines. Le ton est vite donné : le copinage ne va pas être à la mode. Le franc-parler de la nouvelle directrice laisse à penser que le bras de fer est inévitable. Elle déclare alors : « La première tâche sera de retrouver la confiance des musiciens, mais aussi celle du public qui a quelque peu déserté l’Opéra, las d’être agressé à l’entrée des salles. Si certains proches de Jean-Paul Scarpitta ne veulent pas rester, je ne les retiendrai pas. Il y a assez de compétences dans cette maison. (…) D’ailleurs, certains ont des salaires proches du prix d’une grande production. »

Elle parle cash mais revendique un sens du dialogue et une volonté de négociation, ce sont des atouts mais pas la panacée. Valérie Chevalier prend le temps des consultations puis celui des décisions : départs en retraite, ajustement des salaires selon les grilles professionnelles, diminution des  dépenses de communication et un budget de programmation calculé à l’euro près.

L’atout Schønwandt

L’arrivée du chef danois Michael Schønwandt va changer l’ambiance au sein de l’orchestre. En emportant l’adhésion des musiciens, il redonne une ambition musicale et une dimension nationale à un orchestre en perte de vitesse. Le renouvellement du chœur contribue à une qualité retrouvée. Un atout non négligeable qui vient confirmer le vieil adage publicitaire : « on a pas de pétrole mais on a des idées ». Le public montpelliérain apprécie très vite le maestro.

 Une démocratisation s’impose

Valérie Chevalier multiplie les objectifs : augmentation de la fréquentation, promotion de l’Opéra Junior, ouverture vers de nouveaux publics. Une démocratisation s’impose ; le seul public des « cheveux argentés » ne sauvera pas la maison. Elle casse les codes des vieilles maisons d’Opéra, crée des spectacles pour les familles, une garderie, des tarifs jeunes. Tout le monde s’y retrouve : des baroqueux aux amateurs de sons électro. Le public des ciné-concerts comme le public d’un opéra sous-titré en langue des signes, les étudiants, autant de nouveaux arrivants qui viennent découvrir, souvent en famille, un pan de culture auquel ils avaient peu accès auparavant.

 De 240 à 207 salariés

Avec une baisse budgétaire conséquente [le budget artistique est seulement d’environ 3 M€, c’est très peu pour une institution de ce niveau], un effectif passé de 240 à 207 salariés, le challenge reste de taille mais les signes positifs se multiplient. 6 ans après son arrivée, Valérie Chevalier s’autorise à la bonne humeur et  c’est tout sourire qu’elle fait avec LOKKO le point sur l’année écoulée et les projets qui lui tiennent à cœur.

Photos de haut en bas : Françoise Garcia, Marc Ginot. Prise de vues : Eric Ziegel.

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