Week-end d’hiver à la Costa Brava du Nord

Le Haut Empordà, la région la plus au nord de la Costa Brava, est à apprécier hors saison, quand elle est rendue à la quiétude. Il faut seulement 2 heures de train pour joindre Figueras, sa capitale, au départ de Montpellier. Sous une tramontane revigorante, empruntez le Camin de Ronda qui mène jusqu’au stupéfiant Monastère de Sant Pere de Rodes dans le parc naturel le plus grand d’Espagne. Après ce bon bol d’air : direction Figueras pour l’inévitable musée Dali, à revoir sous l’angle des innovations à mettre au crédit du génie catalan.

Un vent fou. La région est un entonnoir pour la tramontane qui peut souffler à 160 km/h. Un paradis de plantes adaptées au sel comme les Tamariniers. Réputé pour son tourisme intensif, l’Empordà, du nom du site romain d’Empúries, est cet extraordinaire bout de terre collé à la France avec Figueras en son centre.

C’est une région paradoxale. Cette géographie de rêve a eu longtemps son revers : elle était le débouché de tous les ennemis, par ordre chronologique, les pirates, les voisins Français ou les anti-Franquistes. Une région de forteresses, de remparts et de bunkers témoignant d’une mentalité d’assiégé dans ce haut lieu paradoxal de l’hospitalité catalane. L’été, Rosas passe de 20 000 à 100 000 habitants. Mais, en cette saison, c’est incroyablement tranquille. On y croise quelques Français qui vivent sur la Costa Brava depuis plusieurs années formant une large communauté francophone.
L’Empordà est avant tout une région naturelle préservée.

Le paradis des randonneurs

La randonnée de Collioure à Cadaquès (60 km) est célèbre. Elle est dans le top des tours opérators européens. Dans cette Costa Brava du Nord, où se trouve le plus grand parc naturel d’Espagne |le Parc de Creus], il y a de quoi faire.
13 000 hectares réparties sur 10 000 hectares d’espace terrestre englobant les communes du Port de la Selva, La Selva de Mar, Llançà, Cadaqués, Palau-saverdera, Pau, Roses et Vilajuïga. Et et 3 000 d’espace maritime. Impressionnant !
Sur le GR-92 ou « Camí de Ronda », toute la Costa Brava peut être découverte à pied ! De la frontière franco-espagnole au nord à Portbou jusqu’à Blanes au sud, on marche entre la Méditerranée et des falaises vertigineuses. Pour les plus ambitieux : le GR-11 qui arrive à Lança depuis les Albères, et termine son parcours au phare du Cap de Creus, après son passage au monastère sant Pere de Rodes.

Monastère Sant Pere de Rodes : un petit Vatican

Ces anciens chemins médiévaux amènent à un monastère bénédictin, champion de l’art roman, qui pourrait abriter une scène du « Nom de la Rose ». Un véritable iceberg de pierre, dont on visite la pointe immergée. Des fouilles sont en cours dans cet espace imposant, bâti à partir d’un ancien temple romain. Les époques s’y succèdent : on y trouve un des cloîtres du 11è siècle les plus anciens du monde et une église de 16 m de hauteur qui reproduit la pente du sol du Vatican, où s’entassaient des foules nerveuses dans une forte odeur de pieds.
Car le monastère catalan était la tour de contrôle des pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle. A mi-chemin de Rome et de Saint-Jacques de Compostelle, ce sont ses moines qui déterminaient le trajet du pèlerinage et se transformaient chaque année en gérants d’hôtellerie de luxe pour les marcheurs les plus huppés.
Douze moines-entrepreneurs. Un règne économique éclectique qui préfigurait le capitalisme moderne. Propriétaire de 10 000 ha de vignes, de Cadaquès, gérant une armée d’esclaves, ils vivaient pour autant dans la plus grande simplicité. 7 prières par jour, pas de sexe !

Des beignets et des vins capiteux

Terre de Gastronomie, c’est au sein de l’Empordà qu’a été fondé le restaurant El Bulli sur la plage de Montjoi, près de Roses, située non loin de Gérone. Fermé aujourd’hui.
On peut vraiment trouver de bons restaurants moins chers qu’en France pour déguster les soupes de poissons, L’arròs de Pals (le riz d’excellence), la Botifarra Dolça (saucisse douce emblématique), les Brunyols de l’Empordà (beignets) et l’irrésistible crème catalane ! Préférez les petits restos traditionnels des bords de mer aux enseignes plus chics comme le restaurant où aimait dîner Dali à Figueras : le Duran… Ni très traditionnel, ni très convaincant.
Le vin de l’Empordà est une surprise. Du caractère mais plein de parfums, élevés en fût de chêne français, (trop) séduisant, à signaler aux amateurs de liqueurs : une dégustation au mas Llunes à Garriguella, donne des arguments à la production locale.
C’est dans une plaine de l’arrière-pays, à quelques kilomètres de Figueras, sur un ancien terrain d’aviation, que la famille Roig produit ses variétés locales, essentiellement grenache et carignan. Un vin biologique presque par obligation : la puissance de la tramontane interdit l’usage des pesticides. Un des vins produits ici a été élu meilleur vin de la Catalogne en 2019. On peut visiter la vigne en 4X4. Peut-être l’occasion d’une visite d’un de ces anciens bunkers que Franco a installé, par milliers, dans la région, pendant la Seconde guerre mondiale pour défendre l’Espagne fasciste.
Le must étant la dégustation sensorielle mêlant musiques et vidéos de ces capiteux vins catalans. Le genre de séquence qui détend bien…

Dali, l’innovateur

Dans cette Catalogne en pleine impasse politique, on n’est pas surpris de découvrir le signe de ralliement des indépendantistes -un nœud jaune- au fronton de la mairie de Figueras. Ici, tout est Dali, jusqu’à l’excès. Même les illuminations de Noël s’inspirent de ses fourmis. Pourtant la vigilante fondation Dali freine les ardeurs opportunistes. Un hôtel décoré explicitement en hommage à l’artiste du pays, voulant s’appeler Dali, a dû changer sa dénomination en Hôtel Plazza sous peine de devoir verser de substantielles royalties.
Publicité, mécénat, transmission : Dali a été précurseur en tout. Il avait tout prévu : quelle structure juridique, quel conseil d’administration (avec des chefs d’entreprise, des élus locaux, des représentants du monastère) devaient gérer sa fondation. Par testament, il a tout laissé à l’état mais la fondation décide de tout. Il est mort dans une chambre médicalisée au musée qu’il a mis vingt ans à aménager dans un ancien théâtre lui même enchâssé dans les remparts de la ville.
La visite de son musée à Figueras, qui accueille 5000 personnes par jour l’été, démarre par une Cadillac et des gangsters de chiffon. 1 euro dans la voiture et un parapluie s’ouvre au dessus de vous. « Avida Dollar » a pensé à tout. La grande toile avec un sein masculin et un sein féminin a été conçue pour un ballet de Broadway. Ne manquez pas la salle des bijoux fabriqués par Tiffany à New-York.
Sa tombe s’y trouve où il est embaumé avec sa moustache. Une fameuse exhumation en 2017 -sous la pression d’une jeune femme qui prétendait être sa fille- a attiré attirant 64 télés du monde entier. Un coup de com qu’aurait adoré l’enfant du pays.

La forteresse de San Fernando

On l’a dit. Cette région frontalière, comme toutes, rappelle sans cesse sa peur de l’autre. A Figueras, cette forteresse du 18è, la plus importante d’Europe (32 ha), faite pour parer à l’avancée de la frontière française à la suite de la grande Guerre (franco-espagnole) de Trente Ans, en est un exemple magistral. Voûtes à l’épreuve des bombes, murs colossaux, il fallait avoir le moral pour envisager de prendre l’endroit. Haut-lieu de la mémoire catalane, renfermant tableaux du Prado, munitions et or, il a abrité le dernier conseil des Républicains anti-franquistes (en 1939) qui y ont fait sauter quelques bombes avant de l’abandonner. Sa cour d’honneur de 10 000m2 est utilisée pour des tournages et quelques manifestations culturelles. Un drôle d’endroit, puissant, assez glaçant, porteur d’une fierté catalane. On y visite le réseau hydraulique souterrain, munis de casques de mineurs, sur des canaux et en baissant la tête ! Idéal pour captiver les enfants… On peut aussi découvrir ce « portail du royaume », à bord d’une Range Rover vintage, avec un guide jeune et inspiré comme tous les guides catalans.

Contacts
www.masllunes.es
www.salvador-dali.org
www.lesfortalesescatalenes.info
turisme@llanca.cat www.visitllanca.cat (34)972 38 08 55
turisme@figueras.org www.visitfigueras.cat (34) 972 50 31 55
www.empordaturisme.com

Montpellier-Barcelone en 3 heures

Depuis 2013, et un accord historique entre Renfe et SNCF, Madrid, Saragosse, Tarragone, Barcelone, Gérone et Figueras sont accessibles en grande vitesse (en partie seulement du côté français) depuis Perpignan, Narbonne, Béziers, Agde, Sète, Carcassonne, Toulouse, Montpellier, Nîmes, Avignon, Aix-en-Provence, Marseille, Valence, Lyon et Paris.
Quatre fréquences quotidiennes relient les deux pays, passant à cinq au printemps et même sept en été.

www.renfe-sncf.com
www.facebook.com/RenfeSNCFenCooperacion
Twitter @Renfe_SNCF_Fr

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