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Instantanés aveyronnais au temps du Covid

Patients, voisins de son village aveyronnais, Notre-Dame de Betirac, près de Saint-Affrique, enfants et petits-enfants : notre collaboratrice Hélène Bertrand-Féline délaisse l’opéra pour observer ses proches durant cette étrange période.

 

Paul a trois ans. Il est assis sur un lit aux urgences pédiatriques, un masque à oxygène sur le nez. Il tousse beaucoup trop, même pour un asthmatique. “Tenez-lui les mains” dit l’infirmière à sa mère, avant d’enfoncer  dans ses narines  le coton tige du test de dépistage. Paul ne bronche pas mais il dit après : “ça fait super mal”

“Vous êtes fous, rentrez chez vous et restez-y !”

Pierre a 62 ans. Il est médecin anesthésiste-réanimateur. La semaine dernière, il a pris sa retraite et dès le lendemain matin, est reparti au front dans un grand hôpital de la région qui espérait du renfort. Avant de partir, il a vilipendé tous ses amis qui se réunissaient ou se tapaient la bise : “Vous êtes fous, rentrez chez vous et restez-y !” Pierre n’attend pas de pouvoir profiter de ses loisirs avant un moment. Il relit La Peste de Camus.

L’un des plus anciens séropositifs de France

Charles a 63 ans. Ancien toxico et un des plus anciens séropositifs encore en vie en France, il vit retiré dans la campagne. Pour l’aider à supporter sa trithérapie et ses angoisses existentielles, il fume de l’herbe. Après un étourdissement au volant sans aucun dégât, une prise de sang révèle la présence de cannabis. Retrait de permis et convocation au tribunal. Premier report en raison des grèves des avocats et maintenant un confinement sans voiture, sans permis, dans un isolement total à plus de 20 kilomètres de la première épicerie. Il s’inquiète pour ses trois chats bientôt sans croquettes et écoute Janis Joplin.

 

Il ignore s’il devra jeter le lait

Roland a 60 ans. Il est agriculteur et vit loin de tout. Le confinement ne change rien à son quotidien : la casquette vissée sur le crâne, au volant de son tracteur, il travaille dans les champs ou sort son troupeau. Son emploi du temps ne varie guère : traite des brebis matin et soir. Les agneaux qui devaient partir à l’engraissage en Italie sont encore dans sa bergerie et il ignore si la laiterie de Roquefort viendra encore récolter le lait. Dans le cas contraire, il devra le jeter.

Sans salaire et sans revenu

Sophie, 40 ans. Kiné, enceinte de 3 mois, elle reste confinée avec sa fille de 10 ans. Dans l’incapacité d’assurer sa protection et celle de ses patients, elle a suivi les préconisations de l’ARS et fermé son cabinet. Sans salaire  et sans revenu, elle ignore comment  payer ses charges et boucler son budget.

Tristan, 32 ans. Il est avocat : très impliqué dans la lutte contre la réforme des retraites, il a de nombreuses journées de grève à son actif  et ses revenus étaient impactés avant même le début du confinement. A l’heure actuelle, son activité est à l’arrêt, il planche sur une reconversion en écoutant du rock métal .

Il relit “Le fléau” de Stephen King

Philippe, 55 ans. Il est prof, astreint à des jours de présence dans un collège vide. Il peste à chaque rupture de connexion sur le serveur de l’E.N.T (Environnement Numérique de Travail ) où il tente parfois jusqu’à minuit de déposer le travail à envoyer aux élèves. Il relit Le Fléau de Stephen King et continue d’écouter La Passion selon St Jean de Bach.

Elle ne voit pas sa famille qui a peur de la contaminer

Electra, 93 ans. Elle a survécu à la guerre d’Espagne, au camp d’internement puis à la deuxième guerre  mondiale. L’hiver dernier, elle a survécu à une double pneumonie qui lui a valu 15 jours en réanimation. Elle a anticipé le confinement et ne sort plus depuis janvier. Elle ne voit pas sa famille qui a peur de la contaminer. Restent les appels téléphoniques quotidiens et les photos .”J’ai arrêté de regarder les JT“, dit-elle, “c’est trop d’angoisse“. Elle n’écoute pas de musique.

Paul est rentré à la maison, son test est négatif au Coronavirus. Avant de partir à la sieste il court partout dans l’appartement. Au passage, il chipe un livre sur le bureau de sa mère qui lui demande de le reposer . “Je m’en fiche, moi, je vais au lit avec Françoise Dolto”  répond-il, hilare, en serrant sur son cœur Psychanalyse et Pédiatrie…

 

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