« J’ai souvent l’impression d’être dans un film »

« LA VIE AU TEMPS DU COVID »
« Ici, pas question d’autorisation individuelle de sortie, c’est l’armée et la police qui sont dans les rues. Des barrages sont installés pour bloquer quartier par quartier ».
Photographe, Lucas Durey est installé depuis un an et demi à Djibouti où il a créé, Neuvième, une agence de communication. Pour LOKKO, il livre son récit d’une semaine de confinement.

Lundi 16 mars à Djibouti. Le gouvernement annonce la fermeture imminente de l’aéroport. Le lendemain soir à minuit, plus aucun vol commercial ne transitera par ce minuscule pays de la corne de l’Afrique. Ce qui l’isole du reste du monde car ses routes, en piteux état, ne mènent que vers l’Erythrée, la Somalie ou la grande Ethiopie, déjà touchée.

On ne rigole plus

C’est à ce moment précis que les Djiboutiens, même les plus récalcitrants sur la véracité de l’existence du Covid-19, ont pris conscience du danger. Mardi après-midi, je ferme ma petite agence de communication et envoie mes 4 employés à aller voir chez eux si j’y suis. Le lendemain nous avons pourtant une interview pour le Programme Alimentaire Mondial à réaliser mais je m’y collerai. Avec masque et gants bien sûr. On ne rigole plus. Chaque infrastructure « essentielle » encore ouverte installe des points d’eau pour se laver les mains à l’entrée principale. Et masque obligatoire.

Mes amis de France 

J’ai souvent des flashs. Une impression d’être dans un film. Tout va si vite. L’après-midi, le confinement est décrété. Je vais chercher mes ordinateurs et disques durs au bureau pour pouvoir continuer à travailler à la maison. Mes amis de France, déjà en confinement strict, me racontent que « pour le moment ça va, mais va pas falloir que ça dure trop longtemps ! » Je me dis que mon chat sera, pour une fois, de bonne compagnie.

Armée et police dans la rue

Six jours maintenant que nous sommes confinés. Il y a 30 cas positifs sur le territoire. Ici, pas question d’autorisation individuelle de sortie, c’est l’armée et la police qui sont dans les rues. Des barrages sont installés pour bloquer quartier par quartier. J’ai de la chance, il y a un supermarché pas loin de chez moi, sinon j’en serais réduit à acheter les produits de première nécessité à la boutique du coin.

Des mères démunies 

Ce qui est le cas pour des centaines de milliers de personnes dans les quartiers pauvres dont les habitants gagnent leur pain quotidien avec des revenus journaliers, comme les vendeurs de rue, les taxis, les chauffeurs de bus et qui se retrouvent sans ressource. Aucune. Comment font-ils? Je ne sais pas. Sur les réseaux, je vois passer des vidéos de mères démunies qui n’ont plus de quoi nourrir leur famille.

Ma femme de ménage, qui habite à l’autre bout de la ville dans un quartier défavorisé, m’appelle pour savoir comment récupérer sa paie, je ne sais quoi lui répondre, impuissant. Les seules autorisations accordées sont pour les travailleurs essentiels. Je n’en suis pas un.

Depuis hier, le gouvernement commence à organiser la distribution de lots alimentaires pour les plus démunis. Espérons que ça suffira !

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