« L’angoisse et l’inquiétude règnent en Tunisie »

 

Série LOKKO « LA VIE AU TEMPS DU COVID »

« Ce que nous vivons est une guerre psychologique plus terrible qu’une lutte armée ». Massouda Tlili est professeure de langue française à l’Institut français de Tunisie. Elle raconte son confinement, les réactions de la population et du gouvernement tunisiens face au coronavirus.

La campagne créative LOKKO est animée par Lionel Navarro.

 

 

 

LOKKO : Massouda Tlili, où vivez-vous ?

Massouda Tlili : Je vis au sud tunisien exactement dans une région qui s’appelle Kébili. Elle se situe à environ 525 km de la capitale tunisienne.

Quel est l’impact du coronavirus à Kébili ?

Au début, ma région n’a eu aucun cas contaminé. Entre temps, les autorités tunisiennes ont mis en place une série de mesures dans le programme de lutte contre la propagation du coronavirus. Le début de l’infection a commencé avec un citoyen qui est venu de l’Italie. Sans le savoir, celui-ci a passé le virus à 5 de ses proches.

Que propose le gouvernement tunisien ?

Le Président de la République Kais Saied a instauré, depuis lundi 16 mars, le couvre-feu de 18h à 6h jusqu’à nouvel ordre. Ceux qui ne respectent pas les mesures du couvre-feu comparaîtront devant la justice. De son côté, le ministre de l’Intérieur Hichem Mechichi a insisté sur le fait qu’il ne s’agit en aucun cas de mesures visant à limiter les libertés des individus : « il s’agit de dispositions à même de préserver la vie de tous ».  Pour les personnes qui sont obligées de travailler, le gouvernement tunisien a annoncé le travail en séance unique durant 5 heures par jour, sur deux plages horaires différentes.

Quelle réaction voyez-vous dans la population ?

Il y a des personnes inconscientes du danger que peut provoquer le Covid-19. Elles sont irresponsables, ne respectent pas les mesures du couvre-feu. Je vois aussi, dans ma région, des jeunes bénévoles qui font des courses pour les personnes âgées et vulnérables. J’en vois d’autres qui ont prêté leurs véhicules aux voisins pour des urgences.

En tant que citoyens, on obéit à la recommandation du ministre de la santé : on se lave les mains régulièrement, on garde une distance de sécurité d’un mètre dans les espaces publics. Dans ma région, il y a des hommes d’affaires qui font des dons au profit des hôpitaux. Autorités, armée, associations, bénévoles, équipes médicales et paramédicales sont tous solidaires pour dépasser cette difficile période, une période qui ne ressemble à aucune autre.

Quelle est l’ambiance en Tunisie actuellement ?

Il faut obéir à l’obligation de quarantaine : la seule solution pour la prévention sanitaire. C’est vrai que c’est un nouveau mode de vie. Rester chez soi, à plusieurs, entre quatre murs, prive un peu de liberté. On s’adapte. Toutefois, l’angoisse et l’inquiétude règnent dans l’atmosphère du pays. Tout le monde, sans exception, suit les journaux et les réseaux sociaux à chaque instant. Par ailleurs, il y a ceux ou celles qui tentent de trouver d’autres manières pour s’amuser, trouver de nouvelles sources de joie, rester en contact à travers les réseaux sociaux avec leurs amis. Ce que nous vivons est une guerre psychologique plus terrible qu’une vraie guerre armée.

Vous enseignez le français à l’Institut français de Tunisie. Quelles sont les conséquences du confinement sur votre travail ?

L’Institut français de Tunis a mis à notre disposition une plateforme afin que nous puissions continuer nos cours en ligne. Nous serons payés aux jours et horaires de cours habituels. Pour moi, travailler à distance avec les apprenants ne m’enthousiasme pas. J’essaye de m’adapter, pas seulement sur le plan du travail mais aussi dans ma vie en général. Je partage ces difficiles moments avec ma famille, mes amis, mes collègues et même avec les personnes du monde virtuel. Je tente de partager quelques conseils que je me donne à moi-même.

C’est-à-dire ?

Je suis convaincue que tout ira bien. Nous allons reprendre goût à tous les plaisirs avec un appétit décuplé. Dieu notre Seigneur est avec nous. Donc, demeurez attentifs à vos sentiments, émotions et réactions. Ne suivez pas trop le journal et essayez de pratiquer une activité physique chez vous  qui vous permet d’évacuer votre stress et d’éliminer vos tensions. Prenez de bonnes habitudes alimentaires. Prenez soin de vous et de vos proches. Rappelez-vous les stratégies gagnantes que vous avez déjà utilisées par le passé, dans une situation de crise, pour traverser cette difficile période. Enfin, soyez optimistes, positifs  et patients et surtout gardez l’espoir car, comme l’affirma Charles De Gaulle, « la fin de l’espoir est le commencement de la mort ».

 

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