Di Rosa encore dans le collimateur des anti-racistes

Les deux universitaires Mame-Fatou Niang et Julien Suaudeau, qui avaient déjà attaqué cette fresque du sétois Di Rosa commémorant l’abolition de l’esclavage sur les murs de l’Assemblée nationale, demandent à nouveau son retrait.

 

Un article de « Slate » accuse à nouveau Hervé Di Rosa. Sous le titre « Banalisation du racisme à l’Assemblée nationale : ouvrons les yeux », ses auteurs Mame-Fatou Niang et Julien Suaudeau avaient été à l’initiative d’une campagne l’an dernier contre cette oeuvre installée depuis 1991 au Palais Bourbon pour la commémoration de l’abolition de l’esclavage en France en 1794. Cette toile représente deux personnages noirs aux larges lèvres rompant des chaînes, de larges sourires affichés sur leurs visages.

La toile est toujours là

« La toile est toujours là, le débat de fond n’a pas eu lieu » regrettent-ils un an plus tard, au moment où l’on fête l’anniversaire de la loi Taubira du 21 mai 2001 reconnaissant la traite et l’esclavage en tant que crime contre l’humanité [alors que la Martinique a célébré le 22 mai son abolition et que la Guadeloupe fera de même le 27 mai]. « Inscrite dans une imagerie où se sédimentent, pêle-mêle, ces rires Banania que Léopold Sédar Senghor voulait déchirer sur tous les murs de France, Tintin au Congo ou encore les barbouillages de Michel Leeb, cette représentation donne du corps noir une vision stéréotypée et déshumanisante. Elle insulte à la fois la mémoire des millions de victimes du commerce triangulaire, de l’esclavage et les citoyen·nes français.es qui sont leurs descendant-es ».

Hervé Di Rosa abasourdi

Hervé Di Rosa s’est maintes fois expliqué sur ce tableau, répliquant sur le terrain de la liberté d’artiste et précisant que nombre de ses personnages avaient de grosses lèvres rouges. Dans « Midi-Libre », il s’était dit alors « abasourdi » : « toute ma vie je me suis battu contre le racisme. Je suis en train d’exposer 71 artistes de Kinshasa au Miam à Sète. J’ai réalisé de multiples projets artistiques en Afrique. Cette accusation est ridicule mais elle prend des proportions dingues ». Sur Arte, il se justifiait en ses termes : «L’Histoire c’est l’Histoire, une image c’est une image, c’est un songe, c’est une esthétique, ce n’est pas la réalité.»

La responsabilité de l’artiste ?

« Le problème est pour nous le suivant : l’imagerie à laquelle la toile renvoie aurait dû l’écarter a priori de toute fonction commémorative » assènent un an plus tard les signataires, appelant à la nécessité de la contextualisation de l’art. « Nous soutenons qu’aucune œuvre d’art n’existe ex nihilo, dans un vide anhistorique ». Ajoutant : « que viendraient donc faire la satire et l’ironie, souvent invoquées comme des marques déposées de l’esprit français, dans l’hommage et le recueillement ? »

Vaste débat sur la responsabilité de l’artiste. Les députés ont été interpellés. Sans réponse à ce jour et le débat est moins enflammé mais les anti-racistes tiennent leur bête noire.

 

Mame-Fatou Niang a réalisé, en 2016, un documentaire intitulé « Mariannes Noires », qui se penchait sur les parcours d’Afro-Françaises. Julien Suaudeau est l’auteur du roman « Le Sang noir des hommes », (éd. Flammarion, 352 p., 19,90 euros) qui a pour sujet le viol colonial. L’un comme l’autre enseignent dans des universités américaines (respectivement à Carnegie Mellon University et Bryn Mawr College, en Pennsylvanie).

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