Piñata Radio : « On voulait un vrai studio avec quatre murs et une porte »

Lancée par Maxime Ryckwaert en 2018 (à gauche sur la photo), rejoint ensuite par Thomas Manzarek, Piñata Radio est une plate-forme en ligne alimentée par une soixantaine de résidents, de tous les styles musicaux. Avec son installation à la Halle Tropisme, la web-radio montpelliéraine s’impose comme un acteur culturel majeur de la ville.

 

LOKKO : Comment avez-vous lancé Piñata Radio ? 

Maxime : J’ai commencé la radio sur Radio Campus Montpellier à 18 ans. Plus tard en 2016-2017, j’animais une nouvelle émission du nom de Piñata, sur laquelle j’ai été rejoint par Thomas, pour monter ensuite la radio du même nom, avec un premier studio dans un appartement du centre-ville. Le nom est inspiré d’un album du même nom par Madlib et Freddie Gibbs, un rappeur et un beatmaker que j’aime beaucoup. Il évoque beaucoup de choses, sans se cantonner à un style particulier de musique. Au début, on avait une dizaine de résidents et maintenant, ils sont plus de soixante !

Thomas : On a fait appel à KissKissBankBank et l’argent récolté nous a permis d’acheter les premiers outils, comme des ordinateurs et des micros.

Pourquoi avoir choisi de créer une web-radio plutôt qu’une radio sur la FM ?

Thomas : Avant tout, pour la facilité. Avec le web, on est indépendant, pas censuré… On n’est pas obligé de respecter un quota de musique française, par exemple. Les horaires de diffusion sont complètements libres. Et ça nous ressemble davantage en fin de compte.

Maxime : Exister sur internet nous permet de nous connecter avec beaucoup de monde en France et en Europe. Même si plus de 70% des résidents sont montpelliérains, les autres sont ailleurs en France ou au Canada, aux USA, en Belgique etc … On a pu organiser des échanges avec d’autres pays, comme la Norvège ou le Danemark, rendus possibles par cette plateforme. Même si, parfois, le modèle économique peut-être bancal et que nous ne sommes pas subventionnés, pour l’instant : c’est excitant de faire partie de ce mouvement-là.

À quoi ressemble votre public ? 

Maxime : Il est très vaste, étant donné que l’on passe énormément de genres de musique différents : des jeunes qui aiment la musique aux jeunes parents trentenaires jusqu’à des cinquantenaires. Cela dépend surtout des horaires : le matin, on passe de la musique plus « easy-listening » et le soir des choses plus énergiques.

Qu’est-ce que le prix de la « meilleure jeune web-radio » au Mixcloud Online Awards vous a apporté ? 

Thomas : Une semaine à Malte avec la BBC et beaucoup d’autres références de la radio ! Mais cela nous a également conforté dans notre démarche de valoriser la scène locale. Ce prix a permis de contextualiser ce projet, de le rendre encore plus légitime aux yeux des artistes que l’on veut inviter. Ça a été un vrai coup de boost.

Comment expliquez-vous ce succès de Piñata Radio, autant ce prix que votre popularité sur la scène locale ? 

Maxime : On peut comprendre le mouvement des web-radios en France et Europe, et même dans le monde, en le comparant à la tendance du Do It Yourself. C’est plus authentique. Cela va au-delà d’une simple plateforme musicale. On se vit comme un soutien. On veut réunir les gens.

Thomas : Cela a presque une dimension communautaire, même si je n’aime pas le mot. De nombreux résidents font partie de petites communautés musicales. On travaille donc sur un échelon local-global : la radio brille nationalement mais elle représente quelque chose de local. On veut mettre en avant les gens d’ici, qui veulent se connecter avec d’autres artistes.

Qui sont vos résidents ? 

Maxime : Ce sont des artistes qui ne sont pas forcément intéressés par la radio, mais par des créneaux pour promouvoir le label de leur structure, jouer ou parler musique. Ils s’inscrivent dans une programmation.

Comment vous êtes-vous organisés pendant le confinement ? 

Thomas : La radio n’a jamais eu autant de sens que durant cette période. On travaillait depuis le salon.  Maxime avait amené les platines et l’ordinateur chez lui. Les résidents avaient les codes pour se connecter à la plateforme et lancer leurs musiques. On a aussi organisé des événements collaboratifs : le programme « Stay Home » qui permettait aux auditeurs d’envoyer des playslists par mail que l’on passait ensuite à l’antenne.

Pourquoi avez-vous décidé de changer de localisation et passer du bar le Discopathe à la Halle Tropisme ? 

Maxime : La radio a commencé sa première année dans une colocation, avec notre studio radio, entre le salon et la chambre. Puis on a décidé de bouger au Discopathe. Mais le souci avec ce lieu, c’est que chaque programmation que l’on faisait devenait un événement malgré nous ! On avait envie de renouer avec l’essence de la radio et refidéliser des auditeurs qui nous écoutaient moins. Il nous manquait un vrai espace pour travailler, nous professionnaliser et avoir un confort de production

Thomas : On voulait un vrai studio avec quatre murs et une porte. C’est ce que proposait la Halle, qui est en plus un lieu actif où il se passe plein de choses culturellement parlant, avec beaucoup d’entrepreneurs et de connexions possibles. On garde tout de même une proximité avec les gens : aujourd’hui, on peut à la fois s’enfermer et travailler tranquille et continuer à organiser des événements. C’est finalement une évolution logique au bout de 2 ans.

Piñata Radio change-t-elle d’échelle avec ce nouveau studio ? 

Thomas : Pas vraiment dans le sens où on aime beaucoup Montpellier. On est contre l’idée qu’il faut automatiquement partir à Paris pour réussir. C’est tout l’enjeu de notre radio : faire en sorte d’attirer des artistes locaux et de les garder ici. On veut inscrire la radio comme un acteur culturel important de la scène locale.

Maxime :  La radio a déjà aidé à ce que des DJs, producteurs se rencontrent, à créer des labels ou des collectifs. On espère qu’elle pourra aussi inciter des gens à rester ici. Après la crise sanitaire, on voit maintenant pas mal de personnes qui souhaitent revenir à Montpellier, retrouver quelque chose de plus spontané, plus vrai peut-être. On veut valoriser ce qui se passe dans le sud de la France.

Quels sont les projets futurs ? 

Maxime : De nouvelles collaborations sont en vue, notamment avec une dizaine de nouveaux résidents. On prévoit aussi d’organiser de nouveau événements en plein air. A cause du Covid, les clubs ne rouvriront qu’en septembre et les gens ont envie de faire la fête. On aura donc toutes les semaines, le mercredi, des after-work avec des DJs en back-to-back. On réfléchit aussi à faire des échanges avec d’autres web-radios : on échangerait des émissions résidentes avec les leurs. Une sorte d’Erasmus de la radio.

Thomas : Pendant le confinement, on avait trois projets majeurs, qu’on a pu mener à bien : monter ce nouveau studio à la Halle, organiser ce week-end d’inauguration et sortir un nouveau site. Donc c’est déjà bien, on en est fier. L’inauguration a eu lieu de 11h à 1h du matin pendant 3 jours, avec toutes sortes de gens; entre les personnes qui étaient dans la journée au café puis d’autres plus jeunes qui voulaient faire la fête, c’était assez euphorique !

 

Le site ici

 

 

 

 

 

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