Rencontre avec l’intrépide duo du Luna Blu

Directrice adjointe des relations presse à la ville de Montpellier (en disponibilité), Sandrine Locci, son compagnon Jean-Luc Tollemer, et leur fils Gabriel ont fait un aller-retour Sète-Ushuaïa en 21 mois. LOKKO avait publié quelques-uns des carnets de voyage de Sandrine. Interview de ce couple rayonnant qui vit à Bouzigues.

 

Avant de parler du grand large, c’est eux, lui et elle, leur couple qui suscite la curiosité. Une question taraude : comment fait-on pour ne pas se jeter par dessus bord quand on vit un tel confinement durant presque deux ans ? Au café Le Latitude, place de la Canourgue, la réponse est sous les yeux : ils sont complices, amoureux, et si joyeux. Ils ont une sorte de présence bienfaisante, sans tout à fait le savoir. On leur fait remarquer. « Ah, non, c’est juste pour les médias… » réplique Jean-Luc Tollemer.

Marin à la répartie vive, c’est un pro de l’auto-dérision tandis qu’elle, réfléchie et bienveillante, tente de donner des explications structurées. « C’est une épreuve : ça peut consolider ou pas comme à terre, c’est tout. C’est une tranche de vie comme les autres avec son lot de bonheurs et d’emmerdes ».

50 escales, 9 pays

50 escales, 9 pays à bord d’un grand voilier de 14,50 mètres : le fameux Luna Blu, sur lequel Jean-Luc était formateur à l’école de voile de Bouzigues où il ont une maison.

Le périple a commencé le 17 septembre 2018 de Sète, il les a conduits sur la Méditerranée, puis l’Atlantique jusqu’à Ushuaïa. Ils sont revenus sur Sète en juin 2020.

Un voyage qui ait de la gueule

Ils voulaient « un voyage qui ait de la gueule maritimement parlant, qui nous fasse rêver ». Et passer par la Patagonie qu’ils connaissaient déjà un peu et adorent. Une association -Planète en commun- a été créée pour cette expédition, qui avait aussi une vocation environnementale. Des missions solidaires ont été assurées, notamment à Rio (où ont été livrés des kimonos), ailleurs des dictionnaires et des actions d’observation scientifique en lien avec l’IRD (Institut de recherche pour le développement). Mais de portée plus faible qu’espéré. Cela aurait mérité une préparation, un projet -et un budget- dédiés. Déjà, l’expédition -tout compris- leur a coûté 45 000 euros.

Ils se livrent mais pas tout à fait : une certaine pudeur et la densité des choses vécues -par quoi commencer ?- donnent peu à voir de ce qui a été enduré. La fréquentation des limites, par exemple. « Selon un voyageur français qu’on a croisé, répond Jean-Luc, on atteint ses limites le jour où on n’en peut plus de régler les ennuis ».

La pire étant, si on a bien retenu, l’humain et non la technique. « Le bateau a fait le job ! Mais c’est parce que nous avons mis 2 ans à préparer ce voyage. Plus on est préparé, moins on casse ». Même dans les pires instants quand il s’agit d’assurer dans le contexte d’une « navigation engagée » par opposition à une navigation pépère « du type Antilles », le bateau a tenu bon. « La descente le long de Buenos Aires, c’était chaud. On n’est pas loin des côtes mais il faut voir lesquelles : inhabitées et hostiles ! »

L’enfer uruguayen

Il y a eu une sombre histoire en Uruguay pour une pièce défaillante permettant de relever l’ancre de manière électrique, un certain Diego, des interlocuteurs véreux y compris les instances portuaires, une plainte, la Police locale…

Et 3 mois sans contact à terre durant la Covid au printemps 2020 : « toute la remontée du Brésil quasi sans contact. On a seulement posé le pied sur certaines plages sous les cocotiers… Mais il y a pire…. » raconte Jean-Luc. « C’est en mer qu’on s’est sentis le plus en sécurité à ce moment-là » complète Sandrine.
Et des tas de bonheurs et de bonnes surprises : ils ont « adoré les Argentins » dont ils s’étaient pourtant a priori méfiés. Ils ne se perdent pas dans les détails. Ils disent : « se sentir libre rend joyeux. Avoir mené à bien ce projet audacieux, en famille, c’est le bonheur ».

Un équipage « genré »

Sur le bateau, la répartition était « très genrée » : Sandrine « gérait le bord », s’occupait des repas, des cours de CP/CE1 à donner au fils. « Je ne suis jamais montée sur le mât ! » Pour Gabriel, qui a trouvé parfois le temps long, il y a eu beaucoup de films, du bon cinéma français (« Les tontons flingueurs », des De Funès), des parties de UNO… Le capitaine imposait ses règles : il fallait être prêt à l’heure pour la navigation de nuit, bateau rangé, devoirs faits, vaisselle faite. « La mer, c’est la rigueur. Le manque de rigueur se paie cash ».

Elle a tenu un journal de bord. 50 textes dont certains ont été publiés par LOKKO, montrant un talent d’écriture, dont, lui, se dit fier. Elle a documenté le voyage, compilant les informations durant tout le trajet.

Ils se sont rencontrés sur un bateau, il y a 13 ans. Et continuent, après ce long voyage en mer, à vivre sur le Luna Blu, « C’est notre maison ! ».

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