Le génie comique de Fabcaro crève l’écran

Deux avant-premières au Cinemed : Fabcaro, le dessinateur et romancier bédaricien est devenu très bankable au cinéma. « Zaï Zaï Zaï Zaï », sa BD a été adaptée par François Desagnat, son roman « Le discours » par Laurent Tirard. Une nouvelle carrière s’ouvre pour le plus coté des dessinateurs de BD qui s’est offert le luxe d’une carrière parallèle de romancier à succès.

 

 

Pour Fabcaro, tout a commencé à la caisse du Super U de Bédarieux. Depuis, ça s’emballe… « Je n’en peux plus…. Non, mais ça va, je suis content ». Marathon cinématographique pour Fabcaro au Cinemed. Sur la scène de l’Opéra Berlioz, cheveux blanchis et toujours sa boucle d’oreille, il paraît encore se demander ce qu’il fait là. Il bafouille quelques platitudes, assez raccord avec les anti-héros de ses BD et romans. Complexes de légitimité, inadaptation profonde au monde, timidité pathétique : ses loosers intelligents, et autobiographiques, sont une mine d’or pour le cinéma.

Sortie de  » Zaï Zaï Zaï Zaï » au printemps 2021

Réputée inadaptable,  » Zaï Zaï Zaï Zaï », l’un des plus gros succès du genre depuis 2015, éditée à Montpellier par 6 Pieds sous terre, est désormais un film qui sortira au printemps 2021 avec un générique qui en jette. A l’affiche Jean-Pierre Jouve, très crédible en alter ego de Fabcaro qu’il tient pour « un génie ». C’est ce qu’il a dit lors de l’avant-première du mercredi 21 octobre, dans un extrait vidéo enregistré et projeté sur l’écran de la salle montpelliéraine (en tournage, il n’était présent au festival). A ses côtés Yolande Moreau, Julie Depardieu, Ramzy Bedia. Et une musique composée par Benjamin Biolay. Un générique solide pour un cinéaste dont la filmographie peut faire froncer un sourcil de cinéphile : François Desagnat a réalisé « La Beuze », « Les Onze commandements », « Le Jeu de la vérité », « Adopte un veuf » et « Le Gendre de ma vie ».

Le jour de l’avant-première, François Desagnat a confié que c’est son producteur, Thibault Gast, qui l’avait convaincu du potentiel cinématographique de cette BD que le cinéaste considérait jusqu’ici comme « un cadeau idéal d’anniversaire ». Le tournage s’est fait en 2019 en partie à Montpellier. La montpelliéraine Cécile Mella en a été la photographe de plateau. L’éditeur Miquel Clémente y fait une apparition. Réécoutez le podcast de Lionel Navarro qui lui était consacré. Pourquoi Montpellier ? « Parce que Fabrice est montpelliérain tout simplement… C’est son fief » a précisé François Desagnat.

Le résultat : un film vraiment hilarant. Très fidèle et très premier degré. « C’est ce qu’on voulait », a commenté Fabcaro, « super content du résultat. Jean-Pierre Jouve est un vrai fuyard qui sourit peu. Il est vraiment en panique« .

Pour ceux qui ne connaissent pas encore la BD : le héros est un homme recherché par la police pour avoir été appréhendé à la caisse d’un grand magasin (Super U de Bédarieux). Il été incapable de présenter sa carte de fidélité et a menacé le vigile avec un poireau. L’extraordinaire critique douce-amère de la société contemporaine que Fabcaro a conçu « comme un truc absurde avec un sens politique » s’est muée en film cinglé et efficace au casting d’enfer, taillé pour le succès, empruntant à Tati, aux Monthy Pithon mais plus sûrement à Bertrand Blier. On en ressort allégé d’avoir bien ri et avec, en tête, le refrain de Joe Dassin : « Zaï Zaï Zaï Zaï »…

Sortie de « Le discours », le 16 décembre 2020

La proposition cinématographique de Laurent Tirard est très intéressante. Pour adapter le deuxième roman de Fabcaro « Le discours », monologue d’un trentenaire houellebecquien pendant un pénible repas de famille, il a travaillé sur une unité de lieu : la salle à manger des parents. Des acteurs (parents, soeur, beau-frère) qui se figent en théâtre de marionnettes pour permettre à ce fils en détresse de s’adresser directement à la caméra et isoler le récit romanesque de sa plainte : une des trouvailles d’un film sophistiqué, signé par le réalisateur de « Le petit Nicolas », « Astérix & Obélix : au service de sa majesté », « Le retour du héros… ». Une signature vintage et virtuose, très Amélie Poulain.

Et visiblement une satisfaction aussi pour Fabcaro, qui a aussi animé l’avant-première de cet autre film, le jeudi 22 octobre au Gaumont Comédie. « Je ne visualise jamais mes personnages. Du coup, j’adore voir les adaptations, quand ces personnages s’incarnent« . L’excellent Benjamin Lavernhe de la Comédie française est ce fils symptomatique d’une névrose familiale bien épaisse, aux côtés de Sara Giraudeau en amoureuse cruelle, et François Morel en père épatant. Sortie prévue le 16 décembre 2021.

Et ce n’est pas fini pour Fabcaro qui a eu plusieurs propositions de producteurs pour devenir réalisateur. « Mais c’est un travail titanesque. Je ne sais pas si je passerai à l’acte… Il y a trop de choses à faire sur un tournage. je suis le roi du non-choix… » Son premier roman « Figurec » (2006) va être adapté par le duo Nicolas et Bruno, producteurs d’une émission culte de télévision humoristique française basée sur le détournement de vieux films d’entreprise des années 1980 : « Le Message à caractère informatif ».

 

Photo à la UNE : Eric Catarina pour Cinemed.

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