Le triomphe de la télévision industrielle en Occitanie

Avec 2227 jours de tournage en 2019, l’Occitanie devient la deuxième région française devançant la région PACA. Un bon résultat dû aux séries devenues un marqueur du territoire. « Un si grand soleil » sur France 2 et « Demain nous appartient » sur TF1 représentent à elles seules plus de la moitié des journées de tournage.

 

 

Depuis des années, derrière l’éternel leader qu’est l’Île de France, la deuxième place de ce palmarès de référence était occupée par la Côte d’Azur, destination de choix pour les équipes de cinéma hors Paris. Mais en 2019, l’imbattable a cédé sa place à l’Occitanie, région montante dans le cinéma. Plus 41% de tournage en 2019 sur le territoire par rapport à 2018 selon les chiffres établis par le Centre national du cinéma, grâce à la remontée des statistiques de Film France. C’est six fois plus qu’il y a 5 ans.

19 téléfilms et séries, 12 longs métrages

Ce succès tient en un mot : séries. Si ce chiffre annuel englobe autant les fictions longues que les séries, celles-ci dominent les tableaux de résultats. Sur 65 films, 19 téléfilms et séries pour 12 longs métrages. « Un si Grand Soleil mobilise 4 équipes de tournage par jour, c’est la plus grosse machine du genre sur le territoire », explique Maxime Beaufey d’Occitanie Films, bras armé de cette politique dans la région. « Trois équipes sont utilisées par « Demain nous appartient ». A titre de comparaison, un long métrage emploie une seule équipe au quotidien ».

Sète et Montpellier trustent le petit écran

Machines lourdes et audiences en rapport. Entre 3 et 4 millions de spectateurs par jour pour la série montpelliéraine « Un si grand soleil » qui bat désormais la mythique « Plus Belle La Vie », longtemps seule dans cette case des programmes. Audiences équivalentes pour l’autre navire-amiral « Demain nous appartient » tourné à Sète. Si on intègre à ce palmarès les autres fictions que sont Candice Renoir (sur France 2) ou Tandem (sur France 3), on voit que les paysages languedociens, en particulier Sète et Montpellier trustent le petit écran.

Un effet de levier joue à plein dans cette nouvelle filière. Satisfait de l’accueil qui lui est fait, Tel France le producteur de « Demain nous appartient » a lancé une autre quotidienne « Ici tout commence », tournée dans le Gard. Malgré son horaire, la nouvelle fiction, qui a pour cadre une prestigieuse école gastronomique, a démarré en trombe en flirtant avec les 4 millions de téléspectateurs !

« De Saint-Laurent d’Aigouze où est tourné « Ici tout commence » , à Sète pour « Demain nous appartient », en passant par « Un si grand Soleil » à partir des studios de Vendargues, cela fait, dans ce seul périmètre, l’équivalent de trois « Plus belle la vie », souligne Maxime Beaufey. Trois des quatre séries françaises diffusées tous les jours sur le petit écran sont tournées en Occitanie, sur l’ex-territoire du Languedoc-Roussillon. C’est unique en France ». Un accueil de plus en plus professionnel, des fichiers d’acteurs, de figurants et des prestataires performants, et ce que Delphine Ernotte, la pédégère de France Télévisions appelle « des élus volontaires et enthousiastes » participent au succès de cette télévision industrielle.

30 millions de retombées

Les retombées économiques sont chiffrées à une trentaine de millions d’euros dont la moitié concerne l’emploi. Jusqu’à 200 personnes travaillent au quotidien sur ces séries-monstres. 720 techniciens et 1051 comédiens ont été embauchés en tout en 2019 sur le territoire. Des retombées importantes aussi en terme d’hôtellerie et restauration. Et un stimulateur sans précédent pour le tourisme local. L’office du tourisme de Montpellier propose une balade dédiée aux lieux emblématiques de « Un si grand soleil ».

Moins bien mesurables, les bénéfices en terme d’image. Les séries expérimentent sans vergogne le placement de produit politique : dans « Un si grand soleil », on voit régulièrement les acteurs se prêter au jeu en vantant la filière thermale régionale, ou l’offre d’un portable aux lycéens par la région Occitanie dont le logo est omniprésent. L’aide de la collectivité est d’ailleurs exponentielle : la région a donné 4,2 millions d’euros en 2019 pour accompagner la création audiovisuelle, 4,7 millions d’euros en 2020. Une aide « symbolique » : les 300 000 euros annuels donnés à « Un si grand soleil » sont peu par rapport aux budgets colossaux de ce type de production. De son côté, plus discrètement, le Bureau des tournages de Montpellier facilite et accompagne les tournages qui représentent, en jours de tournage, presqu’un tiers de l’activité régionale. En 2019, « le territoire de Montpellier et de sa Métropole a accueilli 126 projets cinématographiques et audiovisuels soit plus de 540 jours de tournage sur l’espace public et 320 jours de tournage en studio, coordonnés par le Bureau d’accueil des tournages métropolitains« , selon un communiqué officiel.

100 000 euros par épisode

Mais de tels chiffres donnent le tournis à certains producteurs de documentaires en région. L’association RegardOcc se mobilise depuis plusieurs semaines en interpellant les élus régionaux sur une politique qu’ils jugent injuste à leur égard. On peut comprendre. Un seul épisode de « Un si grand soleil » excède le budget moyen de la plupart des documentaires, c’est à dire une centaine de millions d’euros…

« Une prospérité qui n’est pas prête de se tarir vu la longévité d’une série de référence comme « Plus belle la vie », commente Maxime Beaufey. En 2020, malgré le contexte sanitaire, les chiffres ne se sont pas effondrés. Les tournages ont repris sur des chapeaux de roue dès le 15 mai, à la fin du premier confinement. Par un effet de rattrapage, « il n’y a jamais eu autant de tournages que cet été 2020″. Le 2ème confinement, qui a vu, cette fois, les tournages autorisés, a fait affluer des équipes dans toute la région.

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