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La Sicile a un amour immodéré
pour les cimetières

Corinne Hyafil, journaliste Lokko, nous livre ce carnet de voyage en Sicile où elle s’est rendue avant le 2ème confinement par un vol Transavia direct Montpellier-Palerme . Une vision, un voyage, un texte bienfaisant.

 

 

 

L’arrivée à l’aéroport de Palerme a été mouvementée. Le loueur de voitures nous présente un monstre alors que nous avions réservé une toute petite voiture. Bataille, menace de tout laisser tomber, nous finissons par repartir avec une Clio noire flambant neuve. Spécialité sicilienne, personne ne contrôle la voiture au départ. A vous de prendre les photos avant de partir et de justifier que telle ou telle bugne était présente.

Le bord de mer magnifique, peuplé de bougainvilliers dégoulinant de fleurs de toutes les couleurs, les palmiers et la montagne éclairée par les reflets d’or du soleil laissent loin derrière nous les problèmes de carrosserie.

Nous quittons la route principale et arrivons à Terrasini. Ce village de pêcheurs typique a enflé au cours des décennies sous le vacarme des avions qui décollent et atterrissent à l’aéroport Falcone-Borsellino. Le nom de ces deux juges pourfendeurs de la mafia revient partout en Sicile comme un talisman pour se protéger des sociétés mafieuses qui gangrènent l’Ile.

Miracle de la gastronomie

Un restaurant de gastronomie sicilienne abrite notre dîner. Petite terrasse, vue sur la mer, une brise légère accompagne un vin blanc divin. Menu surprise du chef qui nous permet de découvrir la cuisine inventive d’aujourd’hui. La tomate et le parmesan, la ricotta et le fromage de brebis y sont omniprésents. Un délice de champignons, toutes variétés confondues et hachées menu, forme une crème parsemée de copeaux de truffes qui occupe le palais tout en douceur et en profondeur. Pour finir, le trio de pistaches, déclinaison de crème, d’entremets et de glaces me laisse en pâmoison. Une table familiale de Palerme se régale à ma droite et le jeune garçon déguste sa première truffe. Oh miracle de la gastronomie !

Marchand de paradis

Nous laissons le bord de mer pour la montagne. Sur la place du village de Graterri, c’est mercredi et le mercredi c’est le jour de Mikaële, vendeur de parmesan, jambon cru et cuit, graines sèches en tout genre, anchois moelleux, origan sauvage, tomates séchées.

Un paradis pour ma cuisine de l’hiver. Il est temps de faire des réserves. Tout le village passe par le camion de ce commerçant chéri par ces dames. On y vient goûter les nouveaux produits, picorer de droite à gauche dans les tas immenses de victuailles appétissantes. On y fait circuler tous les bruits du village et l’on y rigole en voyant le temps passer. Une vraie scène de cinéma italien des années 70. Un régal du palais, des yeux et des oreilles.

A l’ombre des cyprès

La Sicile a un amour immodéré pour les cimetières qui deviennent des musées où les statues d’albâtre d’une blancheur immaculée gardent le souvenir à jamais gravé dans le marbre de la beauté de ces vivants devenus morts.

Sous le soleil exactement, là où fatigués parfois par les grosses chaleurs qui s’abattent sur cette île magnifique, le touriste se plait à flâner dans ces lieux de mémoire et de tranquillité.

A l’ombre des pins marins et des cyprès qui prennent une légère courbure quand le vent les a taquinés dès leur plus jeune âge, les vivants aiment palabrer avec ces ancêtres qu’ils connaissent ou parfois ne connaissent pas du tout.

Sur les tombes immenses qui peuvent aller jusqu’au mausolée, les familles s’incarnent dans de petits médaillons blancs et noirs.

Le cimetière de Paterno

De passage dans le cimetière de Paterno, en route pour les foudres de l’Etna, je me suis régalée à faire connaissance avec des familles entières, à imaginer leur parcours, leur hérédité, leurs chemins de vie !  Parfois, plus de dix générations réunies sous le même toit. Un océan pour l’imaginaire.

Ce petit ange sur cette tombe à droite de l’allée principale, Raphael, n’est resté que quelques jours sur cette terre mais le cimetière garde à jamais sa statue de marbre blanc et son sourire enchanteur. Une jeune femme touchante repose debout, fière et resplendissante statue qui garde un œil bienveillant sur cette famille qu’elle n’a connue que le temps de ses vingt ans.

Un peu plus loin, un grand jeune homme d’albâtre, un livre à la main, sourit. Que lui est il arrivé ? Pourquoi si jeune, pourquoi ?

La gueule du monstre

Nous reprenons la route. Au loin les fumées de l’Etna colorent le ciel.

Demain nous grimpons sur les pentes du monstre.

Sur la route qui nous rapproche de la gueule fumante, au sortir d’un tournant, s’offre à nous le spectacle de ce qui fut une maison mais n’est plus qu’un tas de pierres enseveli sous la lave. Et oui, il suffit d’un grondement du monstre qui envoie ses boulets fumants et de nous il ne restera plus grand chose.

Si depuis quelques jours que nous naviguons en Sicile nous rencontrons peu de touristes, au pied du téléphérique le parking est rempli de cars et de voitures. Il y a les sportifs, knickers, chaussures de montagne et casques en meute derrière le guide. Les vaillants qui snobent le téléphérique et gravissent à pied les différentes étapes et les badauds dans notre genre qui viennent pour voir au moins une fois dans leur vie ces volcans bien vivants qui transforment le sol en plages grises et pelées comme la lune.

Arrivée en haut du téléphérique, le sable gris et crissant nous invite à la montée. Autour de nous pas le moins petit vermisseau ni brin d’herbe. Tout est désert, un désert gris cendre qui s’étend à l’infini. La fumée s’épaissit, et en quelques secondes, le sommet disparaît à nos yeux. Il ne reste plus que le gris des nuages qui se reflètent dans le gris du sol.

Je rêve de retrouver les couleurs de la plaine et la douceur des bords de mer. Il est temps de redescendre à notre voiture et de quitter cette cheminée de géant toujours en activité dont la gueule ne ferait de nous qu’une bouchée.

Le parc des Madonie au parfum de Panettone

Le village de Castelbuono, niché au cœur du parc naturel des Madonie, à l’ouest de Palerme, s’exhibe en haut d’un rocher et nous offre une vue imprenable. La végétation luxuriante décore les pans de montagne où sont fabriqués depuis les années 50 les meilleurs Panettone de Sicile. Il s’en exporte des milliers chaque année partout dans le monde : la diaspora italienne ne saurait passer Noël sans son Panettone Fiasconaro.

Pourtant la Lombardie revendique la paternité de cette sorte de brioche aux raisins secs et fruits confits inventée au Moyen-Age et qui porte le nom de son créateur Toni : le pain de Toni est devenu Panettone.

Marie-Jeanne en sachet

Déambulant dans les rues tortueuses de Castelbuono où les fontaines poussent comme des champignons et les glaces à la pistache embaument de leur parfum mes papilles asséchées par le soleil, j’ai poussé la porte d’un tabac. Et là quel ne fut pas mon étonnement de pouvoir acheter en sachet du cannabis. Certes fort peu dosé en THC mais avec la bénédiction de l’Etat italien.

Outre un château du Moyen-Age, une crypte m’a enchantée. Sur les murs, des dessins de la Renaissance s’offraient à mes yeux incrédules. J’étais seule, aucun touriste n’avait compris qu’il fallait descendre dans cette crypte pour admirer de merveilleuses peintures encore en très bon état.

Le pouvoir de la granita

En rentrant nous avons bu une granita de lemon (citron) à Isnello, joli village tout en hauteur qui abrite l’un des centres d’observation des étoiles les plus importants d’Europe. Sur la place du village, les hommes se retrouvent et discutent qui sur son banc, qui sur sa Vespa. Les Siciliens sont petits de taille et je m’interroge sur l’univers différent qui se crée selon que les hommes soient petits ou grands.

Les jours suivants, plutôt que de descendre rôtir sur la plage de Cefalù quelque vingt kilomètres plus bas ou aller visiter la vallée des temples ou les mosaïques bizantines de la chapelle royale à Palerme, j’ai passé mes journées à siroter des granita lemon en regardant le temps passer comme il sait si bien le faire sur la plus grande île de la Méditerranée.

Boumerang locatif

De retour chez moi, dans les monts d’Orb, magnifique et méconnu arrière-pays de l’Hérault, alors que je faisais une sauce spéciale embaumant l’origan de Sicile, un courrier de l’entreprise de location me demandant 280 euros pour égratignure sur la porte arrière me laissa un arrière goût qui gâcha quelque peu mon repas du soir !

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Sahaguian
Sahaguian
10 mois il y a

Je me suis régalée à lire ce récit de voyage, accompagné de photos généreuses. Envie d’évasion… Qui n’est pas soumis à ce désir aujourd’hui. Merci Corinne.

Harivel
Harivel
9 mois il y a

Excellent ! Hum ! Bravo ! Et l’huile d’Olive ? Moi c’est 7 litres tous les ans pour accompagner mes plats. À bientôt pour d’autres aventures. Merci !

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