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Henri Gougaud, le raconteur d’histoires
qui s’en laisse toujours conter

Jean de Laguionie a lu les mémoires du carcassonnais Henri Gougaud, le pape français du conte, également parolier de Gréco, Ferrat, Reggiani, qui évoque son enfance sous l’Occupation, les cabarets de la rive gauche, et son travail sur la tradition orale du conte.

 

 

Sur la couverture de son dernier ouvrage, il pose pipe au bec. Celle peut-être que lui a offerte son maître ami Georges Brassens de 15 ans son aîné, si ça se trouve. A charge pour notre chanteur -pas encore conteur ni écrivain- d’alimenter la dite pipe à coup de tabac gris, celui-là même qui lui “chagrine les poumons”. Brassens qui l’avait pris en première partie d’un des longs séjours qu’il rendait périodiquement à Bobino. tout comme il l’avait fait avec Christine Sèvres, épouse Ferrat à la ville, et qui eut la saugrenue idée de quitter le plancher des vaches dans la foulée (3 ou 4 jours après) du créateur de des “copains d’abord”. Tout comme ce drôle de loustic de Roger Riffard qui avait précédé son ami de 24h dans l’au-delà. De Riffard, il n’est pas question dans “J’ai pas fini mon rêve”, en revanche on y croise un tas d’autres ex-collègues abonnés également à courir le cachet de cabaret en cabaret.

Paris, ma rose

Pas pour rien si le cinéaste Yves Jeuland -natif de la cité aux remparts, lui aussi- l’avait choisi pour ouvrir le bal de son passionnant documentaire : “Il est minuit Paris s’éveille”. On y croise Francesca Solleville et (donc) Christine Sèvres mais aussi Barbara et côté hommes hormis Brassens, Ricet-Barrier, René-Louis Laforgue, Jean-Pierre Suc (cf cet article de LOKKO, pour en savoir davantage), Boby Lapointe, Pierre Maguelon dit “Petit Bobo”, Maurice Fanon, Léo Noël, Jean Yanne du duo Pierre Richard & Victor Lanoux, Bernard Dimey mais aussi Albert Vidalie, écrivain et parolier à qui l’on doit l’immortel “Les loups” chanté par Serge Reggiani. Reggiani qui empruntera aussi à Gougaud son magnifique “Paris ma rose”. Figurant sur le premier album du comédien devenu chanteur.

Où est passé Paris ma rose?
Paris sur Seine la bouclée…
Sont partis emportant la clé
Les nonchalants du long des quais
Paris ma rose”.

Un regret : pas d’évocation d’Hélène Martin, chanteuse et musicienne mais aussi productrice des disques du Cavalier où il a gravé au moins 3 disques, dont celui où il rend hommage aux troubadours.

Occitan de racine, Gougaud chantera aussi en patois d’oc quoique se posant des questions sur le renouveau de la langue chère à René Nelli, un autre natif carcassonnais grand spécialiste du Moyen-Âge. Invité un jour dans les studios de “Divergence FM”, rue des mouettes dans le quartier de La Pompignane, après sa prestation de la veille sur la scène du “Théâtre des 13 Vents”, il semblait intéressé par le coup de jeune donné à langue ancestrale de ses aïeux par les Fabulous Trobadors et autres Massilia Sound System. Avec toutefois cette interrogation : “Comment peut-on danser sur l’évocation du massacre des albigeois ?” Pas évoqué non plus, l’autre mercredi soir, chez François Busnel dans “La Grande Librairie” (le 17 mars dernier) : Hélène Martin, alors qu’il était question des troubadours et qu’elle est décédée le 21 février dernier.

Henri Gougaud, auteur de chansons, a concocté, tout comme l’héraultais Jean-Claude Carrière, un plein album pour dame Gréco. Et écrit quelques complaintes pour Jean Ferrat : le merveilleux “Un jour futur” par exemple, tout comme la chanson “La mâtinée” chantée en son temps par le couple Sèvres-Ferrat. Du reste le titre de son livre souvenir raconté à Aurélien son fils : “J’ai pas fini mon rêve” n’est rien d’autre qu’un emprunt à la dite chanson.

Elle :”La matinée se lève
Toi debout, il est temps
Lui : Attends encore, attends
J’ai pas fini mon rêve”

De Rûmi à la radio

Dans le présent ouvrage, il est aussi question de Rûmi (1207-1273) : le poète mystique persan qui a profondément influencé le soufisme, et que Gougaud tient en haute estime. De Jean-Marc Roberts qui fut son premier éditeur au Seuil -désormais et depuis le début du siècle HG est édité chez Albin Michel-, du producteur Olivier Poubelle qui a monté Astérios production (Thomas Fersen/Olivia Ruiz/Sanseverino/Têtes Raides..) mais au départ grand amateur et défenseur des conteurs (Gougaud/Yannick Jaulin…), de Gilbert Millet (pas nommé mais reconnaissable), le maire communiste d’Alès entre 1985 et 1989 et qui proposa à Gougaud de monter le festival de la parole. Du peintre argentin Luis Ansa, de Lanza del Vasto (1901-1981), disciple de Gandhi et fondateur de la communauté de l’Arche. De Claude Villers aussi. Les personnes de plus de 50 ans ne peuvent oublier que Gougaud a tâté un jour de la radio sur invitation d’abord de l’animateur/producteur de “Marche ou rêve” et de “Pas de panique”.

Écolo avant la mode

Évocation de Pierre Fournier aussi (1937-1973), génial fondateur du premier organe de presse écolo “La Gueule Ouverte” : le journal qui annonce la fin du monde et n’a guère survécu au décès de son créateur, décédé à seulement 35 ans par suite d’arrêt cardiaque. Gougaud, grand écolo avant la mode, y signera des chroniques tout comme dans “Pilote”.
Question aussi de la psychanalyste Marie-Louise von Franz dont lui a parlé le psychologue jungien Etienne Perrot, du poète, parolier et dessinateur Jacques Yonnet, de la fédération anarchiste et de son animateur Maurice Joyeux. Gougaud ayant partagé la scène de la Mutualité en compagnie d’un certain Léo Ferré, le temps d’un gala de soutien aux ennemis de l’ordre établi. Évocation aussi des traversées. Celle de la guerre (Gougaud est natif de l’année du “Front Populaire”) et des villes, Toulouse, Lyon et puis Paris. Il n’a pas fini de rêver. Et nous avec lui.

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