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Vaccin AstraZeneca : mais quelle plaie que la force de l’angoisse collective !

Marie Urdiales est l’auteure de la série drôlissime « Plus jamais ça ». Là, elle écrit dans un registre un peu différent (mais toujours avec humour) sur son expérience de vaccinée heureuse (et sans effet indésirable) à l’AstraZeneca.

 

 

Aaaah ! La force de l’angoisse collective ! Oh boudiou ! Mais quelle plaie que la force de l’angoisse collective ! Contagieuse, mais à un point ! qu’on se retrouve à flipper de trouille à l’idée de devenir le 19ème mort par thrombose vacciné avec AstraZeneca, au lieu de se dire que, statistiquement, on a plus de chances d’être du côté des 25 millions qui ont survécu ! Une petite poussée de fièvre à peine, seule face à l’hystérie du Groupe. Mais depuis quand les angoisses des autres gèrent-elles ma vie, je vous l’demande…

Comme souvent, elle fut cette fois encore l’annonciatrice d’emmerdes en la matière, j’ai nommé : ma mère. Grande hypocondriaque devant l’éternel, cette femme pourtant censée me protéger avait commencé sa préparation psychologique dès l’annonce du premier mort par thrombose en pays nordique. Le jour même, je recevais un message se terminant sur un lugubre :

-« Fais attention à toi ! »

Ça m’apprendra. Il faut savoir qu’à la base, ma mère, je ne lui raconte pas grand chose de ma vie, justement pour éviter ces débordements optimistes dont elle fait régulièrement preuve. Mais là, mue par je ne sais quel sens civique, j’avais décidé d’annoncer à tout mon entourage que j’allais être vaccinée, pensant ainsi encourager les quelques récalcitrants à suivre mon exemple.

En France, y a des trucs qui fonctionnent

Comprenons-nous bien : bien qu’équipée d’un sens critique en bon état de fonctionnement, j’ai tendance à faire confiance à notre système de santé. Et même : je remercie régulièrement mon destin de m’avoir fait naître à une époque et dans un pays où je peux me faire retirer une dent de sagesse sans ingurgiter un litre de whisky, ne pas tomber enceinte si j’en ai pas envie, ou prendre un cacheton adapté si j’ai ingurgité un litre de whisky, la veille. Donc le vaccin anti-covid, moi, j’étais tellement pour que j’ai supplié mon médecin de me mettre sur une liste d’attente pour être vaccinée plus vite, jusqu’à ce que la Sécu réalise que je faisais partie de « + 50 comorbides » grâce à mon asthme, et me donne son feu vert. Deux jours plus tard, j’avais déjà rendez-vous pour ma première dose, comme quoi même en France et quoi qu’en disent les râleurs, y’a des trucs qui fonctionnent. J’avais donc annoncé la bonne nouvelle à tous mes contacts.

Sauf que parfois, le destin décide de se mêler de mes affaires et là, ça se gâte : le 15 mars à midi pile je recevais ma première dose d’Astra Zeneca, et à 15 h, paf l’Astra ! La vaccination en mode britannico-suédoise était provisoirement suspendue, pour suspicion d’effets secondaires graves à mortels. Y’a des jours comme ça…

Un troupeau de Cassandre

Dans la mesure où j’avais fini par bloquer ma mère sur mon téléphone, je pensais être tranquille. Mais las ! Entre la copine angoissée qui m’envoyait un message quotidien pour vérifier que je « fais attention à moi » (au point d’être carrément encore en vie) une tante lointaine qui m’appelait pour me parler de ce variant breton qui avait fait huit morts en 24 h (sachant que je suis Morbihannaise et que selon tata, je devais faire encore plus attention à moi), et les algorithmes défaillants pour qui mes seules sources d’intérêts semblaient être, soudain, la nouvelle vie de Harry et Meghan et les ravages vaccinaux, franchement : moi qui n’avais fait à peine qu’une petite poussée de fièvre après mon vaccin, je fus à deux doigts de me rendre malade, à cause de tous ces angoissés du bulbe qui ne trouvaient rien d’autre à faire que de partager leurs angoisses.

Que les choses soient claires : que les gouvernements européens décident de suspendre les vaccinations pour s’assurer que les effets secondaires présumés n’en sont pas, je peux le comprendre, et ce sans hyperventiler. Mais qu’on me donne l’impression que tout le monde autour de moi cède à la panique pour quelque chose qui existe depuis toujours -les effets secondaires- ça j’ai du mal. Parce que le 17 mars, soit deux jours après mon vaccin, alors que je guettais chaque fourmillement en me demandant si oui ou non, c’était déjà le début d’une attaque thrombotique (et si oui : un truc qui commence dans le genou peut-il réellement remonter au cerveau?) le 17 mars donc, je lisais qu’il y avait eu un cas sur un million de vaccinés en France. 30 cas en tout sur plus de cinq millions de personnes vaccinées en Europe. En GB : 38 cas sur 9,7 millions. Le 12 avril, on pouvait lire sur le site de Ouest-France que « parmi les 25 millions de personnes ayant reçu le vaccin AstraZeneca en Europe, l’EMA a identifié 86 cas de thromboses, ayant conduit à 18 décès ».

0,0006% de risque

Sur celui de France Info, j’ai lu aussi que « en fonction des premiers chiffres, on estime que le risque de faire une thrombose après avoir été vacciné contre le coronavirus est de 0,0006% alors que le risque de faire une thrombose en prenant la pilule est de 0,06%. La pilule est donc sur ce point 100 fois plus dangereuse. ».

Cela n’a empêché personne d’interdire le stérilet aux nullipares pendant des années, du moins en France. Pas plus que les 3239 décès de la route (chiffre officiel du Gouvernement, rien qu’en France en 2019) n’empêchent les 39 millions de voitures de rouler chaque jour. Parce que c’est comme ça : la vie est ainsi faite qu’elle comporte pas mal de risques. Je le sais, je l’accepte (plus ou moins bien selon les jours). Le problème, à mon humble avis, est que nous avons accès à beaucoup trop d’infos, qui nous donnent l’impression de savoir des choses, alors qu’en réalité, nous avons juste les infos, mais pas (toujours) les compétences pour les déchiffrer et les interpréter correctement. Et encore : quand nous ne nous contentons pas de survoler les gros titres sur les sites Internet. Trop d’infos, pas assez d’humilité, et en face, personne pour gérer intelligemment. Trop de spécialistes tuent le recul nécessaire.

Bref : en attendant qu’on en finisse avec cette « crise sanitaire », merci de ne pas me fourguer vos angoisses en plus des miennes ! Parce que là, la situation stupide dans laquelle je me trouve, c’est que les moins de 55 ans vont recevoir une seconde dose d’un autre vaccin que l’AZ, même s’ils ont parfaitement supporté le premier. Or moi, le jour de ma seconde dose, j’aurai 54 ans et 11 mois. Et je refuse d’angoisser à l’idée de me faire un mauvais trip ARN, alors que l’Astra en moi, c’est passé tout seul. Je fais comment, là, pour « faire attention à moi »?!

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Hélène HONNORAT
Hélène HONNORAT
3 mois il y a

Bravo pour votre détermination et pour votre humour ! Je me suis fait vacciner à ‘l’Alka Seltzer », comme dit un ami qui l’a fait aussi, APRES la suspension et en toute connaissance de cause. Pas le moindre effet secondaire. J’attends la 2ème injection, de ce vaccin ou d’un autre… Au chapitre des statistiques, j’ai d’ailleurs entendu qu’on avait beaucoup plus de risques de se faire foudroyer par temps d’orage que de mourir d’un coup de vaccin ! Et puis le décès par embolie, a priori, c’est une mort « propre » et rapide, on ne reste pas grabataire ou légume pendant des années… donc, pas de panique, même si je préférerais que ce ne soit pas pour tout de suite (la maison n’est pas rangée !). Amitiés. HH

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