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Dimoné : « artistiquement, je vis la période comme une aubaine »

« Durant cette pandémie, l’introspection s’est emparée de moi, j’ai écrit plus qu’à l’ordinaire, j’ai eu un enfant » : ITV LOKKO de Dimoné, à l’occasion du concert en piano-voix donné avec Jean-Christophe Sirven, le 15 avril au théâtre Jean Vilar. Celui qui a trempé ses armes dans le bouillon rock alternatif montpelliérain de la fin des années 80 et vit désormais dans les PO, se confie à Alix Odorico entre introspection et espoir, mélancolie et optimisme.

 

 

LOKKO : Ce sont vos retrouvailles avec Jean-Christophe Sirven et le piano voix, pourquoi revenir vers ce format ?

DIMONÉ : On avait parlé d’un chemin piano-voix il y a longtemps tous les deux. Mais pour un concert d’une heure, il faut trois jours de tension. Trois jours à se mettre en condition, à préparer le matériel, moi et mes guitares, et lui avec ses claviers et ses effets. Ensuite, il faut voyager avec tout ça. Puis on s’est dit qu’un jour, on ferait une tournée au format piano-voix, mais en y allant les mains dans les poches ! Entre-temps, il y a eu l’aventure avec Kursed. Et aujourd’hui, on s’est dit : allez, c’est parti !

         

« C’est comme si je ressentais un manque de crédibilité »

Vous dites que vous avez fui le piano-voix pendant plusieurs années. Aujourd’hui, êtes-vous davantage décomplexé face à ce style ?

Pendant des années, je n’arrivais pas à me situer et j’avais envie de justifier mon investissement pour le rock, bêtement. C’est comme si je ressentais un manque de crédibilité en moi alors que finalement, j’étais prêt. Bien que l’écueil de faire du piano-voix à la papa reste un format sur lequel s’appuyer pour ne pas faire pareil. Mais ce n’est pas grave, ce n’est qu’un outil et ça me plaît de le stigmatiser comme un instrument bourgeois (rires).

Et vous voici donc au piano-voix, mais sans public, pourquoi avoir tout de même fait ce concert ?

Je voulais aller au bout, et faire ce qui était prévu. Aujourd’hui, nous sommes en apnée donc j’attendais de ce concert qu’il se fasse, que l’on puisse travailler, dénué de sentiment et d’émotion, tout simplement. J’étais dans une démarche sportive, disons (ici, en photo dans les coulisses du théâtre Jean Vilar de Montpellier).

Vous y avez joué de nouveaux morceaux. Ont-ils influencé la thématique générale du concert ?

J’en ai joué six, oui. J’ai tiré mes textes d’extraits d’un recueil poétique qui est sorti cette année : Qu’est-ce qu’elle a la biche à ne pas s’enfuir quand je passe à 110. Cela s’inscrit dans une thématique surréaliste teintée d’un sentiment d’étiolement et de disparition, quelque chose de l’ordre du temps qui passe.

         

« La mélancolie est mon endroit de travail »

On sent en vous aussi beaucoup de mélancolie, c’est votre terrain de jeu ?

La mélancolie est mon endroit de travail, il faut dire que le piano-voix accentue beaucoup ce sentiment. Disons que je trempe ma plume dans la mélancolie.

Cette sortie cacherait-elle un nouvel et sixième album ?

Je ne sais pas si on peut appeler ça un nouvel album, mais plutôt un recueil de chansons que je présenterai peut-être en format live. Il n’y aura pas de passage en studio. J’ai envie que cette forme piano-voix n’existe que pour les concerts, la spontanéité, l’image, et le présent que l’on capture…

         

« Les concerts ne me manquent pas »

Ce présent justement, comment faites-vous face à la situation actuelle et ce manque de perspectives ?

Certains événements récents ont donné raison à la vie que je désire mener plutôt qu’à celle qui m’était imposée par le confinement. D’un coup, l’introspection s’est emparée de moi. J’ai écrit plus qu’à l’ordinaire (un recueil de poésie, ci-dessus), j’ai eu un enfant, je me suis questionné sur mon boulot de chanteur et j’ai trouvé le temps d’y réfléchir.

Il est évident qu’exercer pleinement mon métier me manque. Je vais continuer ma carrière de chanteur, puis j’ai tout de même envie de rejouer et de revoir les copains, mais personnellement, aller jouer plus que ça, non. Et les concerts ne me manquent pas. Je me sens solidaire des cafés et des restaurants, des précaires, quels qu’ils soient. Artistiquement, je le vis la période comme une aubaine.

Mais si j’avais 15 ans aujourd’hui, je n’aurais certainement pas fait de musique puisque je n’aurais pas pu la partager. Gérant d’un bar clandestin m’aurait plu, ou peut-être que je me serais lancé dans la peinture. Après réflexion, ce qui est imposé aujourd’hui ne me donne pas envie de me battre.

Est-ce que cette introspection, qui s’est manifestée durant la crise du Covid-19, a changé votre rapport à l’écriture et à l’interprétation de vos titres ?

Je ne pense pas, non. Je ne veux pas accorder d’importance à ce climat. Mes textes d’aujourd’hui ne sont pas liés à cette période, mais plutôt au temps qui avance, et aux événements que l’on traverse qui peuvent me changer.

         

« Il y a une certaine période de sommeil dans le rock montpelliérain »

Vous connaissez bien la scène rock montpelliéraine depuis plus de 20 ans. Quel regard y portez-vous aujourd’hui ?

Il y a une certaine période de sommeil. Il y a eu de belles années et de la réussite, avec les premiers albums d’OTH, symbole d’une subversion qui pour moi est un carburant premier. Cependant, il manque un état d’esprit assez kepon (punk, ndlr) à la ville aujourd’hui. Je trouve qu’il y a une certaine envie de séduire qui semble plus importante que l’envie d’être. Il y a aussi l’envie d’y arriver par des moyens plus officiels qu’officieux. Montpellier fonctionne beaucoup avec l’idée d’appareil, et je fonctionne comme cela aussi mais je suis aussi friand de choses alternatives. (Ci-dessus, son 4ème album : « Bien hommé mal femmé »).

Dans le passé, en 1988, il y avait la salle Victoire 1, c’était les débuts avec OTH et Georges Frêche qui a ouvert la ville au rock. Victoire 1 représentait la considération de cette contre-culture au sein du gouvernement. Puis nous sommes passés du statut du non vers celui du oui avec l’ouverture de la dernière SMAC (Scène de musiques actuelles) de Nîmes : la Paloma. Tout cela est devenu culture, quelque chose de considéré avec toute une économie derrière et des réflexes différents de 1988. Le rock dit alternatif est devenu mainstream. C’est simplement un constat, et non un regret. Mais dès que le terme de musiques actuelles a été nommé, il y a eu une perte de spontanéité, la démarche s’est structurée et s’est faite accompagnée.

Une scène en sommeil, vraiment ?

Je cite une phrase de OTH: “La France dort d’un sommeil profond et léthargique (…) Rien à faire pour la réveiller”, c’est déjà ce qui a été chanté il y a plus de 20 ans, c’est une thématique colérique pour réveiller le bourgeois. Mais La scène d’aujourd’hui existe et va se réveiller, je la connais très bien et elle est en renouveau. Ici, il y a des artistes comme Bob passion ou Lisbone qui osent et procurent des sentiments qu’on pouvait croire jusqu’à présent ne mettre que dans la mièvrerie. La scène rap et hip-hop se manifeste aussi. Personnellement, j’ai tendance à préférer les choses inconnues, ancrées dans l’underground car il s’y passe beaucoup de rêverie et d’espoir.

Quel bilan faites -vous après 20 ans de carrière et 5 albums ?

Je me trouve naïf, con et je trempe ma plume dans la mélancolie. Je suis un indécrottable optimiste.

 

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