Scop et 3D : un mariage inédit, à Nobody Studio

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Peu répandue dans le secteur de l’audiovisuel (*), la structure de SCOP a été adoptée par Nobody Studio, studio de production spécialisé dans la 3D, créé à Montpellier en 2020 par Sébastien Chort et Grégory Jennings, deux professionnels de haut vol venus de Los Angeles qui ont à leur actif des collaborations prestigieuses sur « Shrek », « Kung Fu Panda », « Gravity » ou encore le jeu vidéo « Assassin’s Creed ». Gouvernance partagée, transparence sur les salaires, horaires libres : l’ITV LOKKO de Emma Gérard, qui a tout récemment rejoint l’aventure comme studio production manager.

 

 

LOKKO : Pouvez-vous nous présenter Nobody Studio ?
EMMA GÉRARD : Nobody Studio est né de l’association de Sébastien Chort et Grégory Jennings. Tous deux ont fait leurs armes dans de grands studios américains, en travaillant sur des projets variés et emblématiques dans le domaine du dessin animé. Que ce soit dans le dessin animé, le cinéma ou le jeu vidéo, le studio intervient sur des missions qui arrivent plutôt lors des dernières étapes de création d’un projet, à la fin de la Timeline. Nous sommes spécialisés dans le Lighting (l’élaboration des sources de lumière dans le logiciel 3D pour éclairer les éléments de l’image) et le Compositing (regroupement dans l’image de divers éléments visuels et effets spéciaux).

LOKKO : Comment a été créé le studio ?
EMMA GÉRARD : Il y a un an, Sébastien Chort et Grégory Jennings reviennent en France après avoir travaillé à l’étranger, dont Los Angeles, pour de grands studios internationaux. L’une de ces entreprises a décidé de confier une partie de la production de cinématique de jeux vidéo à Nobody Studio. Grâce à cette première commande, le chiffre d’affaires de l’entreprise a très rapidement augmenté. Ils ont pu investir dans les locaux, dans l’achat du matériel, du parc informatique etc. D’ici un mois, l’équilibre financier de l’entreprise devrait être atteint.

« Montpellier est devenu un véritable pôle attractif »

LOKKO : Pourquoi Montpellier ?
EMMA GÉRARD : Les deux co-fondateurs sont français et désiraient revenir au pays. Montpellier soutient énormément les innovations, notamment dans le secteur de l’audiovisuel. La ville est devenue un véritable pôle attractif et de nombreuses entreprises audiovisuelles choisissent d’y venir. En trois mois, cinq autres sociétés sont venues s’installer dans le HUB ! Il y a de la demande, des gens compétents…

LOKKO : Pourquoi avoir opté pour ce modèle atypique de SCOP ?
EMMA GÉRARD : Ce statut de SCOP (Société Coopérative de Production) fait partie de l’ADN de Nobody Studio. Sébastien et Grégory voulaient un format qui corresponde à leurs idéaux de fonctionnement et de conditions de travail. Trente ans d’expériences dans le milieu de l’audiovisuel leur avait permis de déterminer quelles sont les limites du secteur, les problémes qui peuvent exister en interne dans des schémas d’entreprises « classiques » et qu’ils voulaient éviter.
Pour eux, l’épanouissement de l’artiste est fondamental dans le travail. Le format de SCOP était ce qui correspondait le mieux à leur vision, notamment en ce qui concerne l’accessibilité au sociétariat. Ils voulaient à tout prix sortir de cette hiérarchie très pyramidale qui existe dans les entreprises classiques : un dirigeant, des salariés, des échelons…Concrètement, la parole d’un artiste ayant travaillé pendant deux mois à Nobody Studio aura le même poids que celle d’un autre qui y a travaillé deux ans. Chaque premier lundi du mois, nous organisons une « réunion SCOP » durant laquelle nous établissons un état des lieux concernant les besoins de chacun, d’abord en groupe puis individuellement.

« La SCOP, c’est un homme = une voix »

Chaque employé ayant travaillé trois mois dans la société peut choisir d’investir et de détenir ainsi des parts de cette dernière. La logique de la SCOP réside dans le fait que chaque personne souhaitant s’investir dans le sociétariat peut accéder à la gouvernance de l’entreprise. Tout le monde a le droit de s’exprimer, d’être entendu. C’est un principe de démocratie. Nous vivons aussi très librement : nous ne respectons pas un format à horaires fixes. Ici chacun est libre de s’organiser et d’adapter ses horaires tant que le travail est fait à la fin de la journée.

Important aussi : la transparence. Tous les collaborateurs ont accès à une base commune d’informations comprenant notamment le montant des salaires de tout le monde.
Pour le moment, nous sommes encore « dépendants » de nos clients dans le sens où nous devons respecter un cahier des charges et répondre aux exigences d’un directeur artistique extérieur. Mais l’objectif de Nobody Studio est de réaliser ses propres productions et que chaque artiste puisse avoir son mot à dire dans l’orientation artistique des projets.

Des salaires plus élevés

LOKKO : Le format SCOP implique-t-il que l’ensemble de l’équipe a la même rémunération ?
EMMA GÉRARD : Les artistes sont payés selon le principe du day-rate (soit « forfait par jour »), valorisé en fonction des années d’expériences et de leur spécialité. Les co-fondateurs et moi-même avons des salaires mensuels étant en CDI. Toutes les formes de contrat (CDI, CDD, intermittence, freelance) sont possibles avec une SCOP. Mais la voix d’un artiste intermittent a le même poids que celle d’un fondateur. Il peut tout à fait, s’il le souhaite, prendre part aux décisions concernant l’entreprise. À partir du moment où le contrat est signé, le signataire a accès aux droits de la SCOP. Par exemple, nous n’avons pas de primes individuelles. Avec mon métier, j’aurais pu avoir des « primes sur objectif », mais ça ne coïnciderait pas avec la mentalité de la SCOP [car cela voudrait dire que je récupère une partie des bénéfices quand tout le monde a travaillé sur le projet]. À la fin de l’année, la répartition des bénéfices est proportionnelle au temps travaillé.
Le fonctionnement d’une SCOP engendre un cercle vertueux : ce système nous permet de garantir une vraie qualité de vie grâce à une politique salariale élevée. De nombreux talents sont attirés par ce fonctionnement et les candidatures sont nombreuses… Cette philosophie d’entreprise attire !

 

Lien pour le site de Nobody Studio, ici

 

A la UNE : l’équipe de Nobody Studio dans ses locaux, un petit écrin de verdure à deux pas du parc Clémenceau partagé avec d’autres entreprises audiovisuelles comme Audio Workshop. Grégory Jennings, Emma Gérard et Sébastien Chort (de gauche à droite) sont photographiés dans la cour intérieure.

 

« Love, death and Robots » sur Netflix

« Love, death and Robots » : sur cette série signée Netflix, le studio montpelliérain a réalisé le « realistic lighting », une technique pour rendre tous les personnages plus réalistes, pour que le spectateur ait l’illusion du réel alors qu’il regarde en réalité de la 3D.

 

(*) Les Fées spéciales à Montpellier est une société également constituée en Scop.

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