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Au Printemps des Comédiens : Warm Up, des promesses et des révoltes

Warm Up est un festival dans le festival, en amont du Printemps des Comédiens, consacré à du théâtre en chantier provenant en majorité de compagnies régionales. Il a eu lieu ce week-end des 5 et 6 juin. Des brouillons de théâtre et déjà de belles propositions en devenir.

 

 

Que c’est bon de reprendre le chemin du théâtre. Il faut garder son masque même pendant les représentations et laisser 2 places entre chaque spectateur. Mais ces contraintes (infiniment délicates à gérer pour les organisateurs) sont bien acceptées.

Le metteur en scène montpelliérain Julien Bouffier dont “La foule”, création sur le drame du Heysel inspirée du livre de Laurent Mauvignier, figure dans le In (à partir du 18 juin) a créé ce festival il y a 4 ans. Warm Up c’est l’échauffement, c’est rendre visible “des étapes de création”. Revue de ce qui a été vu.

Le théâtre est rarement du côté du bonheur. Est-ce la pandémie et la trace d’un secteur particulièrement touché ? Les créations sont engagées, virulentes mais elle l’étaient avant le Covid. Le festival se fait depuis des années la vitrine d’un théâtre collectif et politique, émanant des nouvelles générations. On verra ce qu’il en est à la fin du festival.

-Dans le désert, l’espoir

Roxane Borgna (photo à la UNE) a plutôt réussi son examen de passage. Un accueil très favorable a été fait à sa proposition en cours, qui est le résultat de sa collaboration avec Benoît Bohy-Bunel, professeur de philosophie, théoricien radical du capitalisme “spectaculaire”, fondateur du collectif “Crise et Critique” qui élabore une “critique impitoyable de tout ce qui existe”.
Avec lui, elle a élaboré cette forme théâtrale non narrative qui présente la substance de grands théoriciens comme Hannah Arendt, Edgar Morin, Walter Benjamin et Simone Weil. D’aussi grandes pensées à réciter font-elles du bon théâtre ? Des accents déclamatoires et des chants inégalement assurés s’offrent durant les premières minutes mais une singulière théâtralisation de ces textes insurrectionnels finit par s’imposer. Ce n’est pas de la danse qui parle ni du théâtre chorégraphié, c’est plutôt de l’ordre de la “mise en corps” : belle formule très justement incarnée par Mitia Fedotenko et un trio percutant de femmes : Roxane Borgna, Fanny Travaglino et Anna Andreotti. Ce sont les corps qui portent l’indignation.

-Katherine Poneuve

Lara Marcou est une des révélations de ce Warm Up. Artiste venue de Normandie, et installée depuis peu à Saint-Laurent-le-Minier, elle propose un solo sur une femme qui a déserté sa vie d’épouse et de mère. En voix off : un mari laisse des messages inquiets sur son répondeur. Elle les ignore, nue dans la pénombre, elle est en quête d’elle-même, occupée à construire des imaginaires extra-conjugaux, s’accompagnant au piano d’une voix mordorée. Un pétage de plomb, un aller-simple vers soi qu’elle dit inspirés des féministes américaines mais nous parle infiniment…

-Juillet 1961

Françoise d’O est autrice, actuellement en résidence en Martinique. C’est son texte qu’elle interprète avec l’actrice Lydie Duvivier, largement nourri des “des grandes flambées raciales” américaines, en particulier à Chicago dans les années 60 qui est son point de de départ. Deux femmes, noire et blanche, deux conditions qui se croisent dans un texte magnifique en cours d’édition. Si l’on y évoque le sang -noir- qui coule de la bouche des pendus victime de la barbarie blanche, “Juillet 1961” résonne efficacement de tous les destins écrasés. Accompagnement musical de luxe pour ce projet, de deux innovateurs du jazz, Sylvain Darrifourcq et le très coté Roberto Negro, lauréat des Victoires du jazz 2018 dans la catégorie “Album sensation de l’année”.

-L’élimination

Le montpelliérain Julien Guill s’est emparé du récit autobiographique de Rithy Panh, rescapé du génocide perpétré par les Khmers rouges. Sur la scène, 4 comédiens -Karina Pantaleo, Fanny Rudelle, Sébastien Portier, Jean-Sébastien Rampazzi- portent sobrement la mémoire de l’artiste cambodgien dont le metteur en scène a rencontré un proche. D’une sobriété qui exprime l’impensé de la violence absolue : repas quotidiens, corps secoués, électrisés par le souvenir, qui ne trouvent pas d’issue. C’est un travail sur la mémoire qui se met en place nourri par une résidence au Mémorial de Rivesaltes où d’autres peuples ont eu à faire à d’autres bourreaux.

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