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Œdipe et théâtre augmenté : la brillante “Mouette” de Cyril Teste

Grandes retrouvailles avec le théâtre, ce jeudi 10 juin, pour la première du Printemps des Comédiens. Au programme : “La Mouette” de Tchekhov dans une mise en scène de Cyril Teste, spécialiste de l’hybridation entre théâtre et cinéma.

 

 

C’est sur un coup de feu que s’est achevée la première du Printemps des Comédiens. Entraînant quelques secondes de sidération puis des applaudissements en retenue. Et c’est une proposition très maîtrisée qui a été faite par le metteur en scène Cyril Teste dans une adaptation à l’os de “La Mouette” de Tchekhov traduite par Olivier Cadiot. Le premier grand texte du répertoire que le quadragénaire doué porte à la scène après un “Sophocle” de jeunesse.

Jeune écrivain, Trepev s’est construit sur du sable : sa mère, actrice surbookée/indifférente n’a d’yeux que pour Trigorine, auteur à la mode aussi jalousé que méprisé par ce fils “médiocre”. Lequel tombe éperdument amoureux d’une jeune actrice mais elle va tomber dans les bras de son détesté beau-père !

Ces derniers temps, je t’aime comme pendant mon enfance” : au cœur de cette Mouette baignée de lumière, solaire : l’ombre d’un Œdipe. Le fragile Treplev fait-il un transfert sur la jeune Nina qui rêve de devenir la grande actrice qu’est sa mère ? Est-ce cet amour fou pour sa mère qui l’a poussé au suicide ? A se tirer une balle ?

Depuis 20 ans, le Collectif MxM composé de Cyril Teste, le créateur lumière Julien Boizard et le compositeur Nihil Bordures, invente un théâtre augmenté assez unique sur la scène française. Des opérateurs en noir filment les acteurs ajoutant des gros plans selon un processus cinématographique qui vient enrichir le théâtre formellement plus classique tel qu’il se déroule sur les planches du théâtre Jean-Claude Carrière. Des très gros plans sur les visages -qui n’ont jamais été aussi proches dans le répertoire de Cyril Teste- introduisent un jeu factice entre le réel qui serait symbolisé par le jeu sur le vaste plateau du théâtre et une fiction parallèle sous la forme d’images brutes de l’acteur, de l’actrice, dont on voit les pores de la peau, qui rougit et transpire. C’est du cinéma XXL, dans une énergie brute qui rappelle John Cassavetes. Ce processus de représentations mises en regard l’une de l’autre est vertigineux d’autant que les personnages aussi sont à la manœuvre : ils se filment, caméra à la main. Les images sont projetées sur de grandes toiles vierges, qu’on déplace à vue selon les scènes, introduisant un autre art, en miroir du texte et de la vidéo : la peinture. Le théâtre augmenté d’images réunit in fine les conditions d’un tableau vivant réalisant l’utopie d’une esthétique transdisciplinaire.

Un peu plus tard, après cette première, le metteur en scène, maintes fois invité au Printemps des Comédiens, a expliqué à LOKKO cette “écriture multicam” renforcée encore par rapport à “Opening Night”, présentée en 2019, avec Isabelle Adjani -déambulant visage diaphane sous un chapeau de paille dans les allées du Domaine d’O- et un compagnon de jeu qui avait fortement impressionné, alors peu connu : Frédéric Pierrot (la série “En thérapie” sur Arte).

Avec cette “Mouette”, Cyril Teste monte d’un cran, perfectionne en magicien aguerri un théâtre transgenre tout à fait fascinant.

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