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Avec “Dans la foule”, Julien Bouffier livre un beau match au théâtre

Superbe mise en scène, excellents acteurs : Julien Bouffier a séduit au Printemps des Comédiens avec “Dans la foule”, pièce tirée du roman du même nom de Laurent Mauvignier sur le drame du Heysel. Un choc d’adolescence transformé en rêve de metteur en scène.

 

 

29 mai 1985 : 39 personnes décèdent dans un effroyable drame du foot. Ce jour-là, 6000 personnes convergent pour voir jouer dans le stade bruxellois la Juventus contre Liverpool. Des tribunes s’effondrent entraînant le chaos mais le match a lieu.

Julien Bouffier est un fan de foot. Il a vu les images à la télé, à l’âge de 14 ans. Séduit par le roman de Laurent Mauvignier, paru en 2009, il décide de le traduire sur les planches. Et pour ce faire, trente ans après, il s’est rendu au Heysel, a réussi à s’en faire ouvrir les portes . Ce week-end, c’est en maillot de football du MHSC qu’il présentait sa création sur le vaste plateau du théâtre Jean-Claude Carrière.

400 pages d’un roman-fleuve, virtuose polyphonie de rescapés, cela n’a rien de théâtral. Mais Julien Bouffier a l’art du cut. Il a déjà adapté de gros morceaux de littérature comme “Le 4ème mur” de Sorj Chalandon ou “Les morts et les vivants” de Gérard Mordillat. Il a retenu 5 personnages-clé du roman : 5 supporters, un belge, deux français, un anglais et une italienne qui parlent tous dans leur langue maternelle. C’est un des parti-pris inspirés de cette adaptation, qui a visiblement plu au romancier, présent le soir de la première sous les micocouliers du Domaine d’O.

“La foule, c’est mon Phèdre”

Images d’archives et images filmées en live, au smartphone, constituent un dispositif où l’on reconnaît sans surprise la signature Bouffier. Avec le regretté festival Hybrides, et dans son propre travail, Julien Bouffier a été précurseur dans les fertiles alliances entre théâtre et cinéma. “Dans la foule” est l’acmé d’une méthode parfaitement maîtrisée qui ne cède pas à la tentation d’en faire trop dans l’hybridation. L’idée d’une cape en pelouse synthétique sur les épaules de la rescapée italienne vaut tous les mappings. Le théâtre ne recule pas face à la force de l’image. Surtout, la réussite du pari tient dans la conversion du roman en tragédie grecque. “Dans la foule, c’est mon Phèdre” a confié le metteur en scène à LOKKO. Les supporters qui parlent la langue d’un des plus beaux romanciers français, c’est Racine dans les stades. C’est l’irruption de récits intimes, amplifiés par les micros, qui avancent innocemment vers une implacable tragédie. Belle trouvaille : le but qui trône sur la scène est l’unité de jeu de la pièce tantôt cage du goal, tantôt barrière piétinée, mur de lamentation ou chambre d’hôtel.

La tirade en langue originale de la veuve italienne Tana dans une robe de mariée, spectrale, paraissant en lévitation, est un des morceaux de bravoure de “Dans la foule” : Vanessa Liautey, qui a appris l’italien pour la circonstance, y est impressionnante. Aux côtés des aguerris Alex Selmane, Grégory Nardella et Alexandre Michel, le jeune Zachary Fall , formé comme comédien à Londres, montre une belle dimension shakespearienne en supporter britannique.

Le choc de l’adolescence” sur “ce jeu qui peut tuer” s’est mu en geste théâtral. Quel meilleur devenir pour les désillusions personnelles ?

 

Photos : Marc Ginot

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