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Les robots : nouveaux potos des jeunes

Proposition théâtrale iconoclaste, “Contes et légendes” de Joël Pommerat emprunte autant à la SF qu’au marivaudage. Débordante de talent, cette comédie d’anticipation sur des androïdes comme meilleurs amis des jeunes, a enchanté cette pré-rentrée culturelle montpelliéraine. 

Rendez-vous inhabituel ce 21 août au Domaine d’O avec une date rescapée du Printemps des Comédiens 2020 alors que la reprise n’a pas encore eu lieu, devant un public aux visages bronzés. Au Printemps des Comédiens 2016, la fresque révolutionnaire “Ça ira (1) Fin de Louis” avec une troupe nombreuse pour une proposition brillante et immersive (elle mettait le public à contribution) avait marqué les esprits.

Lancée aux Amandiers de Nanterre en janvier 2020, “Contes et légendes” en est très éloignée. Comme son titre l’indique, elle s’inscrit dans la série de réécriture des mythes de l’enfance chère au metteur en scène sur Pinocchio, le Petit Chaperon rouge et Cendrillon. Sur la scène du théâtre Jean-Claude Carrière : des adolescents plus vrais que nature, joués par une majorité de comédiennes entre 25 et 30 ans. C’est une des performance d’ailleurs de cette pièce.

La première scène donne le ton avec le dialogue hyper réaliste entre une fille et 2 garçons. A coup de “ta gueule”, un garçon mitraille de son débit racaille une fille inconnue de son périmètre. Dialogue de sourds d’une jeunesse barbare qu’on devine tremblante sur ses bases. Deuxième séquence : 2 sœurs se disputent le même amoureux. L’une jette à l’autre qu’elle peut se consoler avec son robot de compagnie, qu’elle n’est pas seule dans la vie. Lequel robot est là, sur le canapé, compagnon-doudou aux gestes de poupée.

Suivent une série de séquences ultra-réglées, magistralement interprétées. Que ce soit pour remplacer une mère condamnée par la médecine, pour consoler un jeune garçon malade, un autre à la virilité incertaine : le robot est devenu le confident des jeunes, le doudou suradapté d’une monde contemporain angoissant. Les parents défaillants (la parentalité contemporaine prend cher) et les frontières de genre, irrémédiablement dissoutes [“ça me casse les couilles” disent les filles] ont jeté cette jeunesse en perte de repères dans les bras de robots sophistiqués.

“On ne dit pas robot : on dit personne artificielle” : tout le propos est dans ce glissement sémantique. Évitant le procès frontal de l’intelligence artificielle pour dire cette jeunesse prise au piège du progrès, Joël Pommerat a préféré explorer la richesse pour le jeu d’acteur et pour les corps de l’avènement de ces androïdes comme meilleurs amis des jeunes.

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