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Emel Mathlouthi, la chanteuse protestataire tunisienne magnétise Arabesques

La voix du premier printemps arabe, en Tunisie en 2011, a livré un magnifique concert dans le cadre du festival montpelliérain Arabesques qui porte sa signature : un répertoire protestataire -en arabe- dans un registre onirique porté par une voix magnétique.

Photos Luc Jennepin

Cela fait plusieurs années que je rêvais de chanter ici !” L’égérie tunisienne a déjà participé au festival Arabesques, il y a une dizaine d’années. Elle était alors une toute jeune artiste engagée venue de sa ville natale, Tunis. La voilà, jupe longue plissée, deux petits chignons de chaque côté de la tête, un ras de cou noir, sur la grande scène de l’amphi d’O.

C’est un superbe moment dans la tiédeur de fin d’été qui va suivre avec celle qui est devenue une star un certain 22 janvier 2011. Son chant a capella de “Kelmti Horra” (“Ma parole est libre”) sur l’avenue Bourguiba à Tunis fera le tour du monde. Il fait d’elle la voix de la révolution de jasmin, même si elle assistera depuis la France à la chute de Ben Ali pour se protéger.

Un concert 100% féminin

Autour de Emel Mathlouthi : un trio féminin (“En dix ans de carrière, c’est la première fois que je joue exclusivement avec des femmes !“). Pieds nus, les musiciennes -au violoncelle et aux claviers- n’ont rien de typiquement oriental. Emel Mathlouthi s’inscrit dans les expérimentateurs-trices : elle a délaissé la guitare des débuts pour des explorations électroniques et radicales qui associent rythmes populaires nord-africains et références électroniques pointues, notamment à Björk, puis est revenue vers un registre plus intimiste dans un magnifique dernier album, conçu à Tunis en plein confinement : “Tunis Diaries”.

C’est quoi la protest song arabe ? Avant le grand concert de l’algérienne et iconique Souad Massi à Arabesques, cette guerrière aux cheveux de jais donne sa réponse : l’indignation se fait dans la langue des origines, elle déroule un répertoire quasi totalement en arabe (sauf une chanson en anglais). C’est en Français qu’elle annonce chaque chanson, la première dédiée aux réfugiés syriens, ensuite “une chanson sur l’apocalypse”, puis elle jette des pages blanches l’une après l’autre pour dire -à partir du texte d’un rappeur tunisien- la force du mot “contre l’oppression”. Chanson 4 : “Je rêve de châteaux d’espoir où la peine est interdite”. Chanson 5 : un air qui nous donne “une chance de sauver tout ça”. Chanson 6 : une “chanson d’espoir”, enfin ! Chanson 7 : Gaza. 8 : “L’ivresse que donne la poésie”. Puis le fameux hymne qu’elle a chanté le 11 décembre 2015, à Oslo, lors de la cérémonie de remise du prix Nobel de la paix décerné au quartet du dialogue national tunisien.

De Marcel Khalifé à Joan Baez

Emel Mathlouthi revendique un héritage, celui des chanteurs protestataires arabes, Cheikh Imam et Marcel Khalifé qu’elle a découvert vers l’âge de vingt ans en même temps qu’elle découvrait le répertoire de la chanteuse folk américaine Joan Baez, admirant “sa musique qui paraissait douce mais qui ne l’était pas. Habituellement, dans la musique protestataire, ce sont les mots qui sont importants mais je souhaitais aussi composer et travailler l’orchestration” (“The Guardian”).

Cette indignation se fait dans la douceur. C’est dans ce contraste entre un répertoire énervé et une douceur sophistiquée que se situe la signature de la célèbre tunisienne . Sa voix puissante et magnétique fait honneur aux grandes voix de la musique orientale mais c’est en artiste de l’avant-garde musicale arabe qu’elle s’est imposée. Étonnant toutefois qu’elle n’ait pas parlé de la situation tunisienne qui inquiète : le président en place s’est octroyé les pleins pouvoirs pour combattre tout en même temps le parti islamiste Ennahdha, le Parlement et les médias…

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