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Montand, cent ans, Montand chantant

Au lendemain de l’anniversaire de ses 100 ans, France 3 diffuse, ce jeudi 14 octobre, un film documentaire “Montand est à nous” signé Yves Jeuland (1), présenté en avant-première au dernier festival de Cannes. Montand qui doit beaucoup au sud, comme un autre centenaire de l’année, Brassens !

On doit à Yves Jeuland le film sur Georges Frêche intitulé : « Le Président ». Un titre que Montand se serait bien vu porter un temps. Amateur de la chose politique (il avait aussi suivi Bertrand Delanoë en pleine bataille pour la conquête de Paris, entre 1999 et 2001, pour le documentaire “Paris à tout prix”), le réalisateur est un amateur du petit couplet. Une passion liée à l’héritage familial : dans la maison de Carcassonne, on ne faisait pas rempart autour des chansons de Ferrat, Brassens ou Mouloudji. Son amour de la chanson l’a conduit à signer : “Il est minuit Paris s’éveille”, un autre doc où pendant 90’, il fait revivre les cabarets de l’après-guerre, principalement situés sur la rive gauche de la Seine. Avec pour guide initiateur le compatriote carcassonnais conteur-chanteur et écrivain Henri Gougaud. Après avoir rendu hommage à Jean Gabin, à Michel Piccoli (peu de temps avant son décès), à Jean-Louis Trintignant aussi, cette fois, c’est Montand qui est l’objet de toutes les intentions. Sur Yves Montand, Yves Jeuland est indétrônable.

Ivo monta !

Marseille était la ville d’adoption familiale d’Yves Montand, même si le père fuyant misère et fascisme rêvait d’abord d’Amérique. Son nom, nous rappelle le documentaire, vient des appels depuis sa fenêtre de la mère du petit Ivo Livi : “Ivo, monta !” (“Yves, monte !”). Une expo lui est consacrée à Marseille jusqu’à la fin de l’année au château de la Buzine (2).

Mais Saint-Paul-de-Vence, en plus de la place Dauphine, dans le premier arrondissement parisien au cœur de l’île de la cité, et le refuge d’Autheuil-Authouillet dans l’Eure (surtout havre de Simone] ont été ses autres lieux de référence.

Saint-Paul-de Vence dans les Alpes-Maritimes où leurs cœurs respectifs ont fait tilt un jour d’août 1949. Lieu de villégiature pour le poète Jacques Prévert dont Montand fut, avec Mouloudji, le premier et principal interprète. « Les feuilles mortes » (musique de Joseph Kosma) datent aussi de cette même année 1949. Cora Vaucaire l’ayant, elle, enregistrée l’année précédente.

Saint-Paul-de-Vence si chère également au peintre Chagall dont le fils David Mc Neil deviendra un parolier d’importance pour lui. Après que Montand a repris son tube “Hollywood”. S’en suivra un album complet “Montand chante Mc Neil” en 1984. C’est Pierre Barouh, auteur de « La bicyclette », qui les a mis en contact. Barouh dont Montand reprendra aussi « Le kabaret de la dernière chance ».

Il retrouvera son midi natal pour le tournage de « Jean de Florette » sous la direction de Claude Berri, Montand ayant eu un peu de mal à endosser à 64 ans le rôle du papet. Il a fallu beaucoup insister pour qu’il accepte finalement de se vieillir. Berri s’y est repris à plusieurs fois, précise Yves Jeuland dans le doc. Toutefois l’accent chantant lui est revenu par le premier Mistral venu. Marseille qu’il retrouvera en 1988 pour le tournage de « Trois places pour le 26 » signé Jacques Demy. Le sud enfin que choisira son fils Valentin pour y lancer son école de jeu vidéo plus précisément à… Montpellier.

Sergio, l’ami italien

Avec l’ami Sergio, le parallèle est des plus tentants. Quasiment du même âge (pour Reggiani, le centenaire de naissance, ce sera l’an prochain). Même sol italien pour le démarrage terrestre. Même raison de s’enfuir de la botte italienne pour cause de fascisme en cours et sur fond de misère aussi. Et puis même pedigree de carrière à l’écran. Se croisant une première fois en 1945 dans « Etoile sans lumière » (de Marcel Blistène) où le beau Serge est en haut de l’affiche juste derrière une certaine Edith Piaf, puis en 1946 sur le plateau des « Portes de la nuit » pour Marcel Carné pour se retrouver un peu moins de 30 ans plus tard chez Sautet dans « Vincent, François, Paul et les autres ». Puis passage au tour de chant. Et puisque juste interprète, une même rigueur de répertoire et un Prévert commun au menu. Serge qui a fait valser Simone Signoret (dont c’est le centenaire également cette année) dans « Casque d’or ».

Avec Brassens, de frappantes parentés

Tout comme Brassens, le célèbre sétois, Montand a la particularité que cette année 2021 soit aussi le centenaire de sa naissance. Mais la comparaison ne s’arrête pas là, puisque c’est aussi et respectivement une année “anniversaire” de leur décès respectif. 1981 pour Brassens. 10 ans plus tard pour Montand.

Autre point commun : leurs origines italiennes, un peu plus enfouies pour le sétois, plus en droite ligne pour le chanteur-acteur. Point commun aussi le fait d’avoir grandi dans un port de la Méditerranée. Sète pour Brassens. Marseille pour Montand. Enfin d’avoir pu bénéficier d’une bonne fée protectrice leur ayant sacrément mis le pied à l’étrier. Poussant la conscience professionnelle jusqu’à faire d’eux des amants d’un moment (lol). La grande Edith Piaf pour l’enfant de La Cabucelle (quartier situé dans le 15ème arrondissement de la cité phocéenne) et Patachou pour l’enfant grandi aux pieds des pentes du mont Saint-Clair.

Tous deux effectuent l’obligatoire (surtout à l’époque) montée vers la capitale. A la fin de la guerre. Montand qui rêvait d’y monter plus tôt, après ses vrais succès marseillais, mais le conflit mondial avait freiné son ambition. Brassens, lui, avait noué un lien avec la capitale plus tôt (avant guerre) mais il avait besoin de mettre de la distance entre son Languedoc natal à la suite d’un fric-frac d’assez pauvre facture commis sur son sol natal (qui lui avait valu un procès à Montpellier).

Différence notoire en revanche entre les deux : si Montand débarque dans la capitale en mode Rastignac et déjà fort de son art, Brassens, au contraire, n’aura aucun but affiché pas même l’idée de monter sur les planches. Si le marseillais a été bien vite séduit par le cinéma en plus de la chanson, pour Brassens en revanche, il n’y aura qu’une seule et unique tentative comme acteur avec « Porte des Lilas ». Mise en scène de René Clair (en 1957) avec Pierre Brasseur et Dany Carrel pour partenaires. Autre point commun à tous deux : l’engagement politique. Adhésion à la Fédération anarchiste (entre 1946 et 1948) et rédacteur même au journal « Le Libertaire » (sous couvert de différents pseudos comme Jo la cédille par exemple ou encore Gilles Corbeau) pour Brassens. Montand, de son côté, sera longtemps un compagnon de route du PCF jusqu’à la rupture après le « Printemps de Prague » (le divorce commençant véritablement dès 1957).

Enfin tous deux réunissaient des milliers de personnes dans la capitale. Montand lorsqu’il se produisait au théâtre de l’Etoile et Brassens au TNP où lors de ses très longs séjours à Bobino. Le terme de chanteurs populaires n’était donc nullement usurpé. Dernier point commun plus anecdotique celui-là et purement clapasien : si Brassens a une Maison Pour Tous portant son nom, Montand lui doit se « contenter » d’une rue mais les deux se trouvent dans le même quartier de La Paillade.

(1) avec la complicité de Vincent Josse pour l’écriture du scénario et d’Aude Vassallo pour la recherche de documents. Monteuse : Lizi Gelber.

(2) La Maison des Cinématographies de la Méditerranée, 56 Trav. de la Buzine, 13011 Marseille (0491452760)

Ce jeudi 17 octobre à 21h05 sur France 3 puis en replay sur le site de la chaîne, ici. 

Pour célébrer ce centenaire, les Editions de la Martinière ont aussi publié “Yves Montand, la force du destin”, un livre co-écrit par sa dernière compagne Carole Amiel et Luc Larriba, préfacé par son fils Valentin.

Photos : à la Une, in “Montand est à nous”, Signoret et Montand à Auteuil, crédit Digard Auction/A la fontaine, crédit Farabola-Bridgeman, Serge Reggiani & Simone Signoret dans “Casque d’Or” (Jacques Becker, 1952) DR, G Brassens – M Mouloudji – Y Montand, auteur de la photo inconnu ©Collection particulière Yves Jeuland.

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Py michèle
Py michèle
5 jours il y a

Excellente crique on y apprend beaucoup de choses sur cet artiste. On en est subjugué. Un régal. Un problème sur le site?impossible de mettre 5 étoiles !

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