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“Souad”, la jeunesse égyptienne prise dans des abysses virtuels

En compétition dans la principale catégorie -“Long métrage”-, de cette 43ème édition du Cinemed, le deuxième film de la réalisatrice égyptienne Ayten Amin (*) déroule la silencieuse descente aux enfers d’une jeune femme voilée qui entretient des relations virtuelles avec les hommes. Un futur prix ?

Encore visible le mercredi 20 octobre à 16h au Corum.

La première partie de Souad, se déroule à Zagazig, commune enclavée, dans le delta du Nil. Depuis l’appartement familial et du haut de ses 19 ans, l’héroïne éponyme rêve de devenir quelqu’un et travestit méticuleusement son quotidien sur les réseaux sociaux. Impossible de détecter la promiscuité de la fratrie, qui disparaît dans les séries de selfie qu’elle poste régulièrement ou envoie par messagerie privée à une cohorte d’hommes avides de cet épistolaire qui fait l’économie du texte.

Une double vie

La réalisation d’Ayten Amin expose en creux la double existence de Souad, coincée entre un conservatisme illustré par le port du voile en public et l’exubérance de sa génération, exprimée lors de discussions de filles en vase clos. S’y font jour autant de comparaisons esthétiques parfois cruelles que de désirs étouffés par des rires gênés. Les scènes de groupe, essentiellement tournées en intérieur, en disent long sur la condition ambivalente d’une jeunesse née à la fois avec Youtube et le poids des traditions. C’est par une certaine délicatesse, qu’Ayten Amin brosse le cheminement intérieur de Souad, dont le besoin d’altérité passe de manière exponentielle via le regard des hommes. Au fil des scènes, le malaise de Souad se dévoile en sourdine. L’envoi frénétiques de photographies provocantes se mêle à l’attente de compliments qui ne viennent pas assez vite, de rencontres en chair et en os avortées.

La multiplicité de ces scènes d’agacement, puis de désespoir, s’inscrit en parallèle d’un visage sociable et enjoué, que la réalisatrice montre à l’écran comme masque porté à l’envi dans un savant jeu de rôle. Sa silhouette apparaît pour la dernière fois au bord du balcon de la famille. Dans les plans suivants, les femmes tout de noir vêtues, se convaincront entre deux sanglots : « Elle est mieux là où elle est ».

Un chagrin utile

La deuxième partie va au dehors de cet univers confiné et voit la cadette emprunter la cartographie de son aînée. Le chagrin suivant la disparition de Souad, emportée par son addiction à des réseaux sociaux sur lesquels ses désirs se sont imprimés de manière indélébile, devient utile. Fascinée par le charme persistant de sa grande sœur dont l’absence se matérialise par un smartphone devenu relique, l’adolescente se lance dans un voyage vers Alexandrie, où réside le principal interlocuteur de Souad.

Entre pudeur culturelle et influence d’une féminité façonnée par l’universalité des réseaux sociaux, les trajectoires de Souad et sa petite sœur alimentent le même questionnement autour du positionnement de la femme au Proche Orient, tiraillée entre deux mondes qui s’entrechoquent comme des silex.

Âpre dans sa forme de vague à l’âme où la caméra s’embarque, dans les silences et temps morts sidérés, ce long métrage glaçant pourrait volontiers emporter un prix de la critique.

(*) Née en 1978 à Alexandrie, Ayten Amin a également co-réalisé le documentaire “Tahrir 2011”, sélectionné à la Mostra de Venise. “Souad” a fait partie de la sélection officielle de Cannes 2020.

Photos : Vivid Reels

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