À la Bulle bleue, Julien le magnifique

Acteur de l’Esat (établissement et service d’aide par le travail) de la Bulle Bleue, Julien Colombo impressionne dans un one man show poétique conçu par la compositrice et metteuse en scène montpelliéraine Maguelone Vidal. À voir cette semaine.

Voir un spectacle à la Bulle Bleue est toujours une aventure particulière. À chaque fois, on y constate un équipement  nouveau dans le work in progress d’un site dynamique, unique dans le sud de la France, qui allie handicap et théâtre. Une expérience d’innovation sociale basée sur la ccopération avec de très bons référents de la scène théâtrale régionale. Là, des fauteuils rouges tout neufs dans l’ancien chai. Et, surtout, des petits miracles de théâtre.

La “famille” de Julien, apparemment assidue, est là et et se réjouit pour lui : “c’est vraiment son truc, il s’est épanoui”. La photo dit mieux ce qu’une description pourrait faire à propos de Julien Colombo. On va éviter ainsi les termes éventuellement inappropriés. Tout apparaît si délicat, si complexe à formuler. D’ailleurs, le long silence inaugural de Julien qui défie le public de son regard situe immédiatement les enjeux. Ce spectacle va déplacer quelques certitudes.

Justement, ce qui frappe d’abord, c’est la retenue dans la mise en scène. Maguelone Vidal travaille à partir de… sans exploiter tel ou tel aspect du handicap, et le caractère considérable des ressources de Julien en tant que personne déficiente sur scène.

Il y a quand même un petit événement dans cette proposition : sauf erreur, c’est le premier “seul en scène” à forte dimension autobiographique dans ce chai. Julien se raconte avec son accent sudiste, sa maladresse poétique et un indescriptible détachement : “Colombo, ça a un côté Hollywood”. “On s’est bien moqué de moi”, dit-il en évoquant son enfance. “Je suis sûr que s’ils me voyaient sur scène, ils verraient comment je suis devenu moi.” Des paroles extraites d’interviews préalables de l’acteur qui ne manque pas d’humour.

“J’aimerais être quelqu’un qui n’a pas de problème”

Faire l’acteur, “c’est vraiment son truc”. Julien fascine. On retiendra un instant féminin où l’acteur aux mains incroyablement fines prend la pose d’une starlette sur un caisson mobile, piloté à distance, après avoir expliqué à quel point il avait souffert qu’on l’appelle à l’école “Juliette Courbette, Juliette Colombette”.

Maguelone Vidal est la première metteuse en scène associée à la Bulle Bleue qui soit aussi musicienne et compositrice. La musique sublime une proposition originale qui démarre avec un “oum” percussif et répétitif que Julien adresse au public, passe par une suite pour violoncelle de Bach sur laquelle Julien fait sa mort du cygne et un incroyable piano désossé dont il tire des sons avec des balles de ping-pong. Toute une équipe a nourri le propos, notamment le chorégraphe Fabrice Ramalingom, d’une pièce appelée tout simplement “Julien” où le corps est un épicentre.

Mercredi 8, jeudi 9, mercredi 15, jeudi 16 décembre, 20h, à La Bulle bleue (Julien 2021 | La Bulle Bleue)

 

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