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Des étudiants des Beaux-Arts s’opposent au projet de Biennale Art Press au MOCO

Le soutien de la revue organisatrice Art Press à l’artiste Claude Lévêque, accusé d’agressions sexuelles sur mineurs, continue de troubler la future biennale montpelliéraine, qui réunira des jeunes diplômés des écoles d’art françaises. Une cinquantaine d’étudiants de l’ESBA à Montpellier demandent l’annulation de la manifestation.

 

« Plus de 50 étudiants » sur 160 ont pris position dans un texte daté du 17 décembre au sujet de la Biennale Art Press, programmée en octobre 2022 au MOCO. 8 délégués de l’école, un élève par promo et la représentante des élèves au conseil d’administration de l’Esba, ont rencontré également Numa Hambursin, directeur de l’établissement MOCO qui englobe 2 lieux d’art -la ¨Panacée et le nouveau musée de la gare- et l’ESBA plus couramment appelée école des Beaux-Arts de Montpellier.  Un rendez-vous jugé « non concluant » qui suivait une consultation des étudiants aboutissant à ce texte signé par un tiers d’entre eux.

Un contact a été pris avec le Massicot, syndicat des étudiants d’art et design pour une pétition nationale sur le sujet. Une action délicate qui met les étudiants des Beaux-Arts en tension : dans un contexte de sortie d’études très difficile dans ce secteur, la Biennale Art Press constitue pour eux une opportunité sans guère d’équivalent.

 

Lettre des étudiant‧e‧s de l’école supérieure des beaux-arts de Montpellier

Le 17 décembre 2021.

Objet : invitation de la biennale Art Press par le MO.CO.

Le 15 décembre, nous nous sommes réuni‧e‧s à l’école supérieure des beaux-arts de Montpellier. Nous sommes préoccupé‧e‧s par l’organisation de la biennale de la revue Art Press au sein du MO.CO.

Depuis plusieurs années, la rédaction d’Art Press s’illustre par une ligne éditoriale en opposition avec l’engagement d’inclusion porté par les écoles d’art.

Le projet du MO.CO. se veut lui aussi inclusif et engagé contre les violences racistes, sexistes et sexuelles. Des initiatives ont été prises par les étudiant·e·s, par les enseignant·e·s et par le corps administratif pour informer et lutter contre ces mêmes violences. Le directeur général Numa Hambursin a pris position plusieurs fois en faveur de ces initiatives, nous assurant de son intransigeance quant à ces violences. Or, nous nous retrouvons aujourd’hui au sein d’une structure qui a pour projet d’accueillir un magazine dont la ligne éditoriale se positionne à l’encontre de ce que nous sommes, de ce que nous défendons et de ce que nous voulons pour nos avenirs. La pensée et la production artistique dans laquelle nous souhaitons nous projeter prend en compte des réalités sociales, éthiques et économiques qui sont manifestement aux antipodes de celles partagées par la revue Art Press.

Nous, étudiant‧e‧s du MO.CO. Esba, prenons la parole aujourd’hui pour exprimer un sentiment de malaise et d’incompréhension suite à l’annonce de ce projet. Il est pour nous inconcevable d’y être affilié‧e‧s de près ou de loin, et de devoir à nouveau nous confronter à ce que nous essayons de dépasser et de déconstruire.

Car oui, accueillir cette biennale, c’est cautionner les positions de la revue et faire perdurer l’hégémonie conservatrice de ces institutions artistiques.

Emparons-nous de nos avenirs et créons de nouvelles opportunités pour les jeunes diplômé‧e‧s, qui soient inscrites dans la volonté de représentation de cette génération et portées par des structures au fait des changements sociaux actuels. Nous ne voulons plus avoir de concessions morales à faire pour pouvoir exposer. Malheureusement, aujourd’hui encore, l’insertion professionnelle dans le domaine de l’art est complexe. Il ne s’agit donc en aucun cas d’incriminer les participant‧e‧s, mais de faire comprendre aux institutions que nous n’acceptons plus ces compromis. C’est au MO.CO. notamment de soutenir et d’exposer les jeunes diplômé‧e‧s des écoles supérieures d’art ; et cela ne nécessite pas l’intervention d’Art Press.

Nous dénonçons d’une part les écrits sexistes et insultants de la rédaction d’Art Press et d’autre part le positionnement ambigu de Numa Hambursin vis-à-vis de la revue. Le soutien à la jeune création ne doit pas servir la promotion de revues comme Art Press. Nous revendiquons la suppression de cette biennale de nos lieux, nous ne voulons pas que le MO.CO. soit associé à ce projet. Nous avons défendu cette position sans concession lors de notre rencontre avec Numa Hambursin le 16 décembre. Enfin, nous plaçons notre confiance en les directeur‧ices d’écoles d’art et d’institutions culturelles afin d’entamer un réel questionnement sur l’avenir des jeunes artistes et la création d’un climat plus sain dans le milieu de l’art.

Les étudiant‧e‧s du MO.CO. Esba.

 

En illustration, un détail d’une oeuvre de Abel Techer, Sans titre, 2017, huile sur toile, 100 x 80 cm, exposée à la première Biennale ArtPress qui a eu lieu à Saint-Etienne en 2020.

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