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Dag Jeanneret met en scène une bête à claques

A l’affiche au théâtre Jean Vilar, les 9 et 10 février, « Espèce d’animal » raconte l’histoire douloureuse et cocasse d’un adolescent qui veut devenir animal. Un rêve de transition qui trouve de puissants échos avec la mobilité des sexualités de la jeunesse. Emmenez-y votre ado !

 

« Tu es un parasite pour moi, pour ta mère » : ces premiers mots donnent le ton. Sur la scène du théâtre Jacques Cœur (qui paye un lourd tribut au Covid sans faillir dans son engagement pour les créateurs locaux) se joue une guerre de tranchées un peu spéciale entre un adolescent et sa famille. Le monologue intérieur du jeune alterne avec des échanges tendus avec son entourage : ses parents, son petit frère, son meilleur ami, ses professeurs, l’entraîneur de foot, la fille dont il est amoureux, le chien des voisins, etc.

C’est un adolescent buveur de lait –« c’est mieux que l’héroïne »- qui dit souvent « genre » mais n’emploie pas le tic générationnel le plus puissant du moment : « du coup ». Peut-être l’auteur qui vit en Ecosse ne vivait pas une telle épidémie langagière au moment de l’écriture de la pièce. Douglas Maxwell est plutôt du côté de l’adolescent, c’est-à-dire du monstre, de ce genre que connaissent tous ceux qui ont eu ces drôles d’animaux à la maison.

« Je veux être un aigle » : ça se corse un peu pour les parents et la société toute entière quand l’enfant se rêve en animal. « Espèce d’animal » se fait alors allégorie de l’échappée identitaire. « Je suis quelque chose de pas loin du rat » ou « J’ai comme une envie d’aboyer ». Il ne veut pas changer de sexe ou de genre, juste devenir gorille ou saumon et parle de suicide avec désinvolture.

La salle de classe est l’épicentre du drame et le décor principal de la pièce. En faisant monter, selon les besoins, ses acteurs sur les tables, Dag Jeanneret produit un savant effet d’ubiquité : on se trouve téléporté dans la maison, le stade de foot ou le lycée sans changer de décor. Toute la scénographie de Cécile Marc est construite sur le double ou triple emploi, sans doute en écho aux identités multiples de son héros. Les acteurs jouent plusieurs rôles, portant la polyphonie d’un environnement pathogène. Le totalitarisme et le déphasage des figures de l’autorité pesant sur le jeune homme sont incarnés -père et prof- par le même acteur. Les scènes de ce théâtre agile se succèdent avec des effets de furtivité, évoquant le mouvement de pages que l’on feuillette. Quelque chose aussi de très réussi.

Pièce sur l’adolescence, « Espèce d’animal » de Douglas Maxwell fait partie de « ces innombrables textes de l’ombre en attente de rencontrer un metteur en scène » nous avait expliqué Dag Janneret. Elle est éditée à Espaces 34, un éditeur de référence pour la création théâtrale en France. C’est un drôle de théâtre initiatique, un théâtre des métamorphoses, un peu sitcom, un peu film de zombie qui a scotché les « scolaires » venus au théâtre Jacques Cœur. Un public paraît-il, sidéré.

Après avoir « monté souvent des choses un peu dures » avec sa compagnie In Situ, Dag Jeanneret opère lui aussi une mue, vers la comédie grinçante, bien servie par le talent de dialoguiste de l’auteur anglo-saxon. Dans une distribution impeccable, le prometteur Clément Bertani, révélé dans « Un Batman dans ta tête » mis en scène par Hélène Soulié, confirme une belle présence même si le parti-pris d’un théâtre sans micro embarqué pousse à des accents déclamatoires. La gouaille magnétique de Élodie Buisson donne de la densité à cette proposition qui devrait être au programme des écoles !

 

4 séances les 9 et 10 février au théâtre Jean Vilar. En savoir +.

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