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Divergence FM a 35 ans : l’histoire d’une radio qui donne du sens au son

18 février 1987 : il y a tout juste 35 ans, c’était la naissance de Divergence FM. 35 ans après, toujours authentiquement dans son jus, préservée, créative et rebelle, elle est toujours là.  A cette occasion, son fondateur Jean-François Rigaudin évoque “quelques délicieux souvenirs associés à la création des radios libres”. Cette révolution des ondes, on y est sensible à LOKKO. L’émergence des nouveaux médias en ligne lui est souvent comparée.

En 1981, créer une « radio libre » pouvait relever de l’artisanat…  En septembre 1981, avec un copain amateur comme moi de musique, nous créons « FM7 ».  La 7ème radio de la bande FM montpelliéraine, d’où son nom.

A cette époque pas besoin d’autorisation, il faut juste du culot, de l’envie et un émetteur. L’émetteur, un élément indispensable que nous allons chercher sur le toit d’un immeuble d’une petite ville située après la frontière italienne : Albenga.  Un émetteur que nous passons en douce sous le siège avant de ma R5.

Tolérées mais pas autorisées

A ce moment-là, les radios FM sont tolérées par le nouveau pouvoir mitterrandien mais ne sont pas autorisées. Il faut donc user de stratagèmes pour le rentrer en France. Passer quelques coups de fil aux bonnes personnes et être prêts à aller dans un autre pays l’acheter. En Europe de l’ouest, l’Italie a ouvert ses ondes à la FM depuis quelques années, c’est donc là que nous allons le récupérer.

Arrivés à Montpellier, il nous faut « retailler » l’antenne sur la fréquence pour que l’émetteur émette tous ses watts, une antenne de CB (Citizen-band) fait l’affaire, elle restituera ses 20 w de puissance (aujourd’hui, les radios diffusent avec plus de 3 000 w de puissance…)

Nous émettions de mon appartement dans une petite rue du quartier Saint-Roch. On nous capte très bien en centre-ville, mais étant donné que la hauteur de notre immeuble est faible, dans de nombreux quartiers comme Celleneuve, La Paillade, Paul Valery, St Martin, le signal est très faible, c’est frustrant mais c’est ainsi. Impossible de trouver d’occasion un émetteur plus puissant, un émetteur neuf est hors de prix.

Pendant les quelques semaines que dure cette première aventure radiophonique, notre téléphone ne cesse de sonner. C’est le début des radios libres, de nouveaux auditeurs découvrent tous les jours de nouvelles stations et de nouvelles voix.

Le sentiment de faire partie d’une merveilleuse aventure 

Les retours sont encourageants, nous avons le sentiment de faire partie d’une merveilleuse aventure qui débute en ces temps d’utopie. La gauche est au pouvoir depuis quelques mois, on sent que des choses bougent, que la démocratie vit enfin, on veut être de la partie !

Nous programmons les nouveaux artistes français que les radios dites « libres » commencent enfin à diffuser. Nous sommes en contact étroit avec « Radio Libertaire », « Carbonne 14 », « Radio Ici et Maintenant » : des stations parisiennes reconnues qui nous donnent des conseils techniques. Pour le reste, tout, absolument tout est à inventer. La programmation, les relations avec les auditeurs…

Thiéfaine, Ferré, Béranger…

Notre programmation est essentiellement musicale, rock -plutôt punk-, blues, jazz et chanson française. Charlélie Couture, Hubert Félix Thiéfaine, Bill Deraime mais aussi les chanteurs de la génération d’avant qui parlent d’engagement, d’utopie et de poésie. Ceux qui sont les oubliés des radios périphériques et des radios nationales parce qu’ils dérangent et que leurs chansons durent plus de 3 minutes : Léo Ferré, Bernard Lavilliers, François Béranger, Barbara, Brigitte Fontaine…

Comme matériel nous n’avons que 2 platines vinyles, deux lecteurs de cassettes, le tout est installé sur une table de cuisine. 2 micros complètent ce studio plus que sommaire.  Seuls quelques bacs de disques bien rangés et bien fournis donnent un côté pro au lieu. Il n’y a pas de vitre qui sépare la régie et la partie micros, pas de lampe rouge pour dire que nous sommes à l’antenne, nous sommes 3 animateurs, c’est tout. Nous nous succédons de 7h à minuit tous les jours dans de grands « tunnels » musicaux.

L’aventure « FM7 » ne durera que quelques semaines, mon « associé aux dents longues » préférera vendre en douce notre fréquence ET notre auditoire… à FUN Radio qui cherche à implanter un réseau sur la ville.

Radio Libre, l’éphémère pionnière

Après cette expérience enrichissante mais douloureuse, je participe à d’autres aventures radiophoniques marquantes à Montpellier et à Mazamet en tant qu’animateur et directeur d’antenne. Parmi ces aventures « Radio Air Libre » sur le 88,8 mhz dont le slogan était  « la fréquence à fréquenter » sera de loin la plus belle et la plus formatrice. Une radio résolument différente qui émet d’abord du bois de Montmaur puis de la rue Boussairolles, en centre-ville.

Avec « Radio Air Libre », nous sommes dans une expérience radiophonique merveilleuse car innovante et marquante. Nous sommes exactement là où les radios libres devraient être si les sirènes de la pub n’essayaient pas déjà de les récupérer !

De nombreux animateurs férus de poésie, de musique, de politique, de mouvements associatifs se succèdent à l’antenne. La programmation est riche, la direction d’antenne est collégiale. De 7h du matin à minuit, des dizaines d’animateurs inventent un média original, sensible au monde, un média profondément moderne en phase avec ce que le 10 mai 1981 a fait naître d’espoir.

Ambiance enfumée, débats animés

Du matin au soir, l’ambiance est enfumée, les débats sont animés. « Radio Air Libre » émettra quelques années et s’arrêtera sur un dépôt de bilan. L’économie de ce projet associatif devait passer par un financement privé, les futurs financeurs souhaitaient que nous édulcorions l’antenne pour la rendre plus lisse. Impossible à accepter sur une antenne au nom si évocateur…  « Radio Air Libre » se tait définitivement en mai 1985.

Orphelin de « Radio Air Libre », je ne pouvais me résoudre à faire taire mes envies de radio et de ne plus « fréquenter » tous ces personnages hauts en couleurs et en passion devenus des amis. Les réseaux commerciaux s’étaient peu à peu mis en place : FUN, NRJ, RFM, Nostalgie, des réseaux qui allaient contribuer au fil des ans à uniformiser le son et le contenu de ces radios nées de la libération des ondes… Nous étions quelques fous à penser que l’on pouvait proposer autre chose à écouter que des disques à la demande entrecoupés de pub…

Le micro aux minorités

Que l’on pouvait donner le micro aux minorités, parler de choses jusqu’alors oubliées, faire écouter une autre musique que celle du top 50 qui tournait en boucle sur les principaux réseaux, qui peu à peu avaient racheté toutes les radios associatives locales. Que le commerce ne serait pas irrémédiablement l’alfa et l’oméga de la radio dite « libre », née en mai1981.

18 février 1987, dans notre appartement d’Antigone, place du Nombre d’Or, quelques amis rencontrés pour la plupart sur « Radio Air Libre », répondent favorablement à une invitation que je leur lance. Ils viennent mais ne savent pas ce que je vais leur proposer. Mon beau-frère, féru de technologie et de musique, possède platines, lecteurs de cassettes, micros et quelques centaines de disques. Pour ma part, une envie me taraude depuis plusieurs mois : refaire de la radio et créer un nouveau média.

Trouver un émetteur en 1987 est plus aisé qu’en 1981. Plus besoin d’aller en Italie, de nombreux contacts dans le milieu de la radio m’amènent à trouver et à acheter un ancien émetteur qu’une radio de la Paillade « Radio Nassim » souhaite vendre. Nous installons cet émetteur de 20 w, sur le toit de ce qui deviendra notre studio au rez-de-chaussée d’une villa de la Pompignane. En secret, nous faisons quelques essais d’émetteur. Tout est prêt pour le 18 février, tout est prêt pour que Divergence FM pousse son 1er cri, mais, mais… il faut convaincre mes invités.

Nos sédiments magnétiques

J’avais prévu mon coup. Il faudrait rendre concret ce qui n’était qu’un projet, un sacré challenge pour convaincre une assistance passablement échaudée par l’arrêt de « Radio Air Libre ». J’avais préparé un petit dossier photocopié en quelques exemplaires. Sur une dizaine de pages, les principaux « ingrédients » étaient là avec une ébauche de grille. J’y détaillais un démarrage modeste, seulement 3 soirs par semaine de 17h à 23h30 puis à partir de septembre, tous les jours de 7h à 23h30. La nuit, nous diffuserions en boucle un fil musical préalablement enregistré. Nous devions nous démarquer en proposant des jingles originaux et décalés ainsi que des extraits d’ITV et de films, « nos sédiments magnétiques ».

Nous aurions une forme associative sans pub. Nous essaierions dès septembre d’obtenir des emplois aidés pour permettre la mise en onde des émissions et assurer une permanence dans le studio. L’idée était de proposer une radio avec une personnalité très marquée, reconnaissable rapidement et en rupture totale avec les médias commerciaux.

« C’est bien beau tout ça mais as-tu le matériel pour émettre ? »

En dehors de ces quelques pistes en forme de note d’intention, la radio restait à inventer. J’avais la conviction qu’elle pourrait avoir du sens et de bonnes émissions. Les amis que j’avais réunis à Antigone ce soir-là, avaient tous développé sur « Radio Air Libre » une incroyable maturité et un grand professionnalisme. J’avais enfin la conviction que l’on pouvait être bénévoles et organisés dans le milieu associatif. Faire des émissions avec clarté, conviction et passion, qu’il fallait « juste » donner un minimum de moyens matériels et humains.

Après la surprise, la première question arriva. « C’est bien beau tout ça mais as-tu le matériel pour émettre ? ». Je me suis alors levé, j’ai pris le téléphone et j’ai appelé Jean-Paul qui était resté au 1, rue des mouettes d’où nous allions émettre. Je lui ai juste dit : « lance le disque ».  Sur la chaîne Hifi que j’avais préalablement calée sur la fréquence 98,4 mhz -fréquence que nous avions choisie et « squattée »-  après quelques secondes, une musique rock a commencé à emplir la pièce…  Un premier morceau de Donald Fagen, chanteur et claviériste américain fondateur du groupe de rock Stelly Dan.

Entendre un morceau de musique se diffuser sur le tuner rendait concret la proposition et permit d’engager très vite la discussion sur le contenu et le nom de la radio. Trois noms furent proposés : « Le poste à galène », « Mouette et chanson » (allusion à la rue des Mouettes) et « Divergence FM ». Si le côté humoristique des deux premiers noms était tentant, Divergence FM nous sembla pourtant plus pertinent. En s’appelant ainsi, nous nous engagions à être différents, à être divergents. Ce nom sonnait déjà comme la ligne éditoriale de notre future radio. C’est bien tard dans la nuit que la réunion se termina. Une nouvelle radio était née.

Des centaines d’animateurs en 35 ans

Depuis ce « fameux » 18 février 1987, Divergence FM émet toujours.
La radio cultive au quotidien sa différence. Des centaines d’animateurs ont jalonné son histoire et ont exprimé dans ses grilles de programmes leur passion. Certains même en ont fait un métier y compris sur des ondes nationales. Enfin, d’autres continuent leurs émissions depuis plus de 25 ans !

Divergence FM a dû affronter des tempêtes dues à quelques personnes malhonnêtes mais grâce à la volonté de ses dirigeants actuels, elle est là plus que jamais vivante.

J’ai personnellement quitté la direction de la radio quand je suis rentré à la mairie de Montpellier (ndlr : à la direction culturelle) car je ne voulais pas que l’on puisse imaginer que je puisse être juge et partie puisque la Mairie subventionnait la radio.

Maintenant libéré de mon devoir de réserve, j’espère à nouveau poser ma voix dès la prochaine grille de septembre sur le 93,9.

Divergence FM est essentielle au pluralisme des médias, face au rouleau compresseur d’une information mondialisée, d’une programmation musicale standardisée, grâce évidemment à la motivation de ses bénévoles et de ses dirigeants. Elle continue à faire entendre cette « petite » voix différente !

18 février 1987 / 18 février 2022 : un bel anniversaire !

CES QUELQUES LIGNES N’AURAIENT PAS PU ÊTRE ÉCRITES SANS…

Jean-Paul Guirado, Claude Frigara, Annie Fabre, Jean de Laguionie, Jacques Bonnet, Florence Rigaudin, Redha Gheziel, Philippe Badbedat, Philippe Hermann, Thierry Thomann, Elsa Rigaudin, Virginie Martinez-Lange, Sylvie Lange

mais aussi par …

Manuel Plaza, Bruno Méria, Lalie Malefond, Jean-François Fernandez, Gilles Gouget, Frédérique Teissier, Christian Faure, Olivier Dailly, Thierry Margot, Betty Arnal, Muriel Zederman, Dominique Aussenac, Pascal Wieczorek, Morgane Le bars, Cyril Hugo, Christophe Roux, Martine Chapel, Thierry Herrbach Vidal, Violaine Ballet, Pascal Narro, Laure Albernhe, Olivier Nottale, Bruno Bertrand, Vincent Pourrageau, Bernard Alexandre, Pascal Violet, Stéphane James, Christophe Whirtz, Sylvain Vernisse, Fabien Verthy, Jean Pierre Ronda, Patrick Sauze, Claudine Moise, Catherine Lhermet, Jean-Luc Laxenaire, Rémi Van Rhijn, Ahmed Koubaa, Cosette Dubois, Tom Torel, Nathalie Cartery, Antoine Bing, Philippe Boher, Françoise Bretton, Jean-Louis Pujol, Sylvie Sauler,  Annie Carbonneau, Michel Polizzi, Valérie Hernandez, Luc Markiw, Alexia Eloy, Patrick Tandin, Youssef Ait Tahar, Josiane Ubaud, Hélène Smith, Sylvain Jambon , Julien Masdoua, Luc Migglietta, Fred Vinson, Pascal Jaussaud, Cyril Arnoux, Christophe Avellaneda, Laurent Bendahan, Jérome Scié, François Pichon, André Fernandez, Michel Alonso, Jean-Pierre Foubert, Fanette Bonaric, Jean Marc Emile, Marie Pierre Soriano, Aurélien Ast, Pascal Portugues, Sébastien Négre, Tao, Jo Romano, Caroline Novarra, Gilles Richard, Yves Marie Le Bozec, François Martinon, Dominique Rousseau, Marie Christine Brambilla, Tiemoko Koné, Youcef Ait Tahar, Ferdinand Fortes, Philippe Allégre, Sergio Diaz, Nadine Meggiolaro…

Jacques Gauffier, Joelle Aparicio, Christophe Heral, Eric Penso, Philippe Sers, Jean-François Pouget, Jean-Jacques Layre, Daniel Begard, Pascal Wagner, Gilbert Chevalier, José Vicente, Eric Watier, Philippe Desain, Annie Milhau …

Et enfin par toutes celles et ceux que je ne connais pas encore et qui font Divergence FM actuellement.

 

LES PHOTOS

-Ci-dessus : Georges Frêche qui se rend volontiers dans le petit local du boulevard Louis Blanc soutient les radios associatives qui n’ont pas encore de cadre légal, en 1992.

De haut en bas :

-Photo à la UNE : Les débuts de la radio en 1987. Jean-François Rigaudin est aux manettes de l’émission de Florence Rigaudin : « Les aventures d’Octave Zarbi ».

-Jean-François Rigaudin et Michel Godinez, l’un des 3 animateurs de « FM7 » en septembre 1981 dans le studio du quartier Saint-Roch. Les prémices de Divergence.

-Radio Air Libre, l’ancêtre de Divergence. Ici, Michel Gay et Jean-Francois Pouget dans les studios du bois de Montmaur, animant l’émission « Ultra levure » pour laquelle ils avaient remporté un prix québécois de la radiophonie (en 1983).

-Pascal Wagner en 1983 à Radio Air Libre.

-Jean de Laguionie et Daniel Bedos, directeur du Printemps des Comédiens en 1989 à Divergence.

-Le soutien de Léo Ferré en 1991 : après 5 ans de radio pirate, menacés de perdre leur fréquence, les animateurs de Divergence FM se mobilisent. Notamment Claude Frigara qui avait un contact avec Léo Ferré.

-Violaine Ballet qui est aujourd’hui réalisatrice sur France Inter, Jean-François Rigaudin, Lalie Malefond et Hélène Smith devant les studios du boulevard Louis Blanc en 1998. C’est toujours la même adresse !

Divergence FM, c’est ici.

Téléphone : +33 9 51 17 34 04
E-mail : contact@divergence-fm.org
Adresse : 24 Boulevard Pasteur, 34000 Montpellier.

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