Le “Lac des Cygnes” par Preljocaj : comme un air de crème au beurre

Peut-on moyennement aimer “Le lac des cygnes” selon Preljocaj et en plus le dire ? A contre-temps des éloges unanimistes, une petite musique différente sur la proposition de l’un des nos plus grands chorégraphes français, à l’affiche de Montpellier Danse, du 2 au 5 mars à l’Opéra-Berlioz.

 

Lorsque l’on assiste à une représentation, quelle qu’elle soit, avec pour mission d’écrire un papier sur l’événement, on a parfois un peu de mal à se détendre. Assez rapidement, on se retrouve à rédiger son article, du moins dans la tête, et à chercher comment évoquer et expliquer au mieux notre perception du spectacle. Que celle-ci soit positive ou un peu moins n’y change rien. Un spectateur journaliste sera toujours aussi, voire surtout un journaliste.

Un Everest de la danse

Assez rapidement, le verdict : joli et gracieux, mais quand même un peu chiant. Allez écrire un article avec ça. D’autant qu’entre la nana juste devant qui portait un parfum agressif et la gamine du voisin qui jouait avec son portable, difficile de rentrer dans ce « Lac des Cygnes » revu entièrement par Angelin Preljocaj. Invité régulier de Montpellier Danse, le chorégraphe multi-récompensé est un des grands noms de la danse contemporaine. Du coup, on a presque un peu honte de ne pas accrocher avec sa vision de cet « Everest, un monument de la danse », comme il le dit lui-même dans le programme.

Créé le 15 janvier 1895, ce ballet est en effet l’un des plus célèbres au monde. Même ceux qui n’ont jamais mis les pieds dans une salle de spectacle connaissent au moins son air le plus connu, composé comme toute la partition par Tchaïkovski. A l’époque, deux chorégraphes s’étaient partagé le boulot, raison pour laquelle Petipa/Ivanov apparaissent toujours en duo quand on parle du “Lac des Cygnes”. Dans le programme, Preljocaj dit avoir entièrement réécrit la chorégraphie, tout en parlant de palimpseste. On peut donc supposer qu’il peut être utile de connaître la version originale du Lac. En même temps, tout le monde n’a pas forcément vu le “Lac des Cygnes” tel que dansé depuis plus d’un siècle. Le Bolchoï n’a plus la côte.

Un ou deux bâillements…

La version de Preljocaj dure moins longtemps (deux heures au lieu de trois) et malgré tout, on se surprend à penser que tiens ! Étrange, on a déjà vu les mêmes gestes, les mêmes pas, peu avant dans la soirée, sauf que les danseuses ont changé de robes. En lisant la note d’intention du chorégraphe, on peut supposer que c’est voulu. On est quand même heureux quand retentissent des courts passages musicaux et chorégraphiques plus dynamiques, qui ravigotent ceux dans le public qui ont un peu lâché l’affaire. En même temps, on s’en veut de ne pas aimer, parce que Preljocaj ne fait pas partie des plus grands pour rien, et qu’il est justement très contemporain, inventif, et ouvert à d’autres disciplines artistiques. Mode, B.D., musique… Ces créations sont tout sauf poussiéreuses. Oui mais là, rien à faire, on se surprend même à refouler un ou deux bâillements. Damned…

Il y a quelques instants de grâce, que l’on doit notamment aux incrustations vidéo dans le décor, qui confèrent une ambiance parfois onirique, parfois menaçante à l’œuvre. Il y a des instants qui se veulent plus humoristiques, roulement de bassins, bavardage espagnol, pourquoi espagnol ? Le livret est allemand, j’ai dû louper un truc. Techniquement parlant, c’est impeccable, propre, net, synchro, pas une plume qui dépasse, du grand art, sans conteste. Il manque quand même ce petit truc en plus. Ce petit truc qui veut que, même emballé comme il l’est toujours par la danse, le public ne s’est pas levé pour acclamer, cette fois. L’enthousiasme n’était pas au rendez-vous, même si ce “Lac des Cygnes” nouvelle génération a été très chaleureusement applaudi.

Les critiques de l’arrêt de tram

Le meilleur endroit pour entendre les critiques plus sincères, moins influencées par les voisins de salle, c’est peut-être l’arrêt de tram. Là, quelqu’un a osé dire qu’il avait failli s’endormir, tandis qu’un homme disait à sa compagne :

– “C’est drôle ! C’est comme si j’avais mangé un dessert avec trop de crème au beurre dedans“.

Et si ce n’est pas la critique la plus intello de la soirée, quelque part, on s’y retrouve quand même…

Crédit photos C Jccarbonne

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