Quatre artistes fraichement diplômés d’écoles d’art exposent au FRAC Montpellier dans le cadre du programme «Nos vœux les plus sincères», un dispositif de la région Occitanie qui accompagne les jeunes artistes. L’exposition collective «Comme un western» joue avec les codes visuels du western dans une scénographie pensée comme un décor de cinéma- aride et minéral dénué de toute représentation humaine-, où la star est l’horizon. Rencontre avec Éric Mangion, directeur du FRAC Montpellier et commissaire de l’exposition.

LOKKO: Pour cette première exposition d’artistes émergents, pourquoi avoir choisi le thème du western, qui est un genre très codifié et critiqué ?
ERIC MANGION : Ce n’est pas le western en tant que tel que j’ai choisi mais plutôt son décor. Comme l’explique Camille Castillon, l’une des artistes exposées : « vous êtes prié d’y croire ». Le western est au final un leurre, un prétexte pour laisser place au décor. D’ailleurs le choix de la thématique s’est fait de manière totalement empirique. C’est en consultant les dossiers des artistes lors des vacances de Noël, qu’un fil directeur s’est dessiné : chaque artiste à un moment donné explore dans son œuvre des paysages secs, arides et minéraux. Au départ, c’était l’idée d’un paysage méditerranéen qui m’est apparu comme thématique, mais au final, je n’avais pas envie d’enfermer les artistes dans une identité régionale. Le western, dans son universalité et ses codes visuels immédiatement reconnaissables, s’est imposé.
L’exposition a plutôt été pensée comme un plateau de cinéma avec les influences et les codes du western. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette approche scénographique ?
Il y a en effet l’idée d’un paysage sec et aride où la figure humaine est totalement absente. Un des éléments majeurs de l’exposition est la ligne d’horizon, que l’on retrouve tout au long du parcours, à 1m50 de hauteur. Les œuvres, les cloisons, tout est pensé pour construire une continuité visuelle. C’est cette ligne d’horizon qui relie les œuvres des quatre artistes. C’est une construction formelle et plastique plus qu’un récit.

Justement, comment s’est construite l’exposition, cette articulation entre les œuvres et l’espace du Frac ?
Là aussi de manière très empirique. On a d’abord installé le dôme de Philippe Berg et de Baptiste Aimé (ci-dessus) au printemps, puis les autres artistes se sont agrégés au fur et à mesure jusqu’à la veille du vernissage. L’exposition s’est construite comme un paysage en train d’émerger. Il n’y a pas de narration linéaire, mais un cheminement visuel qui débute dès l’entrée. On perçoit d’emblée la ligne d’horizon, puis on découvre un trou dans le dôme, et enfin on avance avec l’espace.
Malgré la référence au western dans le titre, on comprend que vous souhaitez vous éloigner des thématiques idéologiques liées au genre. C’est bien ça ?
Exactement, ce n’est pas une exposition sur le western en tant que genre cinématographique mais sur le décor du western. Les clichés auxquels renvoient le western -sexisme, colonialisme, virilisme- sont bien réels, mais ils ne sont pas traités ici. Pour moi, le western c’est une lutte -au-delà des clichés- de l’homme contre la nature et c’est ça qui m’intéresse le plus. C’est pourquoi la figure humaine est totalement absente parce que c’est la nature brute qui domine dans cette exposition.
Pourquoi avoir fait le choix d’une exposition collective ?
J’ai reçu seize dossiers de jeunes artistes, tous issus d’écoles d’art. Je n’en connaissais aucun·es. C’est le dôme de Philippe Berg et de Baptiste Aimé qui m’a d’abord intrigué et pour lequel je me suis dit : ce serait bien d’avoir ça au cœur du Frac. Puis, j’ai observé les autres travaux : Camille Castillon et ses paysages arides, Aurore Clavier avec son travail sur la lumière et le son, et enfin les photos et la pratique graphique de Jiajing Wang. Tout s’est fait par effet de ricochet, de domino dans une construction collective.

Justement, comment les artistes ont-ils travaillé ensemble ?
Les artistes ne se sont vus qu’une seule fois tous ensemble, car ils vivent aux quatre coins de la France. Mais dès le mois d’avril, nous avons travaillé presque quotidiennement. Aurore Clavier, par exemple, a peaufiné pendant des semaines la teinte exacte d’un orange, qui devait s’accorder avec celui des salins photographiés par Camille Castillon. D’ailleurs, elle a trouvé la teinte parfaite hier soir à 18h30 ! L’exposition s’est construite sur des ajustements très concrets, très sensibles jusqu’au dernier moment.
Vous évoquiez un travail sur le son ?
Oui. J’ai demandé à Aurore de créer une œuvre sonore avec une texture «minérale». Après plusieurs tentatives et expérimentations, elle a finalement enregistré le bruit de son propre pied frottant le basalte à l’intérieur du dôme de Philippe. Donc, ce que l’on entend dans l’exposition, ce sont les craquements très ténus de ce geste, amplifiés. Le titre de sa pièce : Basate. Encore une fois, tout s’est décidé par l’expérimentation et les discussions entre les artistes (ci-dessous, Camille Castillon ainsi que la photo à la UNE).

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris ou marqué dans ce travail collectif ?
De voir comment les éléments se posent peu à peu, comme un jeu de dominos, c’est intéressant. En revanche, il y a eu des difficultés et des ajustements de dernière minute, comme le dôme qui dépassait des cloisons. Il a fallu le raccourcir, ce qui a nécessité de démonter un étage entier. Ce sont les aléas normaux d’un projet vivant !
Que diriez-vous à nos lecteurs et lectrices pour les inviter à découvrir «Comme un western» ?
Ils vont découvrir déjà une chose très importante : le travail de quatre jeunes artistes prometteurs. Ensuite, venez voir comment on peut entrer dans un univers complètement fictif. Rappelez-vous que le western n’est qu’une accroche, un leurre pour construire un décor. Le décor, c’est souvent ce que l’on regarde en dernier. Ici, c’est lui le protagoniste principal.
« Comme un western » jusqu’au 29 novembre 2025 au FRAC Montpellier.
Entrée libre, visible du mardi au samedi de 15h à 19h, 4 rue Rambaud, quartier Gambetta.
Photos Christian Perez.
Par nicole Esterolle le 11/07/2025
Les FRAC vont très, très, très mal. Grosse crise existentielle. Déprime et burn-out des personnels. Les collectivités locales rechignent de plus en plus à financer à 65% un dispositif contrôlé par l’état, avec de moins en moins de public et au contenu artistique de plus en plus délirant.
C’est du bon nouvelle !
stan