Le festival de Radio-France accueille l’ultime date de la tournée réunissant Arthur Teboul et le pianiste de jazz Baptiste Trotignon. Ne manquez pas ce duo magistral nourri de reprises de la grande chanson française. Ni le groupe le plus en vue de la scène rock hexagonale, Feu ! Chatterton, dont il est le parolier et le chanteur. La pure élégance rock à la française. Poète, Arthur Teboul lira aussi Christian Bobin au musée Fabre, dans les salles Soulages.
Le chanteur/leader de Feu ! Chatterton a publié l’an dernier un album enregistré en décembre 2023 à la Seine Musicale (Paris) en compagnie de l’excellent pianiste de jazz Baptiste Trotignon, bien plus qu’un accompagnateur dans ce format. Un exercice de très haute tenue fait de reprises de chansons puisées dans le grand répertoire : Brassens, Gainsbourg, Barbara, Brel.

C’est l’immense Nougaro qui avait ouvert la voie à semblables récitals avec sa tournée : «Une voix, dix doigts». Son vieux complice Maurice Vander se chargeant d’astiquer le clavier. L’album de l’Arthur et du Baptiste sobrement intitulé : «Piano-Voix» a été publié par le label Tôt ou tard, créé et dirigé par Vincent Frèrebeau, qui fêtera l’an prochain ses 30 ans* ! Bizarrement, ce bel album ne figure déjà plus au catalogue du label qui est aussi celui de Thomas Fersen, Dick Annegarn ou encore Vincent Delerm.
Il se compose de 15 reprises de chansons devenues des standards au fil du temps. Les magnifiques Göttingen de la dame en noir Barbara. Syracuse du grand Bernard Dimey, mis en musique par Henri Salvador, Je ne peux plus dire je t’aime du père Higelin en passant par La rue Maduiera de Nino Ferrer devenu un classique aussi. Également Le goudron de Brigitte Fontaine, déjà espiègle en 1969. Et La noyée, pas la plus connue du répertoire gainsbourien.
Une vraie originalité sur l’album : l’adaptation et traduction par Teboul lui-même de Jealous Guy que l’on doit à John Lennon assez fraîchement débarqué alors des années Beatles.
Brel coupé ?
Mais après cet éloge mérité, nécessité toutefois de devoir évoquer un certain malaise au plan de la déontologie sur la liberté prise par Teboul d’amputer une partie d’une œuvre ne lui appartenant pas. En l’occurrence, gommer sept lignes de La Ville s’endormait, figurant dans L’album bleu, l’ultime disque, ne manquant pas de perles par ailleurs comme Jaurès, Voir un ami pleurer, Le Bon Dieu ou Les marquises. Au moment où la chanson est sortie, en 1977, Brel se moque de son collègue Jean Ferrat qui avait sorti deux ans plutôt : La femme est l’avenir de l’homme.
« Mais les femmes toujours, Ne ressemblent qu’aux femmes, Et d’entre elles les connes, Ne ressemblent qu’aux connes, Et je ne suis pas bien sûr, Comme chante un certain, Qu’elles soient l’avenir de l’homme ». Pas facile à l’heure de #metoo de chanter ceci mais quand même !

5 garçons dans le vent
Feu ! Chatterton : les vrais successeurs de Noir Désir, ce sont eux. Arthur Teboul, au plan de l’énergie et du charisme, peut rappeler Bertrand Cantat même si la référence met mal à l’aise. Cinq musiciens sophistiqués aux confluents de l’électronique et du rock, dont trois se sont rencontrés au prestigieux lycée Louis Le Grand à Paris dans les années 2000 : Arthur Teboul au chant, Clément Doumic à la guitare, Sébastien Wolf aux claviers, Antoine Wilson (basse, claviers), et Raphaël de Pressigny, à la batterie.
Ils sont culte mais le grand public les a découverts à l’occasion de la cérémonie d’entrée au Panthéon du résistant communiste arménien Missak Manouchian, en février 2024, avec une puissante reprise de L’Affiche rouge de Léo Ferré.
Plus de quatre ans après « Palais d’argile », splendide manifeste dystopique, enrichi de l’électronique vénéneuse du producteur techno Arnaud Rebotini, Feu! Chatterton est actuellement en pleine tournée des festivals d’été puis sera dans les salles en novembre et décembre pour finir par un concert à l’Accor Arena, le 11 février 2026.
Un nouvel album
Nouvelle tournée et nouveau disque : un single est sorti, préfigurant un album annoncé pour le 12 septembre, baptisé Labyrinthe : Allons voir : ”Allons voir Ce que la vie nous réserve/Ce que la vie nous réserve/N’ayons peur de rien”, qui n’est pas sans rappeler Monde nouveau, le tube de Palais d’argile.
Ou se cultive une simplicité née de la fréquentation des géants de la chanson qu’il admire : “On a voulu dans cet album aller vers une forme de simplicité et d’épure», a raconté Arthur Teboul aux Inrocks. Face aux épreuves et à la violence du monde, dire l’espoir paraît souvent vain. Pourtant, il existe une grande force dans ce mouvement simple et incantatoire. Un élan de vie qu’on a cherché à insuffler à tout l’album».

Le poète-minute
Chatterton : le nom du groupe est un hommage au poète anglais du XVIIIe siècle, mort à 17 ans. Teboul est aussi un auteur de poésie. Dans son recueil Le Déversoir, d’obédience surréaliste, qui a connu un vrai succès de librairie, il pratique ce qu’il appelle «le poème-minute» : des poèmes instantanés, écrits cinq minutes. Cette parution littéraire, en 2023, a été suivie de l’ouverture d’un «cabinet de poèmes minute» à Paris, où Arthur Teboul propose des consultations poétiques à la demande à la fin desquelles, il remet un poème aux personnes venues le visiter.
A Montpellier, il lira un texte de Christian Bobin, –Le plâtrier siffleur-, qu’il admire. Et, du même auteur, Pierre, le récit dans lequel Bobin raconte son voyage à Sète pour aller rencontrer le peintre Pierre Soulages dans les salles duquel aura lieu cette rencontre très courue, qui affiche sold-out depuis un moment.
Le duo se produira le mardi 15 juillet 2025 à 20h30 dans l’amphithéâtre du Domaine D’O dans le cadre du Festival de Radio France. Le concert de Feu Chatterton du lendemain (16 juillet) est déjà complet. Au musée Fabre, le mardi 15 à 18h, Arthur Teboul lira Christian Bobin.
*Ne soyez pas surpris si vous connaissez à Montpellier un restaurant portant le même patronyme, au 7 de la place de la Chapelle Neuve. On doit son ouverture au propre frère du créateur du label Olivier Frèrebeau.