L’auteur de BD à succès sort un roman drôle et nostalgique sur son année du Bac quand il était lycéen à Clermont-L’Hérault : Les derniers jours de l’apesanteur (Gallimard), avant la sortie du deuxième Astérix auquel il a collaboré, Astérix en Lusitanie, le 23 octobre.
Dans cette rentrée littéraire, c’est un peu tout sur ma mère. Amélie Nothomb qui ne peut pas vivre sans sa mère (Tant mieux), Emmanuel Carrère dans Kolkhoze évoquant Hélène Carrère d’Encausse, ou encore l’émouvant Paul Gasnier dans La collision (sur la mort de sa mère tuée dans le cadre d’un rodéo).
La mère de Fabcaro est toujours un peu en retrait. Elle a invariablement du linge à ranger dans la chambre de son fils quand celui-ci flirte sur son lit. D’une toxicité moyenne, quasi banale en tant que mère. Elle était déjà présente dans Samouraï sur les grands-parents espagnols de l’auteur et Fort Alamo ou le héros vient de perdre sa mère. Disparue en 2022, la mère de Fabcaro est à nouveau dans ce dernier livre, devenue récurrente dans une production de plus en plus autobiographique, dont le souvenir tire des sourires, mais en demi-teinte, nimbée de cette pudeur qui a été parfois reprochée à Fabcaro par des critiques attendant de lui de grands romans «sérieux» plus francs, tandis que la rentrée littéraire charrie radicales introspections et tourments familiaux et qu’il préfère euphémiser les dysfonctionnements de ses proches, ou les utiliser comme ressorts humoristiques.
Fabcaro, né à Montpellier en 1973 et résidant à Bédarieux avec sa compagne et ses deux filles (et des ânes dans sa propriété du Causse), c’est devenu une signature. Une douce ironie qui a fait merveille, une incomparable brochette de loosers, propulsant cet auteur dans une carrière impressionnante qui ne paraît pas lui avoir tourné la tête.

Quelques jours avant la sortie du deuxième Astérix dont il a fait les textes (toujours avec Didier Conrad au dessin), le 23 octobre, après L’iris blanc en 2023, édité en 20 langues et tirée à 5 millions d’exemplaires : une autre séquence phénoménale pour Fab Caro après le succès de Zaï, Zaï, Zaï, Zaï, publié en 2015.
«C’est moi en pire»
La sortie au cœur de l’été de son septième roman rappelle qu’une œuvre littéraire s’est construite en marge de la percée du Bédaricien en tant qu’auteur de BD. Les derniers jours de l’apesanteur raconte l’année du Bac d’un alter ego. Toujours le même profil humain, effacé, maladroit, celui que les filles ne regardent pas. «C’est moi en pire» a-t-il expliqué sur France Inter, pour redire les ressorts de cet humour tendre sur toutes sortes d’inadaptés, qui traversent tous ses écrits.
Le lycéen de ce roman est toujours amoureux de Cathy Mourier qui l’a planté pour un autre ayant plus de personnalité. « Elle avait adoré Le cercle des poètes disparus ? C’était dingue, c’était mon film culte. Elle aimait Sting et surtout son dernier album en date Nothing Like the Sun ? Je vénérais cet album ».
Les références vont parler à beaucoup : Télé 7 Jours, Michel Sardou, la Peugeot pétaradante 103 Sport, la terminale C réservée aux bons élèves, Simon et Garfunkel, l’émission du samedi soir Champs Elysées, Dallas, et les K7 !
Pour les plus jeunes qui n’ont pas la ref, pour tous, il y a dans ce livre de quoi lever sa propre mémoire, se laisser madeleinedeproustiser. Ses propres filles se sont d’ailleurs reconnues. «D’une jeunesse à l’autre, c’est la même vibration» a-t-il commenté sur Inter.

Sauf que les douleurs post-adolescentes des années 80 finissantes paraissent bien légères. Le regard du lycéen, aujourd’hui quinqua, se révèle d’une grande acuité, prémonitoire. Le classicisme des structures familiales, l’autorité des enseignants, tout cela a pris un coup de vieux, sauf la fureur du désir adolescent. Les correspondantes allemandes peuvent en témoigner.
C’est savoureux de drôlerie juste et bienfaisante. Qui n’a pas connu le beau gosse du lycée, d’une désinvolture insupportable ? Un connard. Le lycéen-narrateur passe le bac mais se fait de l’argent de poche en donnant des cours de maths à une jeune fille dont les notes vont aller en empirant. Avec ses amis, il travaille à bien cerner l’émergent Point G, passé dans les oubliettes de l’histoire du sexe. Enfin, et surtout, le stade J+2 jours après shampoing, le seul qui vaille pour des cheveux charismatiques.
L’année du Bac, pour l’auteur qui a grandi à Saint-André de Sangonis, et séchait les cours pour aller se baigner au lac du Salagou, ce rituel de passage à l’âge adulte, c’est enfin pouvoir « manger n’importe quoi », la liberté. « Derrière ce portail, c’était la fin d’un cycle, de nos années-lycée, de notre adolescence. Nous venions de vivre les derniers jours de l’apesanteur ».
Les derniers jours de l’apesanteur, FabCaro, Gallimard, 20€. Photo F. Mantovani pour Gallimard.