C’est triste une libraire qui ferme. En particulier, celle-là qui avait été élue «meilleure librairie de l’année» par Livres Hebdo, en 2024. L’un des fondateurs de la librairie, Miquel Clémente, explique le choix «purement comptable» de fermer En Traits libres à Montpellier, fin décembre 2025. Sans alternative.
On avait entendu parler du souci du loyer : 7200€ par mois. Mais l’énergie de la programmation, et le prestige de l’équipe de Six Pieds sous Terre -l’éditeur de Zaï Zaï Zaï Zaï de FabCaro- qui menait l’aventure, n’ont pas fait le poids face aux chiffres.
Le projet était ambitieux. Faire une librairie qui soit aussi un lieu d’exposition, génère un festival -le Rhony’s Festival, tout premier festival montpelliérain de bande dessinée alternative- en multipliant concerts et lectures. On les disait très soutenus par la Mairie et la Métropole de Montpellier, faisant des jaloux en s’installant, fin 2022, dans un local proposé par le bailleur social ACM de 400m2, au cœur du quartier prisé de Saint-Roch.

Une vitalité payante mais insuffisante : «le chiffre d’affaires d’ En Traits Libres n’a pas cessé de monter : 80 000€, 200 000€, puis 400 000€ cette année mais on arrive tout juste à l’équilibre. C’est un projet lourd qui aurait nécessité que l’argent rentre plus vite pour encaisser la charge. Nous revenions de loin, à partir d’une situation déficitaire. Nos charges étaient trop importantes, d’autant que les aides publiques devraient être en baisse cette année» (1) commente Miquel Clémente, l’un des fondateurs de la librairie. S’ajoute la complexité d’un «marché trompeur du livre» : «les années Covid ont été exceptionnelles; le retour à la réalité a été rude, dans un secteur où les marges sont très faibles».
“Ce n’est pas politique”
Une belle réussite sous pression : pas de salaires, l’animation était assurée bénévolement par l’équipe des éditions 6 Pieds sous Terre, Miquel Clémente, Marie Dewynter et Zelda Hadener, à l’origine de cette librairie qui était la continuité de l’atelier En traits libres, ouvert au printemps 2009 par Fred Dupuis, Mattt Konture, rue du Bayle.
«Nous sommes déçus mais pas amers», commente Miquel Clémente. «Ce n’est pas un choix politique, ni rien contre Michaël Delafosse. Nous n’aurions rien pu faire sans eux. Mais ils ne peuvent pas sortir toutes les solutions du chapeau» ajoute-t-il. Pas d’autre projet prévu, plus modeste ? «Le deuil n’est pas encore fait. Nous allons donner le maximum d’ici la fin de l’année. Mais il n’y a aucune opportunité pensée pour l’instant. C’est la fin d’une relation amoureuse mais on ne part pas pour quelqu’un d’autre !».
(1) L’aide de la Métropole, et de la Mairie de Montpellier s’élèvent à 25 000€ en 2025, sans changement par rapport à l’an dernier. Mais, sur l’ensemble des aides reçues pour la librairie, incluant celles de la Drac (Ministère de la culture en région), du Centre national du Livre et la région Occitanie, le budget public serait significativement réduit.
Sur la photo, de gauche à droite : les 3 fondateurs, Zelda Hadener (en jaune), Miquel Clémente, et Marie Dewynter (en bleu), avec Mina, bénévole. Crédits Drac Occitanie.
Triste nouvelle, mais il y a une telle concurrence entre les librairies, et l’alternatif reste malgré tout une niche. Bon courage pour la suite. Par contre un loyer à 7200€/mois ? Vous êtes surs de cette info ? Cela me parait hors sol.
oui c’est le bon chiffre, vérifié.
N’y a -t-il pas un moyen de lever des fonds en proposant des souscriptions de particuliers? C’est une triste nouvelle cette future fermeture..
Une fois de plus la culture est frappée de plein fouet ! La cessation de cette librairie indique à quel point que le marché du livre est plus que fragile, voir en danger, avec un tel loyer, notamment.Malheureusement, le bénévolat a ses limites face à la dure réalité économique de ce type d’activité, entres autres. # Le Grain des Mots # résistera-t-il lui aussi encore longtemps ?J’espère pour eux et pour leurs fidèles lecteurs. A suivre…