Quel concert ! Samedi, au festival Arabesques, folie joyeuse sur la scène et dans la salle pour l’hommage à Rachid Taha, décédé il y tout juste 7 ans. A l’occasion, son Couscous Clan était reconstitué sous la baguette de Rodolphe Burger avec Sofiane Saidi et Yousra Mansour, en invités.
Tous l’avaient connu ou étaient intimes : d’abord les membres de son groupe, au nom très rachidtahien de Couscous clan : Hakim Hamadouche, son fidèle lieutenant, à la mandole, Maxime Delpierre à la guitare rythmique, Idris Badarou à la basse, Franck Mantegari à la batterie, rejoints par la star du raï Sofiane Saidi, et la chanteuse marocaine Yousra Mansour, seule femme de cette production, la seule à ne l’avoir jamais fréquenté. Et bien sûr, l’ami rocker Rodolphe Burger qui les a tous réunis pour ce tribute d’Arabesques qui a aussi invité une autre pointure : le guitariste anglais Justin Adams, ex-comparse de Robert Plant, le chanteur de Led Zeppelin.
(A Montpellier, Rachid Taha avait un ami très cher, un grand peintre, Djamel Tatah, qui y vit et avait présenté son portrait dans l’exposition qui lui avait été consacrée au musée Fabre, en 2023).
Cela a été dit lors du débat qui précédait la soirée autour du journaliste et DJ Martin Meissonnier : Rachid ne faisait pas de la «world music» (appellation fourre-tout qui le mettait en pétard) mais bien du rock. Un rock épicé d’Orient mais rock dans l’esprit avant tout. Pas pour rien si certains de ses disques portent la griffe de Brian Eno (ex Roxy Music) ou plus encore Steve Hillage (ex Gong), à la production.

Plus tard, dans un amphi d’O bien plein, ce fut une attaque rock en règle avec la reprise de Walk on the Wild Side, l’immortelle complainte de Lou Reed. Le Kat Onomien Burger lançant rageusement les hostilités à coups de riffs de guitare auquel la voix puissante de Sofiane Saidi (déjà apprécié lors de la dernière ZAT à la Paillade) ne tardera pas à s’accorder. Saidi avec son costume noir scintillant, ses lunettes de soleil et sa dégaine telle qu’on le croirait sorti d’un film de Quentin Tarantino.
Ou encore le viril Rock el Casbah, un des sommets de la communion folle entre public et artistes (esprit Clash pas mort !).
En l’absence bizarrement de l’emblématique Douce France de Charles Trenet, dont Carte de Séjour puis Rachid Taha a fait une mythique reprise toute en ironie, cette folle soirée a rappelé la signature politique du répertoire du Franco-algérien. Notamment le puissant titre Voilà, voilà : «Voilà, voilà, que ça recommence partout, partout, sur la douce France ; Voilà, voilà, que ça recommence ; Partout, partout, ils avancent ; La leçon n’a pas suffi ; Faut dire qu’à la mémoire, on a choisi l’oubli ; Partout, partout, les discours sont les mêmes ; Étranger, tu es la cause de nos problèmes ; Moi, je croyais qu’c’était fini ; Mais non, mais non, ce n’était qu’un répit ; Moi, je croyais qu’c’était fini, mais ; Mais non, mais non, ce n’était qu’un répit ».
Faisant tristement écho à la manifestation de l’après-midi réunissant des dizaines de milliers de militants d’extrême droite dans les rues londoniennes. Mais écho aussi à l’université d’été du RN du lendemain dimanche, où le promis Bardella pointait une nouvelle fois l’immigré comme responsable prioritaire des maux hexagonaux. Écho enfin à la nouvelle percée de l’AFD lors des élections municipales dans l’ouest de l’Allemagne, ce même dimanche.

Ya Rayah –où Hakim Hamadouche a pu enfin faire pleinement entendre le son de son mandoluth dans un concert talentueusement foutraque qui envoyait du gros son -a déchaîné le public, cadré avec justesse par un service d’ordre impeccable. Les couscoussiers du soir livrant une version forcément plus endiablée que celle de l’après-midi même, au théâtre Jean-Claude Carrière par Kamel El Harrachi, le propre fils du créateur de la chanson datant de 1973, Dahmane El Harrachi, accompagné de l’orchestre de la Casbah. Lequel «n’aurait jamais imaginé que la chanson allait devenir un tel succès mondial, reprise en grec, en turc, dans des défilés de mode de Versace à Miami et même des soirées bien françaises», a témoigné ailleurs le journaliste Farid Aïchoune. Et rien que pour ça un immense et éternel respect à Rachid Taha.
Le festival Arabesques, ça continue ce week-end. Photos Luc Jennepin.
A la Une, de gauche à droite : Justin Adams, Rodolphe Burger, Yousra Mansour, Sofiane Saidi, Hakim Hamadouche.