Dans le cadre de la tournée French Peace Nobel Tour, organisée par le Mouvement pour la paix, une délégation d’Hibakushas, les victimes des bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki, est venue à Montpellier. Au programme : conférences de presse, rencontres avec les collégiens, lycéens, étudiants, élus et citoyens. Avec le même message : en finir avec l’horreur nucléaire. Artiste montpelliéraine dont les œuvres sont très influencées par cette tragédie, Claudia Montanari les a rencontrés.
210 000 victimes directes
En 2025, nous commémorons les 80 ans des bombardements atomiques d’Hiroshima et Nagasaki, les 6 et 9 août 1945. Des événements qui ont marqué à jamais l’histoire de l’humanité. À Hiroshima, environ 140 000 personnes sont mortes à la fin de 1945, et à Nagasaki, près de 70 000. À ces chiffres s’ajoutent les centaines de milliers de blessés et les générations suivantes affectées par des pathologies graves, cancers et leucémies, causées par les radiations. Ces bombardements, uniques dans leur ampleur et leur barbarie, symbolisent la destruction totale et l’urgence du désarmement nucléaire.
Prix Nobel de la paix
Depuis, les survivants, appelés Hibakushas, témoignent inlassablement pour que le monde n’oublie pas et pour que de telles horreurs ne se reproduisent jamais. En 2024, l’association japonaise Nihon Hidankyo, coordination des associations de survivants et victimes des bombes atomiques, a reçu le Prix Nobel de la Paix pour son engagement dans la mémoire et la transmission de ces histoires.

Lors de la tournée French Peace Nobel Tour, organisé par les coordinations PACA et Occitanie du Mouvement pour la paix (*) du 19 au 30 novembre 2025, une délégation d’Hibakushas, accompagnée de représentants du Conseil japonais contre les bombes A et H Gensuiko (ci-dessus), a parcouru la région Provence-Alpes-Côte d’Azur et Occitanie. Parmi eux, Hideto Matsuura, né quelques mois après l’explosion de Hiroshima, raconte la survie de sa mère enceinte de sept mois et les séquelles durables des radiations.
La cruauté invisible des radiations
Son récit illustre la dimension humaine et persistante de la violence nucléaire, au-delà des chiffres et des destructions matérielles :
«Je tiens à dénoncer la cruauté invisible des radiations. Quelques jours après le largage des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, les personnes gravement blessées ou brûlées sont décédées. C’est à partir de ce moment-là qu’un phénomène étrange a commencé à se produire. Des personnes qui avaient réussi à s’enfuir, sans brûlures ni blessures, ont soudainement développé une forte fièvre inexpliquée et des tâches violacées sont apparues sur leurs corps. Peu après, elles ont commencé à saigner abondamment des gencives, des yeux et des oreilles, et sont mortes les unes après les autres. Parmi les victimes, certaines ne se trouvaient pas dans la ville au moment du largage de la bombe atomique, mais étaient des militaires venus porter secours ou des civils venus chercher des proches. Les radiations n’ont ni couleur, ni forme, ni odeur. À la fin de l’année, elles avaient tué 140 000 personnes à Hiroshima et 70 000 à Nagasaki. Les radiations des bombes atomiques continuent à ronger les corps depuis des décennies» (Hideto Matsuura est au centre sur la photo).

Le traîté TIAN
Hideto et ses compagnons ont également appelé la France et les autres puissances nucléaires à signer et respecter pleinement le Traité d’interdiction des armes nucléaires (TIAN), entré en vigueur en 2021 : «Les armes nucléaires ne peuvent coexister avec l’humanité. Les Etats dotés d’armes nucléaires, y compris la France, doivent adhérer dès que possible au Traité sur l’interdiction des armes nucléaires. C’est pour cela que je suis venu ici, afin d’unir nos forces. Continuons à lutter ensemble jusqu’à ce que le monde soit débarrassé des armes nucléaires».
En tant qu’artiste engagée et journaliste, j’ai été présente à une conférence de presse au collège de la Croix d’Argent. J’ai pu observer et recueillir le poids et la profondeur de ces témoignages, qui faisaient écho au film incontournable La pluie noire que je venais de visionner (réalisé par Shōhei Imamura, sorti en 1989, adapté du roman homonyme de Masuji Ibuse). Ces moments ont résonné avec mon travail artistique sur la résistance contre le fascisme et l’injustice, notamment à travers ma série sur la famille Cervi (tableau ci-dessous), résistants anti-fascistes italiens, symbole de courage, de solidarité et de lutte contre l’oppression.

L’art, vecteur de mémoire
L’art, dans ce contexte, est un vecteur de mémoire et d’émotion. Observer les Hibakushas m’a inspirée à réfléchir sur la manière dont la mémoire de la souffrance et du courage peut traverser les générations, toucher les consciences et susciter l’action (ci-dessous, Le Karma des innocents). Porter ces voix à travers mes œuvres, c’est faire le lien entre le passé et le présent, rappeler la fragilité de la paix et la responsabilité de chaque citoyen face aux menaces nucléaires.
La Coordination PACA du Mouvement de la Paix, fidèle à sa mission dans l’esprit de la Charte des Nations Unies, œuvre pour unir toutes celles et tous ceux qui souhaitent défendre la paix, promouvoir le désarmement et créer une culture de paix. Grâce à ces initiatives, artistes, journalistes, enseignants et citoyens peuvent transformer le témoignage en engagement concret et renforcer la conscience collective sur la nécessité d’un monde sans armes nucléaires.

Dans ce cadre, mon engagement artistique se nourrit à la fois de l’histoire, des récits de résistance et des messages des Hibakushas. Il s’agit de rappeler que la mémoire, quand elle est transmise et ressentie, devient un moteur de vigilance, de solidarité et d’action. La paix n’est pas une idée abstraite, mais un combat quotidien, un travail de transmission et d’inspiration à travers l’art, l’éducation et l’engagement citoyen.
(*) Le French Peace Nobel Tour a été organisé par les coordination PACA et Occitanie du Mouvement pour la paix du 19 au 30 novembre 2025, soutenues par un large collectif. Pour la région Occitanie : Banksy Modeste Collection, le Pcf de St Georges d’Orques (34), La Carmagnole (34), Maires pour la paix, Japonais de Montpellier, Ville de Jacou (34), Collège de la Croix d’Argent, Lycée Jules Guesde, Université des sciences et des lettres Montpellier (34), Association « Motifs d’évasion », Le Prolé Nîmes (30, La Baraquette Citoyenne, L’espace Citoyen, le PCF Sète, le PCF St Georges d’Orques, L’ARAC34 (l’Association Républicaine des Anciens Combattants), la FSU 34.
PHOTOS
-UNE : Photo d’une membre de la délégation de Angelo Crotti, prise lors d’une rencontre assez magique au Plan Cabanes organisée par Nourdine Bara et Lorena Schlicht (Maires pour la paix France) avec l’association Plume et Compas qui a préparé les enfants.
-Photo avec la banderole de Angelo Crotti prise lors de la rencontre au Plan Cabanes avec des représentants du Conseil japonais contre les bombes A et H (Gensuikyo), accompagnant la tournée.
-Photo prise lors de l’inauguration d’une salle Nihon Hidankyo du nom de l’association qui a reçu le prix Nobel de la paix, en 2024, au collège de la Croix d’argent.
Au centre Hideto MATSUURA, Executive Board Member oh Hidankyo, Secretary General Ehime Association of A-bomb Sufferers. Vit actuellement à Matsuyama.
A sa droite (à sa gauche quand on regarde) : Yayoi TSUCHIDA, Assistant General Secretary Japan Council against A&H Bombs (GENSUIKHO), vit actuellement à Tokyo. Yayoi Tsuchida est une dirigeante du mouvement pacifiste japonais Gensuikyo engagé pour la mémoire des hibakusha et l’abolition des armes nucléaires, en particulier par des actions internationales, du militantisme et du témoignage.
A la gauche de Hideto MATSUURA (à sa droite quand on regarde la photo) : Masako WATANABE, vit à Akita City. Masako Watanabe est une survivante des bombardements atomiques (hibakusha) et l’une des dirigeantes de l’organisation Nihon Hidankyo en tant que secrétaire générale adjointe. Elle travaille à faire connaître les témoignages des survivants, milite pour l’abolition des armes nucléaires, organise des actions publiques et des conférences, et participe aux tournées internationales
POUR CONNAÎTRE LE TRAVAIL DE CLAUDIA MONTANARI, regarder ici. Contact : claudiamontanari34@gmail.com
De haut en bas : « Les 7 frères » et « Le karma des innocents ».