Maître du noir et blanc, Raymond Depardon expose ses photos couleur au Pavillon populaire jusqu’au 12 avril 2026. Sous l’impulsion de son fils et de sa belle-fille, Simon Depardon et Marie Perennès, le légendaire photographe français réévalue une production récréative, qu’il ne jugeait pas tout à fait digne d’intérêt. L’exposition Extrême Hôtel réunit 150 photos des années 60 à nos jours. Dont beaucoup n’ont jamais été montrées.
De Depardon, on avait aussi vu Communes dans le même Pavillon Populaire, en 2022 : imposante série en noir et blanc sur les villages oubliés de l’arrière-pays méditerranéen. Des tirages ont d’ailleurs été offerts avec d’autres photos de deux autres séries (Rural, Son œil dans ma main) au musée Fabre, visibles dans le cadre de l’exposition permanente (*).
La couleur chez Raymond Depardon a longtemps cherché sa place dans les interstices d’une carrière considérable en noir et blanc. C’est presque une revanche de la voir joyeusement exposée dans le Pavillon populaire flambant neuf, après quelques mois de travaux.
L’incendie de Clamart
A l’origine de la redécouverte d’une production marginalisée : l’incendie de la demeure familiale à Clamart qui a incité le photographe à confier son patrimoine photographique au fort de Saint-Cyr, “sanctuaire” de la photographie (dans la Médiathèque du patrimoine et de la photographie). Une démarche dans laquelle le fils s’est investi, aux côtés de l’historienne de l’art Marie Perennès (ensemble, ils ont produit le passionnant documentaire Riposte féminine). «Fouillant», revisitant l’œuvre. 1 250 000 négatifs. Des livres. Des accréditations presse. Des appareils.

La couleur donc. Jusqu’ici à la limite de la relégation, elle explose sur les murs de ce haut lieu de la photo sous le titre de Extrême Hôtel, le nom d’un hôtel de Addis-Abeba en Ethiopie où le photographe a séjourné. On y trouve des publications de ses années de reporter (Bardot, la reine Elisabeth, l’affaire Françoise Claustre). Une série américaine inédite. Les non-lieux des USA, les bords de route vides, façon Paris Texas, dans des compositions d’une implacable géométrie. Egalement les intérieurs des Français au goût de formica pour une commande de la Datar (Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire).
Un autre Depardon
C’est un autre Depardon. Plus personnel. Il y a cette somptueuse série sur Glasgow, réalisé en 1980, et refusée par le journal commanditaire, le Sunday Times, au motif qu’elle était trop personnelle (photo ci-dessus). A Tokyo, en 2016/17, les photos sont prises sans pression. Pas de commande, cette fois. Une photo du plaisir.
Curieusement, il n’y a pas son Journal de France, des photos prises à la chambre (un appareillage photographique imposant sur pied, la tête couverte), pour lequel il a avalé 70 000 km sur les routes françaises avec son fourgon Trigano.

Après la visite de presse assurée par Simon Depardon et Marie Perennès, le voilà. Très attendu. Il commente sa série sur les paysans, avec ce phrasé qui rappelle ses origines. Dans Télérama, il a eu cette phrase étonnante : “Je tenais mon Rolleiflex comme la tête d’un petit veau que mes parents m’auraient confié”.
On installe des chaises pour engager un dialogue avec les journalistes et là se joue une charmante comédie familiale. L’épouse, Claudine Nougaret, et les enfants (Simon Depardon et Marie Perennès à sa droite) posent un regard complice, tendrement moqueur sur le grand homme, assez digressif, qui tient des propos presque lunaires, tellement riche d’anecdotes mais livrées dans le désordre. Citant pêle-mêle Roosevelt, l’argentique, son père qu’il n’est jamais arrivé à photographier, Chirac.
Haïr la couleur, c’est ridicule
Il faut insister pour qu’il parle de son rapport à la couleur. «Le noir et blanc a longtemps dominé le photojournalisme, comment les deux commissaires de l’exposition, perçu comme langage du sérieux et de la vérité». Raymond préfère le noir et blanc. Il a été longtemps réticent à montrer ses photos couleur». Commentaire de son épouse : «Il va doucement, Raymond. Il arrive seulement à la couleur».
«Je n’oppose pas noir et blanc et couleur» consent-il à répondre. J’ai fait une paix personnelle. La couleur, il y a des photographes qui la haïssent mais c’est ridicule. Mais j’ai du mal à trouver un sujet en couleur. La couleur, c’est entre deux sujets noir et blanc ! Ce sont les bonbons de mon enfance !».
Extrême Hôtel, Raymond Depardon, au Pavillon populaire à Montpellier jusqu’au 12 avril 2026. En savoir +.
(*) Au musée Fabre, la donation Depardon est visible, avec le billet des collections permanentes.
Photos : ITALIE-Sicile.Taormine-1981-Crédit-Raymond-Depardon-Magnum et ECOSSE-Glasgow-1980.-Crédit-Raymond-Depardon-Magnum.