Question simple : quel est le livre marquant, important pour vous, que vous avez envie d’offrir à Noël à celles et ceux que vous aimez ?
Voici les réponses d’actrices et acteurs du monde culturel, de la société civile qui ont croisé notre route cette année. Muriel Palacio, Valérie Chevalier, Julia Brugidou, Eric Mangion, Corine Girieud, Adriane van der Wilk, Pierre Martinez , Lise Gallois, Nourdine Bara, Nicolas Heredia, Malika Aboubeker, Laurie Bellanca, Sophie Ursella , Gaëlle Maury, Chloé Delaporte, Alain Makinson, Jean-Paul Deniaud, Eric Soriano, Vigdis Morisse-Herrera, Jacquel Ikoko, Miquel Clémente.
Valérie Chevalier : Le temps où nous chantions, Richard Powers
Valérie Chevalier est directrice de l’Orchestre Opéra national de Montpellier.
Le temps où nous chantions de Richard Powers m’accompagne depuis plusieurs années : l’histoire d’une famille métisse traversée par les tensions politiques et sociales, unie par la musique. Un roman sur la puissance de l’art, l’amour, la fraternité, l’identité, l’héritage et la mémoire, porté par une playlist magnifique. C’est un livre que j’offre à celles et ceux qui sont dans mon cœur.
Julia Brugidou : Zaï Zaï Zaï, Fabcaro
Julia Brugidou est organisatrice d’ateliers d’écriture sous la marque Poisson Plumes.
Une petite BD qui se dévore en toutes saisons d’un écrivain « lokkal » et qui ravira jeunes et vieilles générations par un peu d’humour absurde. Cultiver le rire dans le monde fou que nous vivons est de première nécessité…
Eric Mangion : L’homme sans qualités, Robert Musil
Eric Mangion est directeur du FRAC, Fonds régional d’art contemporain.
Le livre que j’aime et que j’aime offrir, c’est L’homme sans qualités de Robert Musil. C’est un exceptionnel roman philosophique qui remet en cause toutes les connaissances, toutes les certitudes, tous les savoirs. Il débute ainsi : “D’où, chose remarquable, rien ne s’ensuit“, puis un bulletin météo. Et l’action se passe en Cacanie, un État qui « ne subsistait plus que par la force de l’habitude. »
Corine Girieud : Tout ce que j’aimais, Siri Hustvedt
Corine Girieud est docteure et enseignante en histoire au MO.CO. Esba (École supérieure des beaux-arts Montpellier Contemporain).
J’ai découvert la romancière Siri Hustvedt avec Tout ce que j’aimais, récit du New York artistique des années 70. J’ai été transportée au centre de cette scène culturelle habitée par des personnages intensément incarnés. Ce livre est devenu un cadeau à partager, et les œuvres de son autrice nourrissent désormais tant ma bibliothèque que les discussions avec celles qui se sont laissé à leur tour emporter par sa plume sensible.
Adriane van der Wilk : La plus que vive, Christian Bobin
Adriane van der Wilk est cofondatrice d’un parc pour enfants d’un nouveau genre à Montpellier, Les enfants dehors.
Pour ma part, c’est La plus que vive de Christian Bobin, pour la lenteur et la lecture douce qu’il fait du deuil.
Pierre Martinez : Après Dieu, Richard Malka
Pierre Martinez est co-directeur de l’Agora de la danse.
Ce livre m’a secoué. Il m’a redonné le goût du débat et l’envie farouche de défendre ce qui constitue notre socle commun : les héritages de la Révolution et des Lumières, la République, la démocratie, la laïcité. Nos valeurs. Je l’offre souvent à des amis que je sens parfois gagnés par une forme d’engourdissement face à la montée apparemment inexorable des extrêmes, de la violence et du rejet de l’autre. En mêlant avec une grande maîtrise réflexion politique et récit intime, Malka construit un texte civique presque initiatique. Un ouvrage indispensable pour quiconque refuse la fatalité et veut encore croire à la possibilité de résister.
Lise Gallois : Le processus de la présence, Michael Brown
Lise Gallois est facilitatrice d’intelligence collective, coach, médiatrice de conflits avec la CNV (communication non violente).
J’offre Le processus de la présence de Michael Brown, un tournant majeur dans ma vie, une résonance au quotidien dans ma vie depuis lors. Je me suis mise à… moins lire d’ailleurs, et davantage me sentir vivre et vivante. C’est moins un livre qu’une expérience, moins un exploit littéraire qu’un témoignage et une proposition humbles, qui m’a ouvert la voie concrète du fameux pouvoir de l’instant présent.
Je vis une sécurité intérieure et une joie de vivre, même dans l’inconfort voire la douleur, quoi de plus ultime ?

Nourdine Bara : Le livre de ma mère, Albert Cohen
Nourdine Bara est auteur et organisateur d’Agoras, déambulations à l’attention des scolaires.
Je crois qu’il n’y a pas eu plus bel hommage fait à sa mère (ce sont à peu près les mots qu’a eu Marcel Pagnol à propos de ce livre) : «J’avais honte d’elle quand j’étais jeune. Je la trouvais trop juive, trop orientale, trop bruyante. Et maintenant j’ai honte de ma honte». Et il y a cette autre phrase, à laquelle je pense parfois, cet enfer en soi dont on produit seul tout l’insupportable, d’avoir imaginé un avantage à se suffire à soi-même : «Chaque homme est seul et tous se fichent de tous et nos douleurs sont une île déserte».
Nicolas Heredia : Aucune photo ne peut rendre la beauté de ce décor, Taroop et Glabel
Nicolas Heredia, metteur en scène, compagnie La Vaste entreprise.
Toujours difficile d’en choisir un seul, mais je dirais Aucune photo ne peut rendre la beauté de ce décor des artistes Taroop et Glabel, édité par Semiose. Une collection de photos glanées dans la presse régionale et assorties uniquement de leur légende, sorties de tout contexte, et dégageant ainsi un humour absurde, et plus encore, une poésie assez merveilleuse !
Malika Aboubeker : Récits de saveurs familières, Erri de Luca
Malika Aboubeker est chargée des relations publiques à UNi’SONS (festival Arabesques).
Passionnée de cuisine italienne et adorant l’écriture d’Erri de Luca, je n’ai pas résisté à l’envie de découvrir ce livre au moment de sa sortie (juin 2025). Et quel livre, parfumé de souvenirs et de bruits de cuisine napolitaine… Erri de Luca nous livre ses secrets, ses souvenirs d’enfance, de militant, de toute une époque, celle d’un Napoli métamorphosé ….
Une invitée -nutritionniste- met en lumière l’intelligence gustative (et économique) des plats. Un livre qui se transmet entre l’amour de l’écriture et la joie des déjeuners en famille. Pour mon mari napolitain.
Laurie Bellanca : Notes sur la mélodie des choses, Rainer Maria Rilke
Laurie Bellanca est lectrice, comédienne et assistante à la mise en scène, à l’origine des Lectures électriques.
Parce que c’est un écrit de jeunesse, parce qu’il y propose une inversion du regard; faire passer l’arrière-fond au devant de la scène et que politiquement, cela me semble être une idée salvatrice et bienvenue en ces temps étranges… Parce que cela vient dérouter notre rapport à l’individuel et au collectif, parce que tout s’y passe à l’aune de la solitude mais dans la multitude… d’un orchestre, d’une chambre, d’une forêt, d’une peinture, d’un souvenir… Notes sur la mélodie des choses est un très court texte dans lequel on peut puiser année après année, sans jamais y relire la même chose. “Nous sommes au début, vois tu. Comme avant toute chose. Avec mille et un rêves derrière nous et sans acte.” Comme une invitation à l’écoute de ce qui agit en arrière de nous, nous pousse à jouer notre solo au bon moment et à nous inscrire dans un monde élargi. Une ode à la solitude peuplante et à l’enfance des gestes.
Sophie Ursella : La lettre à Helga, Bergveinn Birgisson
Sophie Ursella des éditions Anagraphis, est responsable de communication de l’association qui gère la Banksy Modeste Collection.
J’aime offrir La lettre à Helga de l’auteur islandais Bergveinn Birgisson (Ed. Zulma). Un roman épistolaire taillé dans la lave, puissant et poétique où se brise le silence d’une vie.
Gaëlle Maury : Cartographie radicale, explorations, Nepthys Zwer, Philippe Rekacewicz
Gaëlle Maury est directrice du centre d’art La Fenêtre.
Un livre qui m’a fascinée et que j’ai offert ensuite : Cartographie radicale, explorations de Nepthys Zwer et Philippe Rekacewicz aux éditions de La Découverte.
Avec ce livre, on comprend qu’une carte n’est jamais neutre, qu’elle peut devenir un instrument de pouvoir, de contestation ou d’émancipation. Je l’ai offert à mon père, un esprit libre, qui boude les GPS et utilise toujours ses cartes routières…
Chloé Delaporte : Les cerfs-volants de Romain Gary
Chloé Delaporte est professeure en études cinématographiques et audiovisuelles à l’Université de Montpellier Paul-Valéry.
Un livre qui me tient particulièrement à coeur : Les Cerfs-volants de Romain Gary, qui m’avait été offert par une amie chère, il y a quelques années, et que je me plais désormais à offrir à mon tour. C’est une histoire simple, d’une élégance rare dans l’écriture (comme tout Romain Gary !), sur un amour impossible. Les personnages y sont décrits de manière si juste que chacun peut être touché.
Alain Makinson : L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage, Haruki Murakami
Alain Makinson, médecin, est président du collectif des riverains des 4 boulevards.
J’ai adoré Haruki Murakami et son style épuré dans L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage, un roman d’apprentissage des liens amicaux et amoureux inoubliables, et donc d’un pèlerinage interne sur des décades.
Jean-Paul Deniaud : La Convivialité, Ivan Illich
Jean-Paul Deniaud est cofondateur de Pioche!, magazine écologique, et du 2030 Festival.
Spontanément je dirais de Ivan Illich, La Convivialité (1973), pour sa critique radicale de l’industrialisation, de la performance et de la croissance, et sa défense de l’autonomie des gens, des savoirs populaires, et de la fabrication en communauté. Somme toute un excellent programme pour notre époque ! Clairvoyant et mobilisateur.
Eric Soriano : À la ligne, Joseph Pontus
Eric Soriano est politologue, maître de conférences en science politique (Université Paul Valéry).
Ce n’est pas un récit exemplaire et la forme du texte n’est pas un choix gratuit. Joseph Ponthus y raconte son travail d’ouvrier intérimaire dans les usines agroalimentaires bretonnes, sans chercher à convaincre, mais à tenir. Il écrit depuis l’intérieur du travail, depuis le corps engagé dans la répétition, la fatigue et la contrainte. Le livre impose un rythme, une économie de mots, une sobriété qui rappelle celle du travail lui-même. On y éprouve avec retenue et pudeur quelque chose de la chaîne : la reprise, l’arrêt, l’endurance. Le livre expose et cette exposition est politique.
Vigdis Morisse-Herrera : Le seuil, Fanny Vella
Vigdis Morisse-Herrera est la fondatrice Opale.care plateforme de lutte contre les violences conjugales
S’il y a un livre que j’ai beaucoup offert ces derniers temps, c’est Le seuil de Fanny Vella car il explique à merveille les mécanismes de la violence conjugale, comment elle s’installe, comment elle est insidieuse, ce qu’elle implique pour le corps et l’esprit, ses multiples formes.
La BD est un format qui rend ultra accessible des concepts et celui des mécanismes des violences. Toutes les femmes doivent l’avoir en tête.
Jacquel Ikoko : La vie devant soi, Romain Gary
Jacquel Ikoko est étudiante en première année de master Études culturelles à l’Université Paul-Valéry de Montpellier.
J’ai lu ce livre, il y a cinq ans et il me marque toujours autant. Dans ce roman, on suit Momo, un jeune garçon, nous racontant son quotidien avec Madame Rosa, une ancienne prostituée et rescapée d’Auschwitz. Dans le quartier de Belleville à Paris, dans les années 70, Madame Rosa malade et en fin de vie, accueille des enfants de prostituées, dont Momo, pour les protéger de l’assistance publique. Ce qui m’a le plus frappé, et ce qui fait de ce livre l’un des plus touchants que j’ai lu, c’est la voix singulière et bouleversante du narrateur Momo. Il est à la fois drôle, naïf et d’une maturité désarmante.
Miquel Clémente : Odyssée de merde, Antoine Breda
Miquel Clémente est directeur de la librairie En Traits Libres et des éditions 6 Pieds Sous Terre.
Mon coup de cœur : “Odyssée de merde” de Antoine Breda aux éditions 6 Pieds Sous Terre. Ce petit bijou d’humour belge tragiquement drôle met à l’honneur les loosers et nous rappelle, dans ces temps difficiles, qu’il faut rire de tout. Quand une angoissée de la vie se retrouve à faire un roadtrip avec un geek associal, chaque étape est une épreuve et chaque péripétie devient épique. Leur incapacité à affronter des choses devenues banales de la vie quotidienne ne les empêche pas de mettre le doigt là où il faut. On ricane, on sourit, on rit la larme à l’œil, tout y passe.
Muriel Palacio : La vie de Brian, Les Monthy Python
Murielle Palaccio, directrice de What The Fest, qui organise notamment le festival des musiques sombres EX TENEBRIS LUX, dont le dernier événement autour d’Halloween a fait polémique.
Parce que je n’ai pas encore tout à fait digéré mon épisode croisade catho, j’offrirai le livre La Vie de Brian par les Monty Python (ainsi que le fabuleux film) parce que c’est sans doute l’œuvre la plus honnête jamais produite sur la religion : le vrai miracle, ce n’est pas Dieu, mais la capacité humaine à suivre n’importe quoi et qui avec une ferveur absolue et absurde.
C’est une satire du « suivisme humain », une atomisation façon puzzle du fanatisme, de l’aveuglement collectif et l’idée qu’une croyance serait vraie parce que beaucoup de gens y croient très fort.
Au XXIᵉ siècle, on n’a plus besoin de dictateurs ni de prophètes : un algorithme, des réseaux sociaux, une foule crédule et un peu de peur suffisent largement.
Bref, recommander La Vie de Brian, ce n’est pas être blasphématoire, c’est être légèrement lucide sur la nature humaine et accessoirement, avoir un excellent sens de l’humour ce que les zautres d’en face n’ont pas.
So “Blessed are the cheesemakers”