Bouton SOS harcèlement dans les transports : entre sécuritaire et care

Un geste discret, dix secondes de réponse, et parfois une interpellation à la clé ? Depuis fin novembre 2025, Montpellier expérimente un bouton SOS intégré à l’application M’Ticket, pour lutter contre le harcèlement dans les transports en commun. Nouveau venu dans l’arsenal sécuritaire municipal, le dispositif peine encore à se faire connaître. Notre enquête auprès des usagers confirme son caractère «rassurant».

2 minutes pour intervenir

Sur l’écran d’accueil de l’application M’Ticket, il est en haut à droite. Un bouton SOS pensé pour les situations d’urgences. Une pression suffit pour donner l’alerte, sans attirer l’attention : par appel vocal si l’on peut parler, ou par messagerie silencieuse. L’information arrive aussitôt au poste de commandement de TaM et avec l’accord de l’usager, la géolocalisation et l’écoute d’ambiance, aident à comprendre ce qui se joue. À l’autre bout de la chaîne, un opérateur évalue la gravité et déclenche une réponse graduée : équipes TaM, Police Métropolitaine des Transports, puis police nationale ou gendarmerie si nécessaire.

« Environ dix secondes pour la prise en charge, et moins de deux minutes avant une intervention », explique Fatma Nakib, adjointe à l’égalité femmes-hommes du maire de Montpellier. Cette rapidité interpelle mais elle est confirmée par Yohann Parchemin, responsable du Poste de Commandes Centralisées TaM. qui rappelle la présence déjà effective des équipes de la police des transports et de TaM, régulièrement déployées en patrouille. Par ailleurs, pour éviter les abus, chaque alerte est vérifiée et un usage détourné peut entraîner le blocage du compte. L’alerte n’est pas anonyme puisque donnée à partir de l’appli de l’un ou l’une des 400 000 abonné.e.s de M’ Ticket. Le service s’étend jusqu’à 2 heures du matin la semaine et 3 heures le week-end.

Dix alertes par jour

Les premiers jours ont donné le ton. Entre le 25 novembre et le 11 décembre 2025, le bouton a été activé 45 fois, soit trois alertes par jour. Depuis, le rythme s’est accéléré. «Une dizaine par jour, dont une à deux qui débouchent sur des interventions», précise Yohann Parchemin. La majorité passe par la messagerie (73 %), plus discrète que l’appel (27%). Derrière les signalements, ce sont surtout des atteintes répétées à la tranquillité des usagers : propos sexistes, insultes et comportements intrusifs. Certaines alertes ont mené à des interventions concrètes, comme l’interpellation d’un individu pour attouchement sur une jeune femme. «C’est gratifiant pour nous et ça permet à nos usagers de se sentir en sécurité», confie le responsable PCC.

On vise un public d’hommes

Le bouton SOS n’a pas été lancé le 25 novembre 2025, par hasard, le même jour que la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes. Fatma Nakib le dit sans détour : «on vise un public d’hommes qui ont des comportements déplacés vis-à-vis des femmes». Mais l’outil ne se limite pas aux femmes. «Aujourd’hui, nous n’avons pas plus d’alertes dédiées aux femmes qu’à l’ensemble des usagers», nuance Yohann Parchemin.

Le dispositif donne aussi une place aux témoins. «En matière de harcèlement, la protection des témoins est une question sensible. La discrétion du dispositif, on l’espère, va permettre d’encourager des témoins à ne pas rester stoïques sur leur siège, sans se mettre en danger», explique l’élue.

Marseille et Montpellier, même démarche

Montpellier s’est inspirée d’un modèle comparable à celui de Marseille ou Orléans, pionniers du genre. Malgré l’affirmation d’une spécificité locale, les logiques se rejoignent. Montpellier et Orléans reprennent le principe marseillais d’une application mobile permettant aux victimes ou aux témoins de déclencher une alerte géolocalisée en temps réel, assortie d’une intervention d’agents. Marseille et Montpellier proposent de la même manière un appel ou une messagerie, avec une prise en charge rapide, en dix à vingt secondes. Orléans élargit le dispositif au-delà de l’urgence : le signalement peut aussi porter sur une simple incivilité ou un inconfort, via un formulaire, mais sans option de messagerie.

La formation est au cœur du dispositif. Tout comme les agents marseillais du GAP (groupe d’assistance et de protection), les agents de la police des transports montpelliérains ont été formés. À moyen terme, de nouvelles évolutions sont envisagées. Comme à Marseille qui a installé des bornes d’appel d’urgence dans son métro, la TAM prévoit l’installation de boutons SOS physiques aux arrêts de bus et de tram dans tout le réseau. Pour renforcer la dissuasion.

A Marseille, la RTM s’appuie sur un réseau de 5 600 caméras, une offre de descente à la demande et un Groupe d’assistance et de protection de 99 agents, équipés de caméras-piétons. Même si l’échelle n’est pas la même, Montpellier défend aussi une vision globale de la sécurité dans les transports avec 440 caméras de vidéosurveillance, une Police Métropolitaine des Transports de 42 agents, la descente à la demande instaurée en juillet 2025. L’objectif : améliorer le piètre score de 4ᵉ ville de France la plus touchée par l’insécurité dans les transports en commun, selon le ministère de l’Intérieur (2022).

La gauche marseillaise perplexe

Interrogée sur cette politique, Nathalie Tessier, l’adjointe déléguée aux droits des femmes et à la lutte contre les violences faites aux femmes à la Ville de Marseille a paru perplexe. Masquant mal ses réserves au téléphone. Il est vrai que le réseau est géré à la métropole par les adversaires politiques du maire (divers Gauche) de la ville, Benoît Payan. Sur les questions de sécurité, sa présidente Martine Vassal, (divers Droite) n’a pas froid aux yeux. Elle a récemment demandé aux ministres des Transports et de l’Intérieur un cadre légal pour armer les agents du GAP dans les bus, tram et métro de Marseille.

Spécialiste des questions de sécurité, même s’il ne travaille pas spécifiquement sur ce sujet, le sociologue montpelliérain Matthijs Gardenier donne des clefs pour comprendre le traitement actuel des problématiques sociales au prisme de la sécurité (*). En matière de violences faites aux femmes dans l’espace public, Montpellier ne se limite pas, heureusement, à cette approche.  

Usagers : entre adhésion et questions

Du côté des voyageurs, l’accueil est globalement positif. Le bouton est perçu comme rassurant. «Il suffit d’avoir son téléphone, c’est simple et discret», apprécie une passagère.

Parmi la vingtaine d’usagers interrogés, beaucoup ignoraient toutefois l’existence du fameux bouton. «Il faudrait que les informations sur les résultats de ce genre de dispositif soient mises à disposition de tous», remarque une voyageuse. D’autres interrogations portent sur l’absence de téléphone pour certains usagers et sur l’efficacité réelle du dispositif en cas d’agressions aussi subites que violentes : «Je me suis battue avec un homme pour protéger une femme sortant de l’hôpital», raconte une voyageuse que le bouton SOS laisse dubitative.

Seul le temps permettra d’en mesurer l’impact. À titre de comparaison, à Marseille, où le dispositif existe depuis deux ans, on s’est félicité d’une baisse des affaires : la RTM a traité 130 alertes suivies d’interpellations en 2023 contre 97 en 2025. Souvent des alertes menant à des interpellations d’hommes menaçant des voyageuses. Récompensé par une médaille d’or aux Trophées de la sécurité 2023, le réseau RTM s’est classé deuxième réseau le plus sûr de France, selon une étude ministérielle publiée en 2024, derrière Lyon. Des résultats qui laissent entrevoir, à Montpellier, une évolution comparable sur le long terme, si l’actuel maire reste en place, avec les limites d’une ville de gauche ?

 

(*) « Vigilantisme et idéologie de la sécurité, Des voisins vigilants aux groupes antimigrants », Matthijs Gardenier, Liber. Le sociologue montpelliérain était récemment l’invité d’une rencontre « Tu Parles Charles » de l’Université Paul Valéry en partenariat avec LOKKO.

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