mille formes, centre d’initiation à l’art pour les enfants de 0 à 6 ans ouvre ce vendredi 6 février à Montpellier. Situé à Antigone, il propose des espaces multiples sur 1000m2 -musée, café, galerie, salle de spectacle- habités par des artistes contemporains. Pensé en partenariat avec le Centre Pompidou, il bénéficie des recherches récentes en neurosciences. Entretien avec sa directrice, Lydie Marchi, historienne d’art.
LOKKO : mille formes est le deuxième centre d’art après celui de Clermont-Ferrand que le Centre Pompidou, propriétaire de la marque, labellise et accompagne. Avez-vous répliqué le concept dans l’esprit d’une sorte de franchise ?
LYDIE MARCHI : Il y a un concept mille formes effectivement, mais ce n’est pas réellement une franchise. Nous avons une base de travail commune mais nous avons travaillé à l’adapter. Il y a un contexte différent à Montpellier, avec des propositions déjà riches dans ce domaine, notamment au musée Fabre, depuis plusieurs années, tandis que Clermont-Ferrand avait tout à construire. Ici, on ne part pas d’une page blanche. Le musée Fabre fait des projets pour la petite enfance depuis 2007 et a été lui-même inspirateur du centre Pompidou qui est à l’origine des centres mille formes (Lydie Marchi, ici, en photo).

La conception du lieu aussi est le résultat du travail collectif de 90 agents qui ont travaillé sur le projet, des 3 pôles de la Ville -le pôle petite enfance, le pôle culture et le pôle éducation- en lien avec l’équipe du Centre Pompidou et son expertise très fine. On s’est inspirés aussi de ce qui se faisait déjà à Clermont-Ferrand mais en l’adaptant.
C’est par la main que se forme l’esprit
Qu’avez-vous de distinctif ?
Nous avons privilégié les dispositifs artistiques immersifs. Notre différence notable par rapport aux autres centres d’art, c’est qu’on peut toucher à tout. Dans tous nos projets, nous faisons en sorte que l’enfant soit auteur de ses gestes. Je dis souvent qu’à mille formes, il est interdit de ne pas toucher. Les «petites mains» ont la possibilité de devenir autrices. On part du postulat que le toucher est au cœur de l’apprentissage. C’est ce que Maria Montessori disait dans cette formule : «c’est par la main que se forme l’esprit». C’est un projet qui doit beaucoup aux pédagogies alternatives.

En quoi ces propositions sont-elles radicalement immersives ?
Nous créons des univers complets. Au niveau de la «Bulle au bébé» (ci-dessus), les petits se trouvent dans la jungle luxuriante de tissus de Stéphanie Lalew. Au rez-de-chaussée, où se trouve la sculpture Totemic de Damien Poulain, on peut empiler soi-même des formes en mousse colorées sur de grands cubes de bois. Les enfants évoluent dans une forêt de personnages, dans un espace complètement transfiguré par la présence des totems.
Les bébés et l’humour
Comment intervient l’expertise du centre Pompidou qui labellise ce centre d’art montpelliérain ?
L’expertise du centre Pompidou est intéressante car elle s’appuie sur les neurosciences. Et sur toute une recherche qui est finalement assez récente. On sait depuis longtemps que le bébé est une personne mais on bénéficie d’avancées désormais sur beaucoup de sujets. Au mois de novembre, nous avons reçu une formation très pointue du centre Pompidou sur les bébés et l’humour, qui nous a donné des pistes de médiation. A côté de cela, nous allons développer un axe particulier en lien avec la danse, pour laquelle il y a une vraie appétence à Montpellier, avec des médiations dansées. Tant de choses à faire, on a mille idées à la seconde…
Sur les bienfaits de l’art sur les enfants, qu’est-ce qui a été observé dans le cadre de ces recherches récentes ? Quelque chose de mesurable.
Est-ce que l’émerveillement est mesurable ? C’est le mot qui me vient. L’art peut aider à la construction de la confiance en soi. Et peut faire beaucoup pour la relation parents-enfant, activée différemment. C’est à cet endroit là que cela peut-être assez fin. L’enfant va pouvoir montrer à son parent des choses qu’il ne voit pas ou ne voit plus. Ensuite, quand on contribue à fabriquer un regard, on travaille aussi à former les futurs citoyens (ici, les toilettes « à hauteur d’enfants »).

Pas d’écrans
Justement, y aura-t-il des écrans à mille formes ?
Non, il n’y a pas d’écrans, juste quelques vidéos projecteurs. Les séances de projection seront toujours encadrées. On ne perd pas de vue la nécessité de l’apprentissage à l’image, même s’il est encore un peu tôt pour en parler quand il s’agit d’enfants de moins de 6 ans. Mais on sait aussi que dès qu’on propose autre chose aux enfants, on a aucun mal à les détourner des écrans. Ils adhèrent sans hésiter.
Ce centre est entièrement gratuit, mais on sait que ce n’est pas toujours suffisant pour attirer les publics qu’on dit «éloignés de la culture».
On va aller les chercher. Depuis 3 ans, nous avons mis en place une programmation hors les murs qui a touché 5000 personnes en 2025 venues au Festival de l’Eveil et à Festi’Petits, sans compter les animations du musée Fabre. On va continuer, on va partir sur le terrain.

Ce mini-musée aura-t-il une collection propre ?
Non, les expositions seront temporaires. Pour la première saison, nous avons emprunté au centre Pompidou, ainsi qu’au Frac de Montpellier et au musée de Fabre.
Des cartels vocaux
Verra-t-on des œuvres conçues par les enfants eux-mêmes ?
Des œuvres sont choisies par des enfants et ce sont des enfants qui ont réalisé en classe des cartels vocaux. Des petites capsules de moins de 2 minutes, des merveilles à écouter. On trouvait vraiment que c’était important de faire pas seulement POUR les enfants mais AVEC eux.
Et il y aura, en effet, une exposition de dessins d’enfant. On a demandé à 15 enfants de venir au mois d’octobre, pendant les vacances scolaires, visiter le chantier et nous aider à nommer les espaces. L’accueil s’appelle Bonjour, le mini-musée est le Mimu, l’atelier est devenu la Formilière etc… Nous avons voulu les remercier pour cette contribution en les exposant.

mille formes, un centre d’art « à hauteur d’enfants »
Beaucoup d’objets en mousse, une expo Calder, un design (de Sarah de Gouy) qui cite Bofill, l’architecte d’Antigone (notamment avec un toboggan jaune), une douche de laine, un mini-nightclub, un café, une galerie d’art : le centre d’art pris d’assaut lors de son ouverture peut accueillir seulement 200 personnes au même moment. Il est prudent de s’inscrire pour le visiter. Labellisé centre Pompidou, il est déjà une référence pour d’autres villes candidates souhaitant accueillir le concept.
Situé au rez-de-chaussée du Polygone, aux Echelles de la Ville, mille formes est ouvert gratuitement aux familles et aux groupes.
Coût : 4 Millions d’euros (Ville de Montpellier).
Ouvert du mercredi au dimanche de 9h30 à 12h30 et de 13h30 à 18h.
Les Échelles de la ville, 1 place Paul Bec, Montpellier. Tél : 04 67 07 40 40 Courriel : milleformes@montpellier.fr
(photos @Ville de Montpellier/Centre Pompidou).